Science & Société

Vendredi 27 novembre 5 27 /11 /Nov 00:01
Décidément, mes récents billets semblent graviter autour de deux thèmes: les vaccins et les mauvais jeux de mots... Aujourd'hui, il sera question d'un vaccin de la firme pharmaceutique GSK, dont j'ai eu vent par le Financial Times, qui va sans doute lui rapporter des monceaux de billets et qui fera beaucoup parler de lui... jusque là, il pourrait s'agir du vaccin très discuté contre la grippe A(H1N1), mais non: il s'agit d'un vaccin contre le tabac!

Parlons tout d'abord des faits. Et comme il y en a plusieurs, on peut écrire un compte de faits : il était une fois une belle biotech nommée Nabi Pharmaceuticals, qui possédait un vaccin enchanté, protégé par un brevet magique, qu'elle gardait dans la plus haute tour de son château. Un beau matin survint le grand pharma GSK dans son beau carosse tiré par un attelage d'avocats. D'une blanche plume, GSK signa avec Nabi un contrat octroyant à cette dernière une dot de 40 millions de dollars avant minuit (l'heure où les avocats redeviennent des rats), et peut être 500 millions supplémentaires (un montant pharmaonique!) si le vaccin enchanté était bien celui de la prophétie... Voilà pour le monde merveilleux de la biotech.

Il est tout aussi intéressant de se pencher sur la nature du vaccin lui-même. Je dois avouer qu'en lisant la nouvelle dans un journal, certes de grande qualité, mais plus connu pour ses analyses financières que pour des publications en biologie moléculaire, je me suis dit, avec la délicatesse qui me caractérise: "bah! encore un traitement préventif que ces plumitifs appellent un vaccin parce que c'est plus simple!". Et bien, figurez-vous que j'avais tort! Au sens strict, un vaccin est un traitement qui une fois administré à un patient stimule son système immunitaire vis-à-vis d'un agent étranger, infectieux ou autre. Or, le vaccin de Nabi induit effectivement la production d'anticorps qui reconnaissent la molécule de nicotine (ci-dessous) et l'empêchent d'atteindre le cerveau. Je suppose que la nicotine passe rapidement dans le sang, mais qu'une fois  liée à une grosse protéine comme un anticorps elle ne peut franchir la barrière hémato-encéphalique séparant le sang du cerveau, où elle produit ses effets intéressants, dont l'addiction au tabac. Une autre bonne question serait : "pourquoi ne développe-t-on pas d'immunité vis-à-vis de la nicotine lorsque l'on est fumeur?". J'imagine que l'antigène qui compose ce vaccin est quelque chose qui ressemble vaguement à la nicotine, ou à une protéine liée à la nicotine, et que l'effet obtenu est le résultat d'une immunité croisée (il me semble que c'est l'astuce employée pour développer des anticorps dirigés contre les hormones non immunogéniques comme la testostérone).


Le plus étonnant, c'est que ça fonctionne! Entre autres choses, les essais cliniques ont montré que par rapport à un placebo ce traitement divisait par deux le nombre de récidivistes au bout de six mois. Bien sûr, nous avons gardé le plus crucial pour la fin: un tel vaccin est-il utile? En effet, il s'agit d'un vaccin comme un autre, ou mieux, d'un médicament comme un autre, avec son cortège de risques, d'effets secondaires et de complications. Cachez ce vaccin que je ne saurais voir!

En général, les risques associés aux vaccins sont plutôt faibles, mais il faut tout de même évaluer les risques liés à l'absence de vaccination, en l'occurrence les risques liés au tabagisme pondérés par l'efficacité du traitement. C'est là le jackpot de ce vaccin: le tabagisme est un importante cause de mortalité, et l'une des plus facilement évitables (mais parfois il faut croire que non). Sans dérouler une fois de plus la longue litanie des méfaits du tabac, vous pouvez consulter un récent rapport de l'OMS, ou plus simplement, quelques simples faits sur le tabac. Au passage, il est intéressant de noter que l'OMS emploie dans ce rapport tout le vocabulaire relatif aux grandes épidémies, non sans raison. Le tabac est un facteur de risque médical bien connu (sans oublier sa toxicité aigüe!), qui représente un coût social non négligeable (de l'ordre de 150 euros par français -fumeur ou non- et par an, d'après cette étude publiée en 2000). Comme un fumeur sur deux meurt des conséquences directes du tabac, si 'un d'eux vous bassine avec les risques des OGM, des pesticides, des ondes, de la nourriture pas bio, du nucléaire (ou des vaccins)... vous avez une simple objection à formuler sur la validité de sa perception du risque.

En résumé, s'il franchit avec succès les épreuves des tests cliniques, je prévois à ce vaccin un bel avenir, tant sur le plan médical que sur le plan médiatique... les fumeurs vont adorer. 
 
Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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Mardi 17 novembre 2 17 /11 /Nov 12:00

L'épidémie naissante de grippe A a donné lieu à une campagne de vaccination suivie avec assez peu d'enthousiasme par la population française. Nos quotidiens ont mené leur enquête sur les raisons qui motivaient la décision de se faire vacciner ou non, et les résultats sont prodigieusement intéressants. Je vous propose donc de passer en revue quelques arguments avec vous, pas forcément pertinents, mais étonnamment variés pour une décision d'ordre médical. Si ces arguments étaient vôtres, que ces quelques lignes vous fassent changer d'avis ou non, je vous invite à partager vos réactions en commentaire.

Il faut tout d'abord tordre le cou à deux ou trois légendes urbaines au sujet des vaccins, toutes fausses:"le vaccin contre l'hépatite B provoque la sclérose en plaque", "le BCG inocule la tuberculose qu'il est censé combattre" (en réalité une tragique erreur médicale dans les années 30), "le SIDA a été transmis par certains vaccins"... Ces billevesées sont colportées par une mouvance anti-vaccin qui étrangement est très marquée en France, le pays où le nom le plus commun pour une rue est "Pasteur"! Un vaccin n'est pas une panacée, il comporte des effets secondaires, mais les thèses mentionnées ci-dessus ont été clairement infirmées.


"Mon médecin traitant me l'a déconseillé et/ou ne se fera pas vacciner" 

Vaste sujet! On pourrait commencer par remarquer que dans ce cas précis la légitimité que l'on accorde au médecin traitant est censée provenir du savoir inhérent à sa profession, non de sa seule proximité avec ses patients. Bref, il est médecin, il a fait des études, en plus il me connaît, je lui fais confiance. Mais ce faisant, on refuse d'accorder la même confiance aux spécialistes de virologie ou d'épidémiologie, qui sont eux aussi médecins (ou scientifiques), et plutôt plus pertinents car spécialisés (voir chez Tom Roud le difficile statut d'expert)! Peut-être que vous pouvez m'éclairer, car je ne vois pas pourquoi rationnellement on devrait croire "son" médecin plutôt qu'un autre.

Ensuite, un médecin n'est pas forcément un modèle, même en matière de santé. Par exemple, mon médecin traitant est fumeur, et vous savez que la nocivité du tabac n'est plus à démontrer (si vous croyez que le vaccin est dangereux et le tabac non, votre cas est intéressant, probablement éphémère). Il ne me recommanderait sûrement pas de me mettre à fumer! Qu'un médecin refuse le vaccin ne me paraît donc pas une raison suffisante pour arrêter de réfléchir de son côté.

Par ailleurs, les médecins généralistes et les pédiatres, même bien disposés à l'égard du vaccin,
sont exclus du dispositif de vaccination ce qui ne met pas leurs patients en confiance...


"Ce n'est qu'un moyen de plus pour enrichir les firmes pharmaceutiques"

C'est triste, mais l'eau et la nourriture (plus vital encore: Internet) sont également aux mains du grand capital. En langage marketing, créer de la valeur c'est rendre un service au client; ce n'est pas parce qu'un produit est payant qu'il est inutile. 


"Je ne me ferai pas vacciner par défiance vis-à-vis du gouvernement" (authentique)

Que dire? Mon propos n'est pas de défendre la vaccination à tout crin, mais prendre une décision relative à sa propre santé en fonction des politiques, c'est leur accorder beaucoup trop d'importance!


"Le vaccin fera plus de morts que la grippe A / on sait que la grippe "normale" fera plus de morts que la grippe A" (authentique)

Si vous avez des certitudes pareilles, j'admire votre aplomb! Pour ma part, je serai bien incapable d'abitrer ainsi entre les deux grippes! Selon les dernières
estimations, la grippe A aurait infecté 22 millions de personnes aux USA depuis avril, faisant environ 3900 morts. Le bilan français n'est pas anodin, avec 43 morts (dont 32 de moins de 65 ans, et 3 sans facteur de risque). Il faudra faire les comptes après le match retour, c'est-à-dire l'épidémie de grippe saisonnière. En ce qui concerne le vaccin, crois plus probable qu'il réduise les risques plutôt que de les augmenter.


"Et le syndrome de Guillain Barré, alors?"

En ce qui concerne le vaccin, 100 000 personnels de santé ont été vaccinés en France, avec à ce jour quatre cas de complications "sérieuses" relevés, cette atteinte neurologique d'origine auto-immune. Pour l'instant (et on souhaite que ça dure), il s'agitessentiellement de "
fourmillements", mais dans les médias, ces fourmilllements deviennent une véritable dans de Saint-Guy!

Si ce syndrome vous effraie, sachez qu'il peut effectivement être induit par un vaccin contre la grippe, mais aussi... par la grippe elle-même, et, semble-t-il, encore plus fréquemment. Ni l'un ni l'autre ne sont étonnants lorsque l'on considère que le syndrome de Guillain Barré peut être provoqué par une infection bactérienne ou virale.

Pour finir, je me garderai bien d'affirmer que le vaccin contre la grippe A est parfaitement dépourvu d'effets secondaires. Ce serait stupide, je n'en sais rien, et pour tout vous dire, c'est peu probable. Le principe d'un vaccin, c'est quand même un produit unique à une dose unique qui doit provoquer une radicale réaction du système immunitaire chez des millions de personnes, toutes différentes!


Au sujet de la décision finale, Antoine a déniché un
très bon billet qui vous apprendra que les risques étant infimes dans les deux cas, se faire vacciner ou non contre la grippe A devrait procéder des mêmes raisons que se faire vacciner ou non contre la grippe saisonnière. En effet, la grippe A serait en substance une grippe saisonnière qui s'est faite oublier, ce qui explique qu'elle affecte plus les jeunes que les personnes âgées. J'irai toutefois un peu au-delà des conclusions de l'auteur, en considérant qu'en raison de cette naïveté (au sens immunologique du terme) d'une grande partie de la population, le nombre potentiel de malades (donc de décès) est plus important que pour une grippe saisonnière, et les personnes susceptibles sont plus jeunes. Je m'étonne aussi que personne n'évoque le risque de recombinaison avec la grippe saisonnière, qui à mon avis pourrait rendre obsolètes les vaccins disponibles cette année. 


Vous l'aurez deviné, je pencherais plutôt en faveur de la vaccination, sans toutefois tomber dans la psychose. Je reconnais toutefois qu'il existe des raisons valables de refuser ce vaccin, en particulier les possibles effets secondaires (inhérents au vaccin ou provoqués par les adjuvants)... tout comme il existe des raisons non valables.
 

Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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Samedi 6 juin 6 06 /06 /Juin 16:04
Vous avez certainement remarqué qu'au lycée les filles semblent préférer les filières littéraires aux filières scientifiques. Pourquoi? Les bougresses seraient-elles en moyenne moins bonnes en maths que les garçons? Après le lycée, le biais subsiste dans les filières où la sélection porte sur les mathématiques, comme par exemple les écoles d'ingénieurs. Y aurait-il moins de filles parmi les "bons en maths"? Progressons encore dans l'élite mathématique, et considérons les prix majeurs décernés aux mathématiciens (en l'absence d'un Nobel dédié): médaille Fields (depuis 1936), prix Abel (depuis 2003) ou Wolf (depuis 1978). J'ai épluché la liste des lauréats sur Wikipedia, et sauf erreur de ma part, on n'y trouve aucune femme! Alors, existe-t-il des femmes possédant un réel génie mathématique?
Voilà trois questions troublantes auxquelles deux scientifiques -femmes- se sont confrontées dans un article publié cette semaine dans PNAS, et je vous prie de lire leurs conclusions ci-après avant de lâcher les chien(nes de garde) à mes trousses.


Tout d'abord, un échantillon de femmes prises au hasard dans la population est-il meilleur en maths, moins bon, ou équivalent à un échantillon d'hommes pareillement choisis? Cette question permet de rester général, et de ne pas considérer le biais présent chez ceux qui ont choisi les mathématiques comme discipline de prédilection. Selon deux études publiées en 1966 et 1974 (et menées par une femme), les garçons seraient effectivement meilleurs en mathématiques que les filles, et cette différence apparaîtrait vers 12-13 ans. A ce stade, on serait bien mal avisé d'exclure formellement une cause biologique; coment être certain que le cerveau des filles n'est pas légèrement différent de celui des garçons, de même que beaucoup d'autres choses les distinguent? En 1990, une méta-analyse (une analyse d'analyses, si vous préférez) portant sur 100 articles antérieurs et 3 millions de personnes  concluait à l'absence globale de différence liée au sexe, mais avec des avantages nuancés selon l'âge et l'aptitude considérée: en particulier, les garçons prenaient l'avantage au lycée dans la catégorie de la résolution de problèmes, ce qui les avantagerait dans leurs études et leurs carrières. Les auteures ont repris une étude encore plus récente portant sur 7 millions d'écoliers, et qui ne détectait pas de différence significative entre filles et garçons. En moyenne, les filles ne sont donc pas plus nulles en maths que les garçons. Il est toutefois intéressant de relever que la différence a bien existé et qu'elle tend à s'estomper avec le temps, suggérant déjà une forte composante culturelle dans les performances en mathématiques. En effet, l'évolution biologique ne peut expliquer cette augmentation d'ensemble en une trentaine d'années.

Ce premier résultat est valable en moyenne, et le resterait si par exemple la variance de l'aptitude aux maths des garçons est plus élevée que celle des filles. Selon cette hypothèse d'une "plus grande variabilité mâle", il y aurait plus garçons doués en maths que de filles (mais aussi plus de garçons nuls), tandis que les filles seraient plus nombreuses autour de la moyenne. Les tests utilisés précédemment donnent également accès à la variance. Ils montrent que les garçons présentent effectivement une variance plus élevée que les filles, et qu'au delà des 95ème et 99ème percentiles, parmi les bons en maths, il y a plus de garçons...  mais pas dans tous les pays! Comme les petites bataves ne sont pas vraiment différentes des petites américaines d'un point de vue génétique, il faut conclure que l'origine de cette différence de variance est majoritairement socioculturelle, et non biologique.

Enfin, il existe bien sûr des femmes possédant un réel talent mathématique: thésardes, chercheuses, lauréates de prix, etc. (la partie la plus facile de l'analyse). Les résultats de cette étude (parmi bien d'autres du même acabit) sont donc sans appel: non, les filles ne sont pas fondamentalement plus nulles en maths que les garçons, c'est-à-dire qu'elle ne sont pas génétiquement programmées pour être profs de lettres. Cependant, il existe des différences bien réelles, ne serait-ce que dans l'orientation scolaire et professionnelle, et les meilleurs en maths sont souvent des garçons à cause de "l'effet variance". Pourquoi? Parce que l'environnement joue un grand rôle dans l'épanouissement d'un talent ou d'un goût pour les mathématiques, et que de ce point de vue il est plutôt défavorable aux filles: le stéréotype  (autoréalisateur) selon lequel les filles seraient plus aptes aux études littéraires et moins douées pour la logique ou le calcul est malheureusement trop répandu parmi les enseignants et les parents. Autre biais reconnu qui selon moi peut expliquer l'effet variance: on a toujours tendance à exiger plus d'un garçon, et à se contenter du résultat pour une fille.


Selon les auteures, les inégalités observées dans performance mathématique ne sont que le reflet de l'inégalité générale entre les sexes; les différences observées sont d'ailleurs positivement corrélées à un indice de "gender gap", ou à l'une de ses composantes, le taux d'emploi des femmes. En attendant que la société progresse vers plus d'égalité entre hommes et femmes, comment agir pour promouvoir les mathématiques auprès des jeunes filles? Voici une initiative amusante et assez directe: comment survivre aux maths au collège "sans devenir folle ni se casser un ongle"? Voir le livre ci-dessous, bien girly-teenager, et l'interview de l'auteure, actrice et matheuse, dans Wired!


Compris, les filles? L'algèbre linéaire c'est cool, l'analyse c'est fashion et les probas c'est glamour!
Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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Mardi 19 mai 2 19 /05 /Mai 00:05
Comme les affaires (bloguesques) reprennent, je vais peut-être pouvoir partager avec vous quelques histoires que j'ai relevées ces derniers temps. Ne vous étonnez pas si elles paraissent plus brèves que d'habitude*!

Ma première histoire, que vous connaissez probablement, se déroule à Saint-Cloud. Il se trouve que l'opérateur de téléphonie mobile Orange avait récemment installé des des antennes-relais dans cette riante commune de l'Ouest Parisien. Malheureusement, des Clodoaldiens (car c'est ainsi qu'on les nomme) ont rapidement éprouvé des problèmes de santé : troubles du sommeil, saignements de nez... Tout naturellement, ils ont porté plainte contre Orange pour ces nuisances manifestement dues aux antennes... qui, d'après Orange, n'avaient jamais fonctionné.

J'aurais donné cher pour voir la tête des riverains. Les ondes qui les rendaient malades étaient donc dans leurs têtes, influençant leur corps, d'où mon titre. Mais il reste que leurs symptômes étaient bien réels, et une pure coïncidence paraît aussi improbable qu'un fonctionnement des antennes en l'absence d'alimentation. L'un des résidents avait-il réglé son wi-fi un peu fort avant l'entré en vigueur de la loi Hadopi? L'eau courante était-elle radioactive? L'explication porte un nom de restaurant d'entreprise, l'effet "nocebo", inverse de l'effet placebo mais reposant sur le même principe. Je sais, scientifiquement on n'est pas plus avancé qu'en invoquant la "trouille". On savait déjà la perception du risque peu rationnelle, en particulier lorsqu'un facteur n'est pas maîtrisé par l'individu (qui peut choisir de ne pas fumer, plus difficilement d'habiter  plus de km d'une centrale nucléaire), mais là, on franchit un palier: la perception d'un risque réalise les craintes!

Pour ma part, j'aime bien cette petite affaire. D'abord, elle illustre l'importance de la psychologie dans le domaine de la santé. Ensuite, elle pose des questions rigolotes en termes de gouvernance: cette affaire décrédibilise-t-elle les lobbies anti-ondes? Faut-il invalider les décisions de justice déjà rendues qui ont abouti à des retraits d'antennes? En viendra-t-on à prescrire des placebos contre les ondes? Comment prouver l'innocuité des antennes dans ces conditions**? Des symptômes "nocebo" sont-ils une raison suffisante pour retirer une antenne? Et pourquoi pas, si ce sont les mêmes?


* Pour les très brèves histoires, j'essaye Twitter

**D'après l'Académie de Médecine, les antennes relais exposent beaucoup moins que les téléphones eux-mêmes, et aucun risque ne semble avéré. A suivre, comme toujours....
Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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Lundi 2 février 1 02 /02 /Fév 19:00
En vagabondant sur le fabuleux destin du pingouin, je suis tombé sur une vidéo contre l'expérimentation animale. Je vous laisse la regarder, après quoi je vous proposerai ma propre lecture.



A vrai dire, je me moque du cas de Mars, qui doit se contenter de faire un peu de R&D sur l'obésité, et à vrai dire, le documentaire s'en fiche pas mal lui aussi: comme on l'apprend à la fin de la vidéo, il montre des tests non pratiqués par la compagnie (et pourquoi diantre un confiseur chercherait-il à implanter un port série dans le crâne d'un chat?). Il s'agit bien d'un document à charge contre l'expérimentation animale en général. En dehors de la mise en scène et des techniques classiques de manipulation (à la guerre comme à la guerre), la vidéo emploie à cet effet des arguments qui ont fait bondir le biologiste que je suis, même si je n'utilise pas d'animaux, et même si je ne cautionne pas systématiquement ce genre de tests.


"Homme / souris : pas de correspondance"
(1'30)

Voici un argument qui doit être très efficace! C'est évident, que peut nous apprendre une souris de la biologie humaine? Les deux sont
complètement différents, non? Voilà qui me permet de rappeler que dans un monde sans sentiments, l'expérimentation serait idéalement menée sur des humains (ce qui arrive parfois), et qui m'amène à introduire une notion qui sera bien utile aujourd'hui, la notion de modèle. Un modèle, qu'il soit biologique, informatique, mathématique, qu'il soit un schéma sur un tableau, une simulation sur un ordinateur ou une culture de cellules, c'est une représentation simplifiée de la réalité, bien utile lorsqu'on ne peut manipuler directement cette réalité, pour des raisons pratiques (changer la masse du soleil) ou éthiques (prouver qu'un produit est mortel pour l'homme). La souris est un de ces modèles, et parmi les plus utiles qui soient en biologie: c'est un animal pas trop gros, prolifique, avec un cycle de développement court, qualités qui en font un modèle pratique. Surtout, la souris est plus proche de l'homme qu'on ne le pense: ce sont deux mammifères avec les mêmes organes et des ensembles de gènes très similaires, ce qui fait de la souris un modèle pertinent pour étudier la biologie humaine, au point que de nombreuses avancées fondamentales ou médicales sont passées par ce petit rongeur.

"Maintenant que nous avons séquencé le génome humain, pourquoi continuer à tourmenter des primates?"
  (1'40)

Autrement dit, pourquoi faire des expériences "grandeur nature" avec tous leurs inconvénients alors que nous disposons de l'ensemble de l'information génétique humaine? C'est sans doute un peu de la faute des scientifiques, qui ont trop vendu leurs projets de séquençage, à moins qu'ils en aient trop espéré. Vous savez ce que c'est, quand on soumet un projet de recherche pour obtenir un financement, il faut promettre de guérir Alzheimer, le SIDA et l'obésité... Ce penchant n'a pas de conséquences entre scientifiques qui connaissent la portée relative de ces promesses et emploient les précautions rhétoriques d'usage, mais il devient un problème quand on est pris au mot, par naïveté ou par mauvaise foi. Il est temps de faire éclater la vérité au grand jour: la séquence du génome humain n'explique pas toute la physiologie humaine. La séquence d'un génome est certes une importante mine d'informations et un outil formidable pour les généticiens, mais si vous me permettez une analogie, c'est comme posséder tous les mots d'un livre dans le désordre: on sait qu'ils doivent avoir un sens, mais les ordonner est simplement trop complexe tant qu'on ne sait pas lequel.


Plus loin, on retrouve des affirmations équivalentes:
"nous avons des cultures cellulaires, alors pourquoi continuer de torturer des animaux?"

On retombe encore sur la question des modèles et de leur pertinence. Par exemple, on "peut cloner de la peau" (si l'on peut dire...) pour étudier les brûlures, mais pour les scientifiques qui s'intéressent aux infections des peaux brûlées, il faut un modèle qui intègre un système immunitaire... c'est-à-dire un animal. De même, les organes ne peuvent être construits en laboratoire: coeur, foie, cerveau... et sont plus complexes que la somme de leurs cellules, sans parler de la difficulté de cultiver ces dernières.


"Tout cela est non scientifique car imprécis"
(de manière plus ou moins subliminale autour de 2'50)

Mon Dieu! Il faut très vite en informer les milliers de thésards qui à travers le monde utilisent des modèles animaux! Tant que nous y sommes, il faut aussi dire aux astrophysiciens que les étoiles qu'ils simulent dans leurs ordinateurs ne sont pas
vraies, et aux mathématiciens qu'ils emploient toujours une valeur approchée de pi! Rassurons tout le monde: ce n'est pas parce qu'on utilise des approximations ou des modèles qui ne sont pas l'exact reflet de la réalité que la démarche n'est pas "scientifique" et que les résultats sont totalement invalides. Ou alors, c'est un sacré miracle que l'on ait réussi à développer tous ces vaccins sur des animaux, découvrir les mécanismes de la génétique chez la mouche, la bactérie et la levure, ceux du développement chez l'oursin et la grenouille.

Moralité : il ne faut pas croire tout ce que dit un comédien avec une blouse blanche. Si après ça vous avez envie de me lyncher, prêtez attention à ce qui suit: je n'affirme pas que Mars a raison de mener ses tests, ni que ces derniers sont un mal toujours nécessaire. Par exemple, je ne suis pas convaincu de l'utilité de mettre des primates en cage pour tester des cosmétiques. En revanche, il me semble qu'être pour ou contre l'expérimentation animale dépend de l'idée que l'on se fait des animaux, c'est une posture éthique. Si l'on abandonnait demain cette pratique, ce serait pour des raisons éthiques, mais en aucun cas parce que dans l'absolu elle est inutile à la science ou non valable scientifiquement. On peut affirmer que c'est mal de disséquer un chimpanzé, mais pas prétendre que l'on ne peut rien en apprendre sur la biologie humaine. En attaquant sur les deux fronts sans discernement, cette vidéo propage de fausses conceptions de ce qu'est la science expérimentale.


Au sujet de l'expérimentation animale, je devrais peut-être préciser que l'immense majorité des chercheurs n'y prend aucun plaisir, que les responsables de ce genre de travaux reçoivent une formation spécifique (du moins en France), et enfin qu'elle est contraignante et très coûteuse. Lorsque l'on peut s'en passer grâce à une culture cellulaire ou par la contemplation du génome, on hésite rarement.

Finalement, je ne suis pas surpris: cette campagne provient de l'association PETA, qui propose (sans rire) de remplacer le lait de vache par du lait... humain dans l'alimentation humaine. Délicieux, sans aucun doute, mais probablement insuffisant en volume, et un peu cher (sans même aborder la question des circuits de distribution...). Dernier sacrilège en date, double celui-ci: proférer des absurdités sur le fromage et ses bactéries!



Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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Mercredi 16 avril 3 16 /04 /Avr 18:00
Je souhaitais rebondir sur un commentaire d'un lecteur, à la suite du fameux billet sur la citation d'Einstein au sujet de la disparition des abeilles. En substance, ce billet rappelle que Einstein n'a probabalement jamais prononcé la célèbre phrase "le jour où l'abeille disparaîtra, l'homme n'aura plus que quatre années à vivre"*, quelle que soit par ailleurs l'importance écologique des abeilles. Ce lecteur, nommé Beurk, nous dit ainsi que "l'on pourrait presque écrire un livre entier avec les pseudo-citations d'Einstein". La réalité est bien pire, et après un petit tour en librairie qui date de quelques semaines, je suis en mesure de le prouver: il suffit d'une seule pseudo-citation pour faire un livre!


C'est assez malin: sur la manchette, en dessous de la "citation", on peut lire "attribué à Albert Einstein", mais en quatrième de couverture, il est écrit que cette phrase lui est attribuée "probablement à tort". L'auteur reconnaît donc explicitement la non-paternité d'Einstein, mais trouve le moyen 1) de faire son titre de cette fausse citation, et 2) de faire figurer le nom d'Einstein sur la couverture, avec des réserves tout à fait cryptiques. Mauvaise foi ou bonne publicité?

* assertion qui s'avère fausse si l'on considère que les Inuits n'ont pas besoin des abeilles, mais bon.

Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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Lundi 7 avril 1 07 /04 /Avr 16:12
Pour ceux qui auraient hiberné la semaine dernière, je rappelle qu'une loi sur les OGM était examinée par nos députés, ce qui fut l'occasion de nombreux débats et interventions médiatiques (l'occasion aussi de revoir pointer une certaine moustache dans les couloirs de l'Assemblée). Par exemple, ainsi que le rapporte le Figaro, à la veille des débats quelques députés ont assisté à la projection d'un film censé les éclairer sur le vote à venir (concernant, rappelons-le, les OGM). Ce film était bien sûr "le monde selon Monsanto", réquisitoire  certainement très bien argumenté contre l'entreprise susnommée, signé Marie-Monique Robin. Ceci ne me pose aucun problème, si ce n'est que cette initative (politique) favorise l'amalgame entre les organismes génétiquement modifiés, qui sont les produits d'une technique, et Monsanto, une entreprise américaine dont le but est (ô surprise) de réaliser des profits. Pour informer les députés, on leur propose donc l'équation OGM = Monsanto. Ce n'est pas entièrement faux (le seul OGM autorisé en France provenait de "Monsatan", par ailleurs leader mondial sur le marché), mais il n'existe pas de monopole des biotechnologies; par le passé, la recherche publique française a planché sur des projets d'OGM fort prometteurs, elle pourrait aussi bien le faire de nouveau. Cette projection aurait peut-être été plus opportune à la veille de voter des lois visant à contrôler les activités des semenciers ou règlementer la propriété intellectuelle sur le vivant, plutôt qu'une loi concernant les OGM en général. En quelque sorte, le débat a été déplacé du général (les OGM) au cas particulier (l'entreprise Monsanto), du scientifique et du sanitaire à l'économique et au politique.

Dans un article du 2 avril, le Monde surenchérit. Cet article se trouve dans la catégorie "sciences et environnement", et pourtant il n'y est question que des résultats financiers de Monsanto. Pauvre science! La raison des bons chiffres de la célèbre entreprise réside dans la forte demande de ses semences OGM, ce qui nous rapproche un tant soit peu de la rubrique. Pour illustrer son article, le journaliste a choisi une image légendée comme suit: "épi de maïs génétiquement modifié Mon810", justement un des OGM qui ont fait la fortune de Monsanto. Jusque-là, à part le fait que cet article serait logé plus à propos dans les pages "entreprises", je n'ai aucun problème. Ce qui me dérange, c'est que la photo légendée "maïs OGM" représente un épi de maïs, certes, mais agrémenté -au premier plan- d'un tube eppendorf rempli d'un liquide vert et d'une pipette, soit du matériel classique de laboratoire.  Souci esthétique? J'ai du mal à le croire, lassé que je suis de ces pipettes et eppendorfs. Je ne crois pas non plus que cette photo corresponde à une procédure de laboratoire réaliste. Je pense plutôt que cette photo accompagnée d'une légende inexacte est une composition réalisée dans l'esprit suivant: alors qu'un épi de maïs OGM et un épi de maïs "normal" se ressemblent comme deux épis de maïs, il a bien fallu trouver un moyen pour rappeler au lecteur qu'il existe une différence sous-jacente entre les deux. Effectivement, le premier a vu le jour dans un laboratoire, ce que rappelle la présence opportune du matériel peu appétissant au premier plan. C'est efficace, mais je ne trouve pas ça très objectif, tant le matériel de laboratoire apporte une connotation négative; une légende plus appropriée (pour peu qu'elle soit lue) aurait été "épi de maïs OGM et tube contenant un liquide vert". Comme Tom Roud l'a montré récemment dans un billet (dont le titre confine au plagiat, bravo Tom ;-) ), le célèbre quotidien peut être assez malheureux dans le choix de ses illustrations.

Le mot de la fin, bien mérité, revient à Antoine Messéan, scientifique de l'INRA ayant montré que la coexistence des filière était possible, moyennant l'organisation locale des pratiques agricoles. Pour lui, ainsi qu'il le relate dans cet entretien, "la question [des OGM] est avant tout politique". Je trouve cette affirmation parfaitement exacte. Les citoyens ont le droit de refuser les OGM pour des motifs politiques et économiques... pourvu que le choix soit rationnel, assumé et aussi peu biaisé que possible par les amalgames en tous genres ou par le manque d'information, en particulier scientifique. Je regrette que le débat sur cette loi se focalise plus sur les profits qu'engrangerait Monsanto plutôt que sur les risques et les bénéfices des OGM considérés dans leur ensemble, présents et à venir.


Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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Lundi 25 février 1 25 /02 /Fév 13:43
Selon un rapport remis au ministère de la santé et dévoilé par le Figaro, depuis le 1er janvier 2008 le nombre de victimes d'infarctus du myocarde admis aux urgence aurait chuté de 15%, par rapport à la même période de 2007. Le même rapport attribue cette diminution à l'interdiction de fumer dans les lieux de convivialité, appliquée depuis janvier 2008, et spécialement à la diminution du tabagisme passif, les ventes de tabac n'ayant pas diminué. Mieux, cette diminution qui concernerait 10 000 personnes à la fin de 2008 s'appliquerait dans une certaine mesure aux accident vasculaires cérébraux.

Amis fumeurs, réjouissez-vous: vos souffrances n'auront pas été vaines. Mis au pilori, grelottant dans le froid pour satisfaire votre addiction, vous sauvez des vies. Vraiment? Cet article a bien sûr suscité nombre de réactions, négatives pour la plupart (l'une d'elles ayant inspiré mon titre), en général des variation sur les thèmes "mais c'est impossible, tout le monde sait que les effets du tabac durent des années après avoir arrêté", ou "le gouvernement nous ment pour avoir une bonne image", et presque toutes ont le dénominateur commun: "il n'est pas possible de déterminer aussi rapidement que la mesure d'interdiction de fumer a eu un effet positif".

Est-ce si incroyable? Que dit la science à ce sujet?

Tout d'abord, le tabac n'a-t-il que des effets à long terme? Non! Même si ses effets à long terme comme le cancer du poumon sont les plus connus et les plus craints, le tabac possède une toxicité dite "aigüe", au-delà des yeux qui piquent. Ainsi, on sait depuis cette étude publiée en 1993 que fumer une cigarette réduit significativement et en moins de cinq minutes le diamètre des artères coronaires (celles qui irriguent le coeur), réduisant donc l'apport d'oxygène alors même que la demande augmente. Vous me répondrez que cette étude fut réalisée sur des fumeurs, ce qui est vrai. Ces résultats sont-ils transposables aux fumeurs passifs? Oui, d'après ces travaux réalisés en 1999 au Japon sur des fumeurs et des non-fumeurs jeunes et en bonne santé: 30 minutes d'exposition passive à la fumée de tabac pertubent effectivement la circulation coronarienne. Et dans la "vraie vie", hors du laboratoire? L'épidémiologie prend alors le relais et montre que le tabagisme actif comme passif (vivre avec un fumeur par exemple) augmente significativement le risque de cardiopahies ischémiques (pathologies correspondant à un manque d'oxygène du coeur, comme l'infarctus ou l'angine de poitrine). Les accidents vasculaires cérébraux sont un cas tout à fait semblable.

Au fait, qu'est-ce qu'un infarctus? C'est exactement la mort par asphyxie d'un nombre suffisant de cellules du coeur pour provoquer des symptômes graves. Dans le cas qui nous occupe, les cellules du coeur ne sont pas asphyxiées directement par la fumée, mais c'est la constriction des artères cornariennes en réponse à la fumée de tabac qui les priverait d'oxygène.

La thèse d'un impact rapide du tabagisme même passif sur le système vasculaire semble donc cohérente, et est renforcée par de nombreux travaux venus la consolider. La littérature est abondante, il n'y a qu'à se baisser.

Enfin, plus convaincant encore, les chiffres annoncés en France ne sont pas tout-à-fait une suprise. Dans les pays ayant appliqué ce genre d'interdiction avant la France, comme certains états des USA, l'Italie, des tendances similaires ont été observées (et dans le cas transalpin, soit moins 11% au bout de cinq mois, saluées par les cardiologues français). A lire également, ce bon article de Nature pour l'état de lieux et les controverses.

Pour conclure, il n'est pas incroyable que la récente interdiction de fumer dans les lieux de convivialité diminue le nombre d'infarctus, n'en déplaise au fumeurs. C'est possible, et même probable, puisque l'on a en main les chiffres, les expériences et la théorie qui permettent de l'expliquer, donc plus qu'une simple corrélation. Tout cela est bien documenté, publié. Ce n'est pas nécessairement vrai, mais pour le montrer il faudrait une explication encore plus convaincante et au moins aussi bien étayée. Je n'ai pas l'absolue certitude que les 15% de diminution observés en France soit tous liés au récent décret sur le tabac (on peut aussi invoquer la température clémente), mais cela me paraît tout à fait plausible qu'il y soit pour une bonne part. En tous cas, la diminution du nombre de fumeurs peut difficilement être en cause, le volume des ventes de tabac étant resté constant. Bien sûr, on ne risque pas grand-chose à s'assoir à côté d'un fumeur pendant une heure, mais si l'on considère une personne fragile du coeur s'exposant à répétition, le risque devient plus substantiel.

Ce qui est incroyable, c'est que sans la moindre preuve on croit bien volontiers que manger bio est bon pour la santé ou que le PSG est un grand club, plutôt que des phénomènes dont les mécanismes sont connus, testés et publiés, même avec les chiffres à l'appui!

Non, on ne nous pend pas pour des demeurés, ces chiffres sont cohérents avec l'état des connaissances scientifiques et avec les résultats observés dans d'autres pays. Le tabac a aussi des effets à court terme.

Pour faire bonne mesure, je préfèrerais tout de même lire le fameux rapport, ainsi que les conclusions quant à l'effet "météo" qui seront publiées en juin, semble-t-il. En somme, avoir du recul.


Le saviez-vous? Il existe un portail www.tabac.gouv.fr, de même qu'un portail www.drogue.gouv.fr, mais pas de www.alcool.gouv.fr...

Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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Lundi 18 février 1 18 /02 /Fév 16:30
Lorsque la Biologie était jeune, il y a un peu plus d’un siècle, les scientifiques étaient parfois leurs propre sujets d’expérience. Ainsi, Robert Koch s’est lui-même injecté sa tuberculine, et d’après la réaction positive qui s’ensuivit, certains affirment que Koch portait le bacille de la tuberculose. Koch infecté par le bacille de Koch, voilà qui ne manque pas de sel! Bien d’autres microbiologistes du XIXème siècle ont exploré la microbiologie de leur propre personne, avec des fortunes très diverses.

Depuis la grande époque Pasteurienne, la Biologie a vécu une seconde grande révolution, l’apparition de la génétique et de la biologie moléculaire. Les scientifiques de ce domaine n’étudient pas seulement un organisme, fût-il humain, mais accèdent pour ainsi dire à ce qu’il a de plus intime, l’essence de son identité biologique, l’ADN. Mais les généticiens possèdent eux aussi de l’ADN, il me semble! Les généticiens appliquent-ils leur science à eux-mêmes, à l'instar des microbiologistes d'autrefois? Et dans quel but? En dehors de la recherche fondamentale, la tentation serait grande pour un généticien de réaliser lui-même ses propres tests de paternité: il suffit de quelques tubes, d’un thermocycleur pour conduire une PCR, d’un laboratoire pendant quelques heures… et d’un peu de méthode. De même, un chercheur travaillant sur telle maladie génétique sera peut être curieux de savoir s’il en est porteur. J’espère seulement que ces pratiques souterraines ne sont pas répandues. Dans le monde de la recherche, l'utilisation de sa propre personne est en général prohibée, mais il existe des exceptions de taille...

Craig Venter est un scientifique et homme d’affaires bien connu des médias : à la fin du siècle précédent, sa société Celera Genomics s’était en effet attaquée au séquençage du génome humain, se mettant ainsi en concurrence avec le Human Genome Project. Alors que ce dernier, sur fonds publics, traitait de l’ADN de sources anonymes et variées, les séquences identifiées par Celera Genomics provenaient pour partie… de Craig Venter himself! Mieux, il publia la séquence complète de son génome le 4 septembre 2007 dans PloS Biology grâce aux travaux menés dans le… Craig Venter Institute. Au passage, cette publication présentait tout de même un intérêt scientifique, celui de présenter le premier génome humain diploïde entièrement séquencé. L’histoire aurait pu s’arrêter là, ne faisant souffrir que la modestie de Craig Venter.

L'occasion était trop belle. De nombreux généticiens traquent dans l'ADN les indices de la prédisposition à certaines maladies, et techniquement, le génome de Venter n'est pour eux qu'un matériau de plus. Analyser des séquences d'ADN informatisées ne prend qu'un ordinateur, un logiciel quelconque et un peu de temps. Ainsi, le génome de Craig Venter révèlerait une probabilité accrue de comportement antisocial, de souffrir d'alccolisme comme de diverses addictions, et une prédisposition génétique à la maladie d'Alzheimer.
Heureusement pour lui, Craig Venter est assez décontracté sur le déterminisme génétique des maladies, et pense que la science a beaucoup à gagner à la publication de son génome. Ces assertions quant aux social skills de Venter ont  tout de même provoqué une sortie de Jon Beckwith, lui aussi grand généticien devant l’éternel (on lui doit les premiers clonages de gènes, de promoteurs, et quelques belles découvertes de bactériologie), qui se préoccupe d'éthique et de génétique. Il rappelle fort à propos que le nombre de copies de cet allèle chez Venter entraîne plutôt moins de risque de comportement anti-social, et surtout que c'est l'histoire, le vécu et non la génétique, ou si vous préférez l'acquis et non l'inné, qui est le  meilleur indicateur du comportement social futur.

Encore une fois, pour une personne qui rend publique sa petite recherche dans le génome de Venter, je n'ose imaginer le nombre de généticiens qui se sont penchés dessus, ni le nombre de maladies qu'ils ont cherché. Le plus surprenant est que l’on n’a pas encore identifié dans son génome le gène de l’égocentrisme, que l’on pourrait alors nommer VentR, ce qui serait drôle. En attendant, l'allèle (la version) du gène MAOA que l'on suppose impliquée dans le comportement anti-social se nomme uVNTR, pour de vrai.


James Watson, co-découvreur de la structure de l'ADN en 1953, a lui aussi publié son génome, "par curiosité". Jetez-y un oeil, il est disponible sur le site du Cold Spring Harbor Institute.
Par ailleurs, comme vous vous en rappelez sans doute, Watson s'est récemment distingué par ses déclarations sur l'intelligence des noirs, qu'il suppose inférieure. Une société de biotechnologies s'est penchée sur son cas (et sur son génome), pour conclure que Watson avait 16 fois plus de gènes "africains" qu'un européen "de souche", soit 16% de ses gènes (merci à Enro pour le lien), ce qui équivaut pour lui à avoir un bisaïeul noir! Je n'accorde pas beaucoup de crédit à ce genre d'analyse, je ne sais pas ce qu'est un européen de souche, mais je savoure néanmoins ce coup du sort (pardon, du gène) à Watson. Il avait pourtant pris des précautions! En effet, Watson avait demandé que son gène ApoE ne soit pas publié, car il aurait pu indiquer une prédisposition à la maldie d'Alzheimer.

Pour conclure ce billet comme je l'ai introduit, les biologistes n'ont pas fini de se servir de leur propre personne comme sujet d'expérience. On pourrait croire que cela est moins dangereux en génétique qu'en bactériologie, ce qui est probable. On pourrait considérer qu'après tout, les quelques cas montrés ici contiennent plus d'ironie du sort que de réelle menace éthique. Peut-être. Il existe malgré tout de nombreux mythes qui nous mettent en garde contre la connaissance; imaginez-vous pire malédiction que de connaître l'heure de votre mort? Il y en a bien une: que tout le monde la connaisse aussi. La génétique ne va pas jusque là, mais jetez donc un oeil à la liste des "risques génétiques" courus par Watson, listés à la fin de cet article, et bienvenue à Gattaca.

Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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Mercredi 16 janvier 3 16 /01 /Jan 20:08
Ces jours-ci, quand on parle des OGM, il est difficile de décider par où l'on commence... Prenons par exemple le Grenelle de l'Environnement: à l'issue de cette consultation, il avait été décidé par le ministre de l'Ecologie de geler les cultures du seul OGM autorisé en France, le maïs Mon810, en attendant le vote d'une loi relative à la culture des OGM début février, et surtout l'examen du cas de cet OGM par une "haute autorité" créée pour l'occasion. A ma grande surprise, cette décision a été beaucoup raillée car on ne sème pas le maïs durant l'hiver... ce qui n'a pas empêché José Bové de conduire une grève de la faim pendant cette même période pour obtenir l'interdiction de cet OGM. A vrai dire, peu importe. Le gel provisoire des cultures était un geste de bonne volonté, essentiellement politique certes, mais un geste quand même.

Peut-être pour répondre à José Bové, le président Sarkozy s'était déclaré le 8 janvier prêt à déclencher la fameuse clause de sauvegarde, donc à interdire le Mon810, en cas de "doutes sérieux" à son égard. Au même moment, la haute autorité (ou plutôt le comité la préfigurant) se réunissait et planchait sur le cas du Mon810. Le lendemain, son président, le sénateur Jean-François Le Grand, remettait un avis au ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo, en employant des mots choisis: "oui, il existe des doutes sérieux", affirme-t-il, évoquant "des éléments scientifiques nouveaux". Tous en choeur, les journaux ont repris ces doutes sérieux avec forces guillemets. Le Monde écrivait ainsi: "Y a-t-il des doutes sérieux de nature à remettre en question cette homologation ? Les réponses ont été claires", et, plus loin, "pour la première fois en France, une autorité chargée de l'évaluation des OGM émet un avis réservé solidement étayé".
 
La cause semblait entendue: les scientifiques avaient fini par se faire entendre et avertir le public que le Mon810 méritait d'être interdit, un message clair relayé par le politique. Est-ce si simple?

Le 10 janvier, alors que les "doutes sérieux" faisaient encore les gros titres, quelques membres de la haute autorité ont fini par se faire réellement entendre. A travers un communiqué, ils rappellent que jamais ils n'ont employé les termes "doutes sérieux" dans l'avis remis au ministère, ni suggéré que les éléments scientifiques nouveaux étaient globalement négatifs. Ce communiqué a été signé par 12 scientifiques (sur 15) et 2 non-scientifiques (sur 19, interessant ratio). On apprend du même coup que l'avis a été rédigé phrase après phrase et sans consensus global. Parmi les trois scientifiques n'ayant pas signé ce communiqué, on trouve Pierre-Henri Gouyon, qui n'est pas un grand fan des OGM (principalement pour des raisons économiques et sociales, me semble-t-il), mais qui lui aussi regrette le décalage entre l'avis rédigé et l'interprétation de Jean-François Le Grand.

C'est la sagesse qui parle par la bouche de Frédéric Jacquemart, représentant de France Nature Environnement dans cette haute autorité, lorsqu'il déclare: "on a convenu que la qualification de "doute sérieux" dépassait le langage scientifique et revenait au politique". Effectivement, il est dans la nature du travail scientifique de douter et de considérer des éléments nouveaux. L'avis rédigé à la hâte par la haute autorité a ensuite été interprété en une phrase par un homme politique, qui s'est servi de termes tout à fait dénués d'ambiguité, étant donné le contexte. Ce ne serait rien si la déclaration de Le Grand, soit les quelques mots qu'il a lâchés au moment de rendre l'avis, n'avait pas eu mille fois plus de retentissement que l'avis lui-même!

Vous n'avez qu'à lire l'avis et vous faire une opinion. Parmi les faits scientifiques nouveaux, il y a des arguments en faveur du Mon810 comme des arguments contre. Ce que l'on sait en revanche, c'est que l'on ne sait rien. Tout l'avis est émaillé de phrases qui sonnent comme des aveux d'impuissance: "ce point n'a pas recueilli de consensus", "le comité a souligné l'absence d'évaluations", etc.

Depuis que ces avis contradictoires ont été communiqués à la presse, la guerre entre les pro- et anti-OGM fait rage. Ces derniers semblent avoir remporté une bataille, car le gouvernement vient d'appliquer la clause de sauvegarde au Mon810. Ceci n'engage pas a priori la future loi ni l'autorisation d'autres OGM, mais il sera difficile de faire marche arrière pour le Mon810 en particulier.

Mais au fait, de quel OGM est-il question? Il est grand temps de le préciser! Le Mon810 est un maïs modifié pour produire une toxine insecticide qui le protège de la pyrale du maïs. Dit comme ça, ça fait peur, non? Un insecticide directement présent dans la nourriture, même destinée au bétail, ça vous refroidit un citoyen! Si j'ajoute qu'il a été inventé et commercialisé par la firme Monsanto, qui a aujourd'hui l'image de l'antéchrist du capitalisme, je peux retourner l'opinion comme une chaussette! Pour vous rassurer, considérez d'abord que des études scientifiques indépendantes n'ont pas (encore?) réussi à montrer "proprement" une toxicité de ce maïs pour la santé animale, ensuite que ce maïs est moins susceptible de contenir des mycotoxines que les maïs biologiques ou conventionnels, enfin que la toxine est analogue à celle produite dans la nature par la bactérie Bacillus thuringiensis, qui est parfaitement autorisée en agriculture biologique! Dans ce dernier cas, ce sont des spores de la bactérie qui sont épandus sur les cultures, et bizarrement, ça n'effraie personne... tant mieux après tout, les bactéries sont principalement nos amies.

Voilà bien une notion qui n'est pas répandue, et sur laquelle je souhaite insister: tout ce qui est naturel n'est pas inoffensif, de même que tous les pesticides ne sont pas toxiques. Les plantes que nous consommons tous les jours sont bourrées de pesticides naturels! Le moment est donc bien choisi pour invoquer l'alchimiste Paracelse: "tout est poison, et rien n'est sans poison. Seule la dose fait qu'une chose n'est pas un poison". La question de la toxicité des OGM (et des pesticides) ne se résoudra pas par une logique qui se voudrait imparable ("les OGM sont bourrés de poisons"), mais en considérant l'impact sur la santé des doses ingérées, sans oublier la fréquence d'ingestion.

Pour nuancer ces propos qui se voulaient dédramatisants, il est vrai que l'impact écologique de ce maïs est mal connu, notamment quant à la biodiversité des insectes, et je pense que c'est ce que voulaient souligner les experts de la haute autorité. Ce comité aura eu au moins un mérite: montrer que la science n'offre que peu de certitudes, et qu'il faut bien plus de quelques jours pour mettre 35 personnes d'accord sur un texte de trois pages. La prochaine fois, peut-être.
Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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