Science & Société

Mardi 18 juillet 2006
"Nitrates!"

Ce mot vous évoque très certainement les porcheries en Bretagne, les algues vertes et les menaces sur la qualité de l'eau en France. Des normes très strictes stipulent d'ailleurs qu'une eau contenant de plus de 50 millligrammes par litre de cet ion est non potable. Les nitrates (ou plus correctement le nitrate) sont même devenus le symbole de l'agriculture pollueuse, du côté obscur de la révolution verte. Pourquoi?

Les bébés, symboles s'il en fût de pureté et d'innocence, seraient les premiers menacés par les nitrates. En effet, durant les six premiers mois de leur vie, leur hémoglobine (protéine qui fixe l'oxygène dans les globules rouges) est différente de la nôtre, nous qui avons l'âge de lire et d'écrire ces lignes. Or, le bon fonctionnement de cette hémoglobine est menacé par l'ion nitrite, qui dérive directement du nitrate. Cette pathologie, la maladie bleue du nourrisson, est aussi nommée méthémoglobinémie pour les amateurs de scrabble. On peut donc lire sur certain sites de bretons amoureux de l'environnement que les "nitrates ingérés par un bébé se transforment en nitrites dans son corps", lui faisant risquer l'asphyxie. Donc, haro sur les nitrates!

Oui, mais pourquoi parler des nitrates dans un blog qui tourne autour des bactéries?

Parce que rien n'est jamais simple. Aux Etats Unis dans les années cinquante, des bébés sont -tragiquement- morts de méthémoglobinémie après avoir bu un certain jus de carotte, une certaine eau de boisson. On recherche fébrilement la cause de la mort pour s'apercevoir que ces boissons était chargées en nitrate. La boucle est bouclée, tout est de la faute du nitrate. Sauf que rien ne serait arrivé si le jus de carotte en question n'était pas contaminé par des bactéries dénitrifiantes qui transforment le nitrate en nitrite. Il est maintenant établi que les bactéries "normales" du corps ne transforment pas seules le nitrate en nitrite ; la faute retombe entièrement sur les bactéries du sol, très naturelles et, en principe, inoffensives.

Au passage, je m'étonne toujours que tout gravite ainsi autour des bactéries, où que l'on porte son regard. Fascinant!

On fait pourtant le raccourci que les nitrates sont dangereux.  C'est vrai pour les nourrissons, et pour trois raisons :
-leur hémoglobine facilement altérée par le nitrite
-l'absence de barrière gastrique qui facilite la colonisation par les bactéries
-l'absence d'un enzyme (oui, enzyme est un mot masculin à l'origine) qui neutralise le nitrite dans les globules rouges
mais le danger n'est pas le risque, qui lui est faible dans nos contrées industrialisées, et spécialement en ville. Bref, ne désaltérez pas votre nourrisson aux rivières de Bretagne et ça devrait aller.

Pour vous convaincre de l'innocuité du nitrate, considérez ce chercheur qui en donne des grammes à des rats qui ne s'en portent pas plus mal. Si vous vous trouvez décidément trop peu de points communs avec ce velu hôte de nos égouts, mangez 150 grammes de la laitue la plus biologique que vous puissiez trouver, vous savez, celle vendue à prix d'or, qui purifie de l'intérieur et  prolonge très certainement l'existence. Horreur! vous venez d'ingérer autant de nitrate que dans une eau déclarée non potable à cause de lui!

Beaucoup de gens cherchent en ce moment à démontrer un effet cancerogène des nitrates. ILs vont sûrement réussir. Puisqu'on en parle, arrêtez de lire des blogs et éloignez vous de votre ordinateur, ses champs magnétiques sont en train de vous tuer, peut être même plus vite que la viande et les légumes d'hier. Les légumes sont traîtreusement chargés en nitrates.

Enfin, les nitrates sont utilisés comme engrais ; rien d'étonnant donc à ce qu'ils provoquent la prolifération des algues sur le littoral. L'effet négatif est ici indéniable, au niveau du tourisme et de l'agrément, certes, mais surtout au niveau de l'équilibre écologique.

Alors, que va-t-il se passer? Très probablement, les nitrates vont conserver leur mauvaise réputation quant à la santé humaine, sans véritable fondement, la clef étant la sécurité microbiologique. Les normes resteront, se durciront même, protégeant ainsi l'environnement (l'eutrophie est à mon sens le principal effet négatif des nitrates), et notre petite santé d'une éventuelle attaque bio-terroriste à base de bactéries dénitrifiantes.

PS :
Un très bon article Intitutlé "les nitrates, une norme au pieds d'argiles?" a été publié dans le hors série de  La Recherche (ou est-ce Pour La Science?) consacré au risque alimentaire. Il était tellement intéressant qu'après l'avoir prêté, je ne l'ai plus revu.
Par Benjamin
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Mercredi 6 décembre 2006
Si vous aimez non seulement la science mais aussi la communiquer, en particulier aux plus jeunes, le festival de Paris-Montagne vous intéressera probablement. En marge de Paris-Plage (mais ça n'a rien a voir), ce festival organisé par des étudiants et des chercheurs dans les murs de l'ENS, donc sur la "montagne" Sainte-Geneviève à Paris, a pour ambition de promouvoir la science  et la recherche auprès des 7-17 ans, de deux manières différentes : une "Science Academy", qui réunit une vingtaine d'adolescents venant en priorité de lycées de ZEP, et le festival à proprement parler qui accueille -gratuitement- toute personne intéressée, avec toutefois une priorité donnée aux plus jeunes. Le festival, qui lors de sa première édition en 2006 a accueilli plus de 2000 personnes, propose donc des animations scientifiques et pédagogiques d'une durée de 45 minutes et conçues pour des groupes de 12 à 24 personnes ; les gnomes ont vu l'an dernier 40 animations et spectacles, dont celui des Atomes Crochus, avec de la chimie et des clowns!

Alors si vous voulez "rejoindre la cordée" du 21 au 25 Juillet 2007, vous pouvez déposer vos candidatures ici. Si les informations sur le site ne vous suffisent pas et que vous préférez un echange informel avec quelqu'un ayant participé en 2006, vous pouvez m'écrire et je transmettrai.
Par Benjamin
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Jeudi 7 décembre 2006
J'ai fréquemment arpenté les rayons "science" de grandes chaînes de librairies à la recherche d'ouvrages qui m'apprendraient davantage sur mes sujets de prédilection ; vous devinez lesquels? les bactéries et l'évolution... Soit dit en passant, la littérature de bactériologie disponible en magasin est assez pauvre ; heureusement qu'il y a les librairies en ligne! J'arpente, j'arpente, et je fulmine, car la section biologie, déjà minée par la biologie médicale (que dire alors de la microbiologie!), est envahie d'une part par les manuels universitaires, passe encore, mais de l'autre par des bouquins sur le bien-être, les régimes, la parapsycho quelques brûlots politiques, etc. En général, je repars avec un recueil d'essais de Gould et une bande dessinée sous le bras, en pestant contre ce rayonnage anarchique et la rareté des bons ouvrage de synthèse/vulgarisation scientifique disponibles en librairie.

Richard Dawkins
, connu pour ses ouvrages, notamment le Gène Egoïste, et dont le métier équivaut à "Professeur Leçons Evolutionnistes Pour Profit Glorieuse Université Oxford" ("Charles Simonyi Professor of the Public Understanding of Science at Oxford University", c'est-à-dire qu'il ne fait pas ou peu de recherche, mais enseigne et écrit des livres), a vécu une expérience similaire qu'il relate en ces termes :

"I have just visited my local branch of Britain's biggest bookshop chain, and this is what I found: six books on astronomy and nineteen books on astrology. The real science is outnumbered three to one by the pseudoscience. There were twenty books on angels, which means that angels and astrology together (39) outnumber the totality of books on all the sciences (33). When you add in the books on fairies, crystal healing, fortune telling, faith healing, Nostradamus, psychics and dream interpretation, it is no contest. Pseudoscience outnumbers science by at least three to one, and I didn't even begin to count the far larger number of books on religion. This is not, of course, an academic bookshop. Oxford is well supplied with those, and they'd show a very different result. I made my counts in a popular bookshop, presumably typical of the nationwide chain of which it is a part - indeed, the chain's buying policy is centralized in London, and we may be sure that strenuous and expensive efforts are made to reflect popular taste. As a statistical generalization, the general public, as opposed to an academic readership, prefers irrational books over books that reflect what we know about the real world."

Mais là où Benjamin repart avec une bande dessinée avant de commander un bon livre sur Amazon, Richard Dawkins (qui ne doit pas aimer la BD, mais qui en revanche a un égo bien dimensionné) fonde la Richard Dawkins Foundation for Reason and Science (RDF). Le but de cette fondation anglo-américaine est de promouvoir la science rationnelle, de contrer les lobbies créationnistes, et plus concrètement de financer des recherche sur la psychologie de l'irrationalité, avec bien entendu un site proposant vidéos, textes, argumentaires et témoignages.

J'apprécie beaucoup les livres de Richard Dawkins, que je trouve clairs, brillants, solidement étayés. En un mot, son point de vue sur l'évolution est extrêmement fructueux. je n'ai pas encore lu le dernier, The God Delusion, qui traite de l'irrationalité de la croyance en Dieu et du potentiel dévastateur de la religion organisée. Ce livre donne le ton de la RDF : l'athéisme militant, qui me gêne un peu, à titre personnel. Le "converts' corner" propose des témoignages de personnes s'étant converties au rationnalisme scientifique en ayant abandonné toute foi religieuse ; je trouve un peu triste et facile que la majorité de ces témoignages proviennent d'adolescents, dont la propension au scepticisme est notoire. Là encore, le logo est éloquent, un chapelet qui devient double hélice d'ADN :
Vous comprenez qu'en plus de sa prétention, la "mauvaise foi" de Dawkins me dérange, surtout quand il veut démontrer que la religion est globalement mauvaise pour l'humanité. J'estime pour ma part que la science a des limites et que s'il existe quelque chose au-delà, la raison seule ne nous y conduire. En revanche, je pense que la science doit être athée par défaut, jusqu'a ce qu'une expérience ne soit explicable que par l'existence d'un dieu (ou plusieurs!). Et Dawkins écrit vraiment bien des choses passionnantes.

Je finis sur une note plus drôlatique : la section "le Bon, la Brute et le Truand" du site de Dawkins classe les messages qui lui sont adressés en trois catégories de virulence citées ci-dessus. Les plus intéressantes sont bien sûr dans la catégories "Ugly" et écrites par des croyants très indignés par son dernier livre et qui envoient Dawkins brûler en enfer, ce qui n'est pas très chrétien. Mon petit best-of  :

"I defy any of my coreligionists to tell me they do not laugh at the idea of Dawkins burning in hell."

"It would be interesting to me to see how deluded you and your ilk will be when you face the Creator on judgement day and realize that all your "rational " thought will not keep you from eternal damnation."

" I hope you die slowly and you fucking burn in hell! You dammed
blasfemy!!! Right now you are rotting on the inside..."

"you suck.. go burn in hell.. Satan Will Enjoy torturing you.."
Par Benjamin
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Samedi 9 décembre 2006
Je ne souhaite pas restituer ici un annuaire de toutes le variantes de wikipedia, ce qui serait un énorme travail sans doute déjà accompli par ailleurs, seulement exposer quelques exemples qui illustrent différentes façons de mettre des connaissances à disposition, toutes collaboratives.

Tout le monde ou presque connaît Wikipedia, l'encyclopédie libre
et modifiable à volonté sur internet. Cette ouverture fait à la fois sa force (1,5 million d'articles anglophones, 400 000 pour la version française) et sa faiblesse. Rien n'empêche un anonyme de publier de fausses informations sur wikipedia, ce qui est évidemment arrivé ; après quelques polémiques, il est désormais nécessaire de s'enregistrer pour pouvoir modifier un article (ce qui ne résout pas le problème). Expérience personnelle : j'ai tâché de contribuer de mon mieux à un article de microbiologie sur la Wikipedia francophone, sorti depuis du statut "d'ébauche" ; après quelques modifications, j'y vois encore mes phrases, mais aussi d'autres apparues depuis, et avec lesquelles je suis en grave désaccord! Je ne vais pas me disputer à l'infini pour imposer le point de vue selon lequel on dit "milieu" et pas "medium", que l'étude d'une communauté n'est pas l'étude des interactions avec ce milieu, que le biofilm n'est pas "sécrété", etc.

Pour remédier aux principaux défauts de cette encylopédie dont il est un des fondateurs, Larry Sanger lance en ce moment Citizendium (voir l'article de Libération sur le sujet, ou encore, ironiquement, l'article de Wikipedia), l'encyclopédie collaborative au contenu vérifié. Il s'agit d'importer des articles dignes de confiance, notamment depuis Wikipedia (qui est libre de droits, c'est donc légitime) et en les faisant vérifier par des experts, de même que tout nouvel article. Pour contribuer à ce projet, il faudra accepter d'écrire sous son vrai nom et de voir son travail revu par un "rédacteur". Selon Jean Noël Lafargue, administrateur de la Wikipedia francophone, un tel procédé, similaire au "peer-review", permettrait entre autres la publication de travaux scientifiques par des chercheurs. Comme son ancêtre Wikipedia, Citizendium reposera toujours sur les bonnes volontés des "simples internautes" qui écriront les articles, et surtout sur celle des experts qui voudront bien les lire. J'ai grande foi dans ce projet, et j'espère que citizendium.org figurera bientôt dans les "liens Sciences" à gauche de l'écran.

Il existe également des projets intéressants, louables mais de moindre envergure et où l'outil wiki n'aurait pas été indispensable. Par exemple, il existe un MicrobeWiki où des étudiants et professeurs de l'université de Kenyon dans l'Ohio mettent leurs connaissances en microbiologie à votre disposition (il est également possible d'y contribuer moyennant un enregistrement). Je développe un petit peu sur ce wiki, car j'aime les microbes, même s'il est par construction difficile de critiquer des contenus en perpétuelle évolution. Le Microbewiki permet donc d'accéder à une somme conséquente d'informations, comme la taxonomie et la description de nombreuses espèces de bactéries, mais à mon sens d'une manière tronquée. Par exemple, il est impossible d'obtenir des arbres phylogénétiques bactériens pourtant riches d'enseignements, il n'existe aucun article de synthèse sur des sujets fondamentaux comme la découverte des Archées, les biofilms, les résistances aux antibiotiques... De plus, et c'est assez inquiétant de la part d'auteurs académiques, la section des actualités en microbiologie tire ses sources de la presse quotidienne! Gageons que ces défauts disparaîtront quand ce projet aura mûri.

Pour conclure cet article sur les différents wiki de mise à disposition de savoir, j'accorderai quelques lignes à CreationWiki, "encyclopédie de la science de la création", créé et non pas évolué par le réseau NorthWest Creation (et, si je puis me permettre, qui exprime un créationnisme chrétien assez fondamentaliste car fondé sur l'étude de la bible en tant que source historique). Vous savez maintenant que Richard Dawkins bondirait. De ce site je ne dirai que deux choses, parmi les 1968 possibles (soit le nombre d'articles à ce jour). Tout d'abord, la quantité d'articles présents m'inquiète, car elle reflète un considérable déploiement d'énergie consacré à la justification scientifique du créationnisme, avec des argumentaires certes très soignés, documentés, mais aussi biaisés. Ensuite, ce site ressemble énormément à la Wikipedia d'un point de vue graphique, ce qui peut induire en erreur et octroyer à Creationwiki un peu de l'aura et de la crédibilité de Wikipedia.

Pour résumer mon sentiment en quelques lignes, l'existence d'encyclopédies collaboratives sur Internet ne dispense pas d'esprit critique à leur égard, ce qui n'est pas un scoop.
Par Benjamin
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Dimanche 10 décembre 2006
Préambule : voici quelques jours que j'ai reçu un e-mail d'Enro, qui entretient un blog que je consultais régulièrement et pour lequel j'avais énormément de considération. Cet e-mail était une invitation à rejoindre le C@fé des Sciences, un cercle de bloggeurs scientifiques francophones, dont les membres sont à l'heure actuelle Tom, Mathieu, François, Enro, Timothée, et votre serviteur. En visitant les blogs de ces personnes (car le bacterioblog ne saurait se compromettre avec n'importe qui!), j'ai été fort surpris par la qualité des articles et par la nature de leurs préoccupations, souvent proches des miennes. C'est donc avec enthousiasme et non sans humilité (une fois n'est pas coutume) que je les ai suivis dans leur projet. En quoi consiste-t-il?

Si vous suivez les liens vers le c@fé essaimés dans ce billet (http://cafe.enroweb.com , à mettre dans vos favoris, voire en page d'accueil!), vous constaterez qu'il s'agit concrètement d'une page où sont agrégés régulièrement tous nos billets, que l'on peut facilement trier par tags ou par blog de provenance. Mais derrière la page web 2.0, il y a le groupe des c@fetiers, pour qui la science et la recherche ont beaucoup à dire alors que leurs moyens d'expression sont plutôt rares, comme l'a très bien démontré Timothée ici. Nous voyons dans le c@fé un moyen d'ouverture, de confrontation de nos idées, de cumulation de nos exigences respectives, mais aussi de collaboration, de complémentarité. Nous espérons ainsi vous proposer une lecture de la recherche plus pertinente, une vulgarisation de qualité et un questionnement continuel quant aux interactions entre la science et la société. Nous continuerons à aborder les mêmes thèmes, notamment l'histoire des sciences, l'impact des découvertes actuelles, l'actualité de la recherche et sa perception par le public, ou toute autre curiosité qui en vaut la peine... Votre petit café de science bien serré est déjà prêt!

Au fait, pourquoi le "café"? je n'ai pas assisté au brainstorming initial, je propose donc une interprétation a posteriori, ce qui est mal en science, mais pratique : dans le monde de la recherche, les discussions les plus intéressantes, qui sont des moments de reflexion et d'apprentissage, ont lieu aux pauses-café (indiféremment celles de 10h, 14h, 16h30 et 19h, non, nous ne sommes pas dépendants), avant de se laisser aspirer par l'enchaînement des expériences.

Qu'il me soit permis de remercier chaleureusement Federico pour le dessin de notre logo, et Louis, sans lequel je n'aurais jamais rejoint l'aventure. A titre personnel, je suis ravi de rejoindre ce petit groupe très dynamique. C'est à la fois l'occasion d'une remise en question et un encouragement à poursuivre et développer le bactérioblog! Enfin, les c@fetiers (et moi le premier) sont avides de retour, de critiques, de commentaires, de suggestions... N'hésitez pas!
Par Benjamin
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Vendredi 12 janvier 2007
Dans un précédent billet, je rapportais la mise en ligne de l'intégralité des écrits de Charles Darwin. La France n'est pas en reste, le CNRS a fait de même avec  les oeuvres de Lamarck (à gauche) et un panorama de celles Buffon (pour fêter ses trois cents ans, à droite).  Comme pour Darwin, ces lectures ont un intérêt historique et épistémologique plus que scientifique, mais vous pourrez tout de même y trouver des trésors d'histoire naturelle.

Buffon fut un grand naturaliste, cela ne fait aucun doute. Lamarck aussi. J'entends d'ici les critiques "hahaha ce simplet de Lamarck qui pensait que les girafes évoluaient en s'étirant le cou, pas comme Darwin!". Rendons à César ce qui est à César.  Lamarck, qui publie en 1809 (l'année de la naissance de Darwin) sa Philosophie Zoologique, propose alors le premier le concept d'évolution, et ne fut pas le premier à proposer l'hérédité des caractères acquis. Darwin ignorait tout des mécanismes de la variation et de l'hérédité ; il ne pouvait qu'en observer le résultat. Dans sa propre théorie, Darwin ne savait pas si les mutations étaient innées, acquises, dirigées... son intelligence a été de tout résoudre d'un coup avec le mécanisme de la sélection naturelle. A porter au crédit de Lamarck : il inventa le terme "Biologie", et l'hérédité des caractères acquis semble bien exister dans quelques cas, notamment en épigénétique (ce qu'il ne pouvait pas anticiper).

A titre personnel, je félicite donc les instigateurs de ces ambitieux projets, qui empêcheront peut être une révision facile et bien pensante de l'histoire de la Science.
Par Benjamin
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Mardi 16 janvier 2007
L'heure est grave! Je viens de tomber sur cet article en ligne, édité par un grand quotidien français. Il s'intitule "un rapport officiel dénonce l'inefficacité économique de la recherche publique". Cette enquête a été réalisée "par l'inspection générale des finances et l'inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche, à la demande des ministres de l'économie et de l'éducation nationale". On y relate entre autres que malgré les mesures prises par l'Etat pour valoriser sa recherche, le volume des partenariats entre la recherche publique et le privé n'augmente pas. Pire, les crédits ne sont pas utilisés pour la valorisation, mais plutôt pour développer la recherche fondamentale. Trop peu de brevets sont encore déposés, les entreprises issues de la recherche ne s'épanouissent pas (i. e. font souvent faillite)... Tout de même, les auteurs du rapport signalent les bons élèves, le CEA et les écoles d'ingénieurs, et les cancres, le CNRS et les universités (où mettent-ils l'ENS?). Conclusion : les aides attribuées à la recherche sont mal réparties, et la recherche publique, cette ingrate, ne remplit pas sa mission de valorisation.

Je ne suis pas vraiment en phase avec le ton de l'article, ni avec les aperçus du rapport qui nous sont donnés, ce qui me donne l'occasion pour la première fois de proposer ma perception de la recherche en France. Je précise tout d'abord que je ne suis pas idéologiquement opposé à la valorisation de la recherche, loin de là, seulement à la désignation facile de boucs émissaires.

A mon avis, et je le partage, les aides à la valorisation masquent à peine le cruel manque de moyens des laboratoires (il s'agit plus d'une réallocation que d'une addition), et une valorisation efficace est le signe d'une recherche florissante. Le rapport signale par exemple les bons résultats en recherche tant fondamentale qu'appliquée du CEA et des écoles d'ingénieurs. Or, il s'agit selon moi des institutions qui n'ont que rarement eu des problèmes de financement, et qui déjà avant la loi sur l'innovation et la recherche de 1999 fonctionnaient bien et avaient une philosophie de valorisation. Ces cas mis à part,  on ne peut pas faire semblant de donner plus d'argent au CNRS, jeter un oeil 7 ans plus tard et s'exclamer : "quoi!? vous en êtes encore là?". Pour résumer ma position, je dirais qu'on ne peut attendre d'une recherche publique qu'elle valorise ses trouvailles qu'à la condition qu'elle soit efficace au préalable, donc bien structurée et financée.

Du côté des entreprises issues de la recherche publique, il est cocasse d'imputer leur petit nombre et leur courte durée de vie à la recherche elle-même, alors que la France est loin d'être le meilleur endroit pour entreprendre!

Je rejoins les conclusions du rapport sur un point : en France, les cultures de l'entreprise et de la recherche sont très distinctes, contrairement aux pays anglo-saxons: dans ces contrées riantes, les "PhD" sont accueillis à bras ouverts par les entreprises, se voient proposer des postes d'encadrement et des salaires confortables, courent dans les fleurs et nagent dans des rivières de chocolat. En France, non. J'apprécie énormément nos ingénieurs, il m'arrive même d'en fréquenter et d'y trouver du plaisir, mais le monde de l'entreprise doit faire un peu de place aux docteurs. Conséquence intéressante, le jour où le doctorat cessera de déboucher uniquement sur une recherche publique encore embouteillée et sous-financée, plus d'étudiants seront attirés par la thèse, en feront une, et ainsi beaucoup de laboratoires bénéficieront de leurs compétences pendant quelques années. La recherche ne s'en portera que mieux.

Le CNRS n'est certainement pas parfait, une restructuration lui ferait du bien alors que ses chercheurs sont essaimés dans tous les labos de France et de Navarre, il devrait peut être déposer plus de brevets... Mais qu'un rapport officiel dénonce le monde de la recherche au lieu de ses propres insuffisances, sous-financement de la recherche, entrepreneuriat découragé, enseignement de type monolithique en université sans notions du monde de l'entreprise, etc. ça me hérisse, tout simplement.
J'ai oublié de préciser que le lien du monde qui pointe vers cet article s'intitule "en France, la recherche manque de performances, pas d'argent!". Ben voyons! J'apprécie la négation du sous financement de la recherche et  en même temps l'amalgame de la performance et  de la valorisation économique... Je me hérisse derechef!

Une petite blague, après ce long déballage... Rue d'Ulm, 23heures: un sinistre individu cagoulé menace un passant au moyen d'un cutter rouillé:
"ton portefeuille, vite!"
Le quidam effrayé s'éxécute... Dans le portefeuille en nylon noir élimé, son agresseur trouve en tout et pour tout quinze centimes d'euros et trois tickets de métro (usagés). Le voleur, dégoûté, rend le portefeuille à son propriétaire:
"tiens, garde-le! t'es encore plus dans la merde que moi!
-ben... je suis chercheur!" fait l'agressé avec un geste d'impuissance.
A ces mots, l'autre enlève sa cagoule et lui dit, jovial:
"Ha bon? t'es dans quel labo?".

Par Benjamin
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Lundi 29 janvier 2007
Parfois, quand le verre est à moitié vide, je vois Internet comme un espace de liberté tel que l'on peut y proférer les théories les plus fantaisistes qui soient (exemples à l'appui), parfois dangereuses comme lorsqu'elles prétendent que les vaccins sont inutiles... D'un autre côté, Internet est une grande bibliothèque qui grandit tous les jours, et au contenu de laquelle on peut parfois faire confiance.

Dans la lignée de Lamarck et de Darwin (voir les billets Darwin Online et Parce qu'ils le valent bien), les oeuvres d'Alfred Russel Wallace, naturaliste et codécouvreur de la théorie "darwinienne" de l'évolution, sont rendue disponible en ligne grâce au museum d'histoire naturelle de Grande Bretagne, à cette adresse. On y retrouve ses collections de naturaliste, notamment des insectes, ses articles sur lla sélection naturelle, mais aussi quelques lettres qui permettent de découvrir, entre autres, ce qu'il pensait de Darwin. A ce sujet, une lettre écrite à Bates en 1860 nous éclaire considérablement :

"I know not how or to whom to express fully my admiration of Darwin's book. To him it would seem flattery to others self praise;- but I do honestly believe that with however much patience I had worked up  & experimented on the  subject I could never have approached the completeness of his book,- its overwhelming argument, & its admirable tone & spirit. [...] Mr. Darwin has created a new science & a new Philosophy, & I believe that never has such a complete illustration of a new branch of human knowledge, been due to the labours & researches of a single man."

Nous pourrions avoir en 2007 le sentiment que Darwin avait usurpé ses résultats ou "scoopé" Wallace après avoir eu vent de ses travaux; cette idée était assez répandue il y a quelques années, lorsque les travaux de Wallace était redécouverts. En réalité, les deux hommes avaient une profonde estime l'un pour l'autre, et même de l'amitié. L'histoire des sciences moderne rend d'ailleurs hommage à Wallace en le qualifiant de "codécouvreur" de la sélection naturelle. Plus étonnant, Wallace écrit  entre les deux phrases précédemment citées:

"I really feel thankful that it has not been left to me to give the theory to the public."

L'origine des espèces a effectivement eu un impact fort et immédiat hors de la seule sphère scientifique, avec ses bons et ses mauvais côtés. Les 150 ans suivants devaient donner raison à Wallace, car même si Darwin est resté pendant ce temps l'un des plus grands scientifiques de l'histoire, il a aussi été caricaturé, brûlé en effigie et traîné dans la boue (voir le billet Darwin, un facho?!?), et sans doute pour longtemps encore. Qui aurait voudrait devenir un damné sur Terre? Je m'amuse à relever la tournure de la phrase de Wallace, qui sous entend que quelqu'un devait rendre cette théorie publique, et Darwin lui paraissait
a posteriori le mieux placé pour cette tâche noble mais ingrate..
Par Benjamin
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Jeudi 8 février 2007
Si nous devions nous représenter un pays, une culture qui incarne le mouvement créationniste (ou plutôt anti-évolutionniste), les Etats Unis nous viendraient spontanément à l'esprit. A cela on peut trouver de multiples raisons, notamment religieuses: ce pays a été bâti par des protestants qui fuyaient les persécutions, certains d'entre eux prônant une lecture très littérale de la Bible, donc de la Genèse, incompatible avec la théorie de l'évolution. Selon une enquête réalisée dans 33 pays développés, c'est aux Etats Unis que l'on trouve le moins d'adultes acceptant la théorie de l'évolution, si 'on excepte la Turquie, bonne dernière. Ce billet a pour but de montrer que l'activisme créationniste n'est pas l'apanage des Etats Unis, loin s'en faut.

Ainsi, un scientifique et politicien polonais, Maciej Giertych, a récemment pris tribune dans Nature pour expliquer que non, la théorie de l'évolution n'était pas prouvée, etc. En Italie, le ministre de l'éducation en poste en 2004 a tenté de retirer l'enseignement de l'évolution des écoles. Bien sûr, ces initiatives ne sont pas isolées, mais sont l'expression dans leurs pays respectifs de mouvements créationnistes, en l'occurrence catholiques, et ce malgré les déclarations explicites du défunt pape jean-Paul II, "de nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l'évolution plus qu'une hypothèse. Il est en effet remarquable que cette théorie se soit progressivement imposée à l'esprit des chercheurs, à la suite d'une série de découvertes faites dans diverses disciplines du savoir."

Il y a quelques jours, des professeurs de biologie travaillant dans des établissements français recevaient un "Atlas de la Création" (tome 1), magnifique ouvrage illustré qui entend bien démontrer que la théorie de l'évolution ne peut expliquer la diversité actuelle du vivant. Si quelqu'un en a un exemplaire en trop, il ferait très bien dans ma collection personnelle. Ce brûlot, inspiré par le Coran cette fois (à grands coups de versets), a été écrit par Harun Yahya, pseudonyme du turc Adnan Oktar, qui n'y va pas avec le dos de la cuiller: "la théorie de l'évolution, un concept du 19ème siècle périmé, s'est complètement effondrée face aux faits scientifiques actuels". Il prétendrait aussi que toute forme de violence, de conflit, procède du "darwinisme" (pour lui une incarnation du matérialisme), avec plein d'exemples choquants, ce qui n'a rien de nouveau (voir plein de billets précédents). Je fus atterré à cette nouvelle, car la France se veut le pays des Lumières (ce qu'elle est historiquement), de la raison et de la laïcité. Je reste serein en considérant d'une part que l'initiative vient de l'extérieur de l'hexagone, d'autre part la réaction des professeurs eux-mêmes et des autorités de l'éducation.

En Russie, l'enseignement de la théorie de l'évolution sera traîné devant un tribunal, le 21 de ce mois. La plaignante, apparemment âgée de 16 ans (!), attaque le ministère russe de l'éducation et de la science car les manuels de biologie propagent une théorie -l'évolution- incompatibles avec ses propres croyances (son père, qui la représente au tribunal, dit pourtant qu'elle n'a pas de foi particulière, mais tant pis). Les plaignants sont soutenus par des membres de l'église orthodoxe russe (encore une autre confession), et le ministre de l'éducation ne serait pas opposé à l'inclusion de plusieurs théories alternatives dans les manuels (mais nous savons que la politique n'est pas l'art de dire la vérité, mais plutôt d'être réélu). La péronnelle slave prétend également que le contenu de l'Origine des Espèces n'est pas prouvé et dérive de l'idéologie marxiste-léniniste. Il faut bien que je m'indigne un peu, car dans les années 1950-60, un pseudo-biologiste russe nommé Lyssenko affirmait que la théorie darwinienne de l'évolution était un détestable sous-produit de l'idéologie bourgeoise! Au passage, cette petite guerre idéologique a vraiment coûté des vies (et tué la notion de gène de l'autre côté du mur), alors que de nos jours nous ne risquons "que" le savoir patiemment accumulé et l'éducation des génération futures.

Nous nous rendons bien compte que le créationnisme ne connaît pas de frontière, ni de religion. Le vrai problème n'est pas la religion en soi, à laquelle il n'y a pas lieu de faire un procès, mais bien les quelques "fondamentalistes" qu'on y trouve (ce raisonnement est également valable pour les religions qui promeuvent la violence...). Certains athées développent même leur propre forme de créationnisme et rejettent la théorie de l'évolution. Comment concilier absence de divinité et acte créateur? Tout simplement en faisant intervenir des extra-terrestres omnipotents, omniscients et éternels, que personne n'a jamais vu! Oui, exactement comme des dieux. Heureusement, le fait que les créationnistes de tout bord se dévoilent ne signifie pas qu'ils font beaucoup d'adeptes, mais il convient de prudence conserver. Ceux qui flattent les convictions de leur auditoire ("non, je ne descends pas du singe" "pas question de rouler moins en voiture ou de devenir pauvre pour une soi-disant histoire de climat, alors que la météo à 5 jours n'est pas fiable") recueillent toujours plus d'audience et d'adhésion que ne leur accorderait la raison seule.
Par Benjamin
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Vendredi 9 février 2007
Décidément, je ne peux pas écrire sur un sujet sans qu'il paraisse simultanément dans un quotidien. On m'espionne ou quoi? je parle bien sûr des "Atlas de la Création" envoyés à des professeurs de France pour propager une bonne parole créationniste inspirée du Coran (voir le billet précédent). Sept volumes au total sont à paraître, comme Harry Potter. Un article est donc paru dans le Monde au sujet du créationnisme en Turquie, florissant, et de son principal prophète Harun Yahya. Le contenu est plutôt divertissant, quoique crispant lorsque l'on arrive aux prodigeux amalgames entre évolutionnisme et violence ("les terroristes kurdes darwiniens"!). Le parcours personnel d'Harun Yahya n'est pas mal non plus, à moins que ce ne soit "que des calomnies propagées par les matérialistes, les maçons et les communistes"! Il ne manque que la mention des Juifs et ce roquet de Tarkan Yavas faisait carton plein dans la théorie du complot... En revanche, Harun Yahya a bel et bien à son actif le site http://mensongedelevolution.com, que vous pouvez voir  dans la colonne de gauche du présent blog. Oui, en face de la mention "infâme", que lui a valu ce genre d'horreurs.

Evidemment, l'initiative d'envoyer des atlas de la création en France a valu à ces braves gens la publicité qu'ils espéraient (un autre point commun avec Raël, au passage; "toute publicité est bonne à prendre"). Vous pourriez me dire, chers lecteurs, que je participe à ce battage, ce qui ne serait pas faux. Néanmoins, j'estime que ma responsabilité est limitée (le pluriel de "lecteurs" plus haut est largement emprunté), et que ladite publicité n'est pas flatteuse. Tarkan Yarvas se demande "vont-ils brûler nos livres sous la Tour Eiffel?" Moi, je suis volontaire. Si ça vous intéresse (et que vous en avez un exemplaire), contactez moi via le blog ou bacterioblog@gmail.com. Je conçois cet acte comme purement symbolique, pas comme un refus aveugle ou un simple autodafé; j'espère bien conserver un exemplaire par-devers moi pour pouvoir en réfuter quelques points cruciaux dans ces pages. De mon petit coin, j'aimerais saluer l'effort d'information amorcé par Armand de Ricqlès et Guillaume Lecointre, respectivement titulaire d'une chaire au Collège de France et chercheur au Museum d'Histoire Naturelle, qui se préoccupent de répondre à cette propagande de manière bien plus complète que je ne saurais le faire. Par ailleurs, un entretien de Malek Chebel confirme que le problème ne réside pas dans l'Islam par lui-même, mais bien dans les personnes mal intentionées qui s'en réclament.

La création par Harun Yahya (allégorie)
soit 5 minutes de perdues avec Paint, je sais
.
Par Benjamin
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