Samedi 2 octobre 6 02 /10 /Oct 18:00
Chers lecteurs, 

la bactérioblog déménage et sera désormais visible à cette adresse :


(qui jusque là contenait une redirection vers la présente page). En termes de microbiologie, disons que ce blog se disperse et s'en va fonder une colonie dans une niche plus favorable.

Les billets antérieurs seront progressivement dupliqués sur cette nouvelle adresse, mais ils resteront ici avec leurs trésors de commentaires. Je vous recommande donc de mettre à jour vos marques-page ou votre agrégateur RSS préféré avec ce nouveau flux.

Si vous voulez connaître la raison de cette migration, sachez qu'Over-Blog m'a rendu de fiers services pendant quatre ans, pas toujours à plein régime, je vous l'accorde, et je le conseille vivement à qui voudrait créer un blog gratuitement, sans pub et sans s'embarrasser de considérations techniques. Mais en vrac, j'en ai assez de la petite barre over-blog qui me suit de site en site, de l'administration qui ne me laisse plus télécharger de nouvelles images, du flux RSS tronqué...

Maintenant, si quelque chose ne marche pas, je serai le principal responsable. Mais grâce à mon hébergement maison et à Wordpress, je peux enfin modifier mon design à volonté, ajouter des extensions variées, implémenter un système de tags (enfin!), et peut-être proposer quelques à-côtés en marge du blog.

J'espère vous retrouver là-bas
Par Benjamin - Publié dans : Bacterioblog
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Vendredi 1 octobre 5 01 /10 /Oct 22:36

Au cours d'une petite sortie shopping, je suis tombé en arrêt devant la scène suivante, immortalisée dans l'instant grâce à mon téléphone :

On peut pratiquement trouver "le visage de Dieu" des frères Bogdanov au rayon religion, à côté de "la Torah pour les nuls"! En dépit du titre du livre, je ne pense pas qu'il s'agisse d'un fait exprès, plutôt d'une coïncidence ; il se trouve que le présentoir des livres mis en avant dans la catégorie "sciences" jouxte un étal de livres "religions". Au passage, il faut noter qu'à la Fnac les "sciences" (sous-entendu : "dures") sont une subdivision des "sciences humaines"... ça donne à réfléchir, non? Après tout, il n'existe pas de science qui ne soit le produit de la pensée humaine!

Le hasard qui a placé ce livre en ce lieu précis n'est pas complètement vide de sens : si "le visage de Dieu" traite de cosmologie, du Big Bang et des origines de l'univers, il n'est pas non plus dépourvu de considérations mystiques qui confinent au créationnisme. Je me suis par exemple penché sur le passage traitant du hasard (qui ne pourrait pas en être un) de l'ajustement précis des constantes physiques qui permet la vie, un vieux classique du dessein intelligent. Pour une critique plus globale de l'ouvrage, je vous renvoie au blog de David Larousserie, qui annonce la couleur avec "l'imposture Bogdanov".

En somme, peut-être le hasard de l'arrangement des livres à la Fnac compense-t-il le constat d'Olivier Brosseau dans Rue89, qui manifestement regrette qu'une "position spiritualiste soit présentée comme de la science auprès d'un large public".

Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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Lundi 27 septembre 1 27 /09 /Sep 09:01

Grâce aux savantes suggestions d'Amazon et d'un article dont je n'ai plus souvenir, je me suis procuré ce livre intitulé "le gingembre est aphrodisiaque et autres idées reçues sur l'alimentation", attiré que je suis par les mythes relatifs à la santé, qui trop souvent se cachent derrière le "bon sens". Je vous propose donc une rapide fiche de lecture de cet ouvrage.


Tout d'abord, et c'est quand même l'essentiel, j'ai été tout heureux d'apprendre de nouvelles choses et d'abandonner quelques idées reçues. J'ai ainsi appris que le gingembre n'est pas aphrodisiaque, mais aussi que l'orange ne contient pas des quantités astronomiques de vitamine C, ou que les épinards ne sont pas exceptionnellement riches en fer. Ce dernier exemple est assez amusant : les vertus supposées des épinards proviendraient d'une erreur de virgule (donc d'un facteur 10) dans une publication de 1870. Le mythe se serait ensuite enraciné avec... Popeye! Gardons-nous de sous-estimer les effets (sous-)culturels... De même, la croyance que l'orange contient beaucoup de vitamine C trouverait son origine dans le goût d'orange ajouté aux comprimés de pharmacie! Comme l'auteure le souligne à propos, des comprimés au goût de navet auraient peut-être moins de succès, alors que le triste légume contient deux fois plus de vitamine C que le dynamique agrume.

 

oranges
Oranges

Bien d'autres sujets valent le détour, je vous laisse les découvrir. En attendant, je dédicace à Elifsu l'idée reçue que "les noix font grossir", et espère qu'elle sera heureuse d'apprendre que « manger 7 à 20g de noix par jour en plus de son alimentation normale n'aurait pas d'effet sur la silouhette, selon trois études de 2001, 2002 et 2005 ». Apparemment, les noix augmentent l'impression de satiété grâce à leurs fibres et acides gras polyinsaturés... c'est donc un mystère que l'on parvienne à s'enfiler 500g de noix fraîches en une journée.


Parmi les aspects moins positifs de ce livre, on pourrait citer le titre, racoleur, mais l'exemple d'un autre ouvrage (au demeurant excellent) m'a appris qu'il ne faut pas toujours en tenir rigueur à l'auteur. De plus, au fur et à mesure que l'on avance dans le livre, le style comme les sujets traités (cellulite, grossir, maigrir...) relèvent de plus en plus du magazine féminin, ce qui était somme toute prévisible. Enfin, si l'on s'attache aux détails ou aux controverses scientifiques, on pourra regretter un certain manque de profondeur, ainsi que l'absence de mention des sources au fil du texte.


Ceci m'amène à parler un peu de l'auteure, « diététicienne et exploitante en agriculture biologique » selon la quatrième de couverture. Soit dit en passant, un diététicien est un professionnel de la santé reconnu par un diplôme d'état (au contraire d'un nutritionniste, appellation non contrôlée), mais n'est pas un médecin. Cela explique sans doute la présence de l'idée reçue "seuls les médecins nutritionnistes peuvent parler de nutrition", dont le but est de rétablir la place des chimistes et des biochimistes dans les avancées de cette discipline. Enfin, son avis sur les mérites des produits bio pour la santé est à peu près nuancé (c'est-à-dire peu ou pas d'avantage nutritionnel), ce que je salue bien bas, étant donné l'évident conflit d'intérêt.

Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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Vendredi 24 septembre 5 24 /09 /Sep 15:25

Pendant que personne ne lit, je vais aller braconner un peu sur les terres mathématiques. Plus jeune (je suis toujours jeune, mais moins) j'ai eu du mal à mémoriser la formule pour la somme des n premiers entiers: 1+2+3+...+n. Marqué au fer rouge, je me rappelle que cette somme vaut n(n+1)/2, et qu'elle se démontre par récurrence. Le problème de la démonstration par récurrence, c'est qu'il faut déjà savoir ce que l'on cherche. Comment je fais, moi, si j'oublie la formule magique, et si un complot me renvoie sur les bancs de l'école? Heureusement, j'ai découvert une solution très simple dans "la formule préférée du professeur", un roman japonais mettant en scène une jeune femme et son fils qui partent à la découverte des mathématiques avec un vieux professeur privé de mémoire à long terme (un ressort classique dans les films comme dans les romans).

Imaginons une pile d'oranges, ou plutôt de goyaves: une tout en haut, deux en dessous, puis trois, puis quatre... Si la pile fait n étages, le nombre de fruits qu'elle contient est la somme des n premiers entiers. Je représente ci-dessous quatre étages de goyaves (en rouge), ce qui nous fait 1+2+3+4=10 fruits. A partir de cette représentation, comment déduire la formule qui donne le nombre de goyaves en fonction du nombre de rangées (n)?

L'astuce, c'est d'imaginer les goyaves qui manquent pour dessiner un carré (ici en rouge pâle). Ce carré, qui a pour côté n (goyaves), a donc pour aire n² (goyaves carrées). Si on le coupe en deux par la diagonale (trait noir), on obtient un triangle qui contient n²/2 goyaves, mais il nous manque la moitié des goyaves de la pile du bas qui font pourtant partie de la somme recherchée. On rajoute donc n/2 pour obtenir le nombre de goyaves de la pile, pardon, la somme des n premiers entiers, qui fait bien n²/2 + n/2 = (n²+n)/2 = n(n+1)/2.

Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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Samedi 18 septembre 6 18 /09 /Sep 09:30

Pour commencer en douceur, je vous invite à lire cette longue citation tirée d'un ouvrage de fiction: 


"We've got to be careful here, [Interlocuteur]. You ever listened to anybody from the Institute for Creation Research? They spout absolute gibberish about the origin of life, but you can see people in the audience nodding their heads and agreeing with them -- the creationists say the scientists don't know what they're talking about, and they're right, half the time we don't. We open our mouths too early, all in some desperate bid for primacy, for credit. But every time we're wrong -- every time we say we've made a breakthrough in the fight for a cure for cancer or we've solved a fundamental mystery of the universe and then have to turn around a week or a year or a decade later and say, oops!, we were wrong, we didn't check our facts, we didn't know what we were talking about -- every time that happens we give a boost to the astrologers and creationists and New Agers and all the other ripoff artists and charlatans and just plain nut cases. We are scientists, [Interlocuteur] -- we're supposed to be the last bastion of rational thought, of verifiable, reproducible, irrefutable proof, and yet we're our own worst enemies."

 

Première étape, le bacterioquizz: saurez-vous me donner le titre de l'ouvrage duquel est tiré cet extrait? C'est un peu difficile, je vous donne un indice: les scientifiques qui discutent ici travaillent au CERN. On appréciera tout de même la mention des créationnistes, sur ce blog l'évolution n'est jamais très loin.


Sur le fond, le jugement porté sur les scientifiques est bien sûr un peu sévère, pour les besoins de l'intrigue, mais regardons-y de plus près. Sans quitter mon bureau, je peux citer mon exemplaire de La Recherche du mois de septembre, où il est question d'astrophysique: "l'annonce bien orchestrée [...] avait fait grand bruit. Comme La Recherche vous l'a relaté au printemps dernier, le soufflé est un peu retombé , les données n'étant pas suffisantes statistiquement pour établir la découverte". En recopiant ce passage, je m'aperçois que j'ai bien fait de mentionner la discipline, tant ces faits sont monnaie courante dans tous les domaines. En l'occurrence, on appréciera le rôle modérateur de La Recherche, mais force est de constater que les media peuvent avoir leur part dans de tels "soufflés", comme s'en amuse Jorge Cham (bonus sur SMBC comic). C'est ainsi que Craig Venter a été le "premier à recréer la vie en laboratoire"... à trois reprises!


Admettons que certains chercheurs s'écartent parfois de la rigueur et de l'intégrité qui -en principe- caractérise leur activité. Malheureusement, il ne suffit pas d'être scientifique de métier pour devenir un modèle d'objectivité, comme l'illustre l'histoire de la découverte des rayons N par René Blondlot au début du siècle dernier. Probablement de bonne foi, ce respectable physicien "reproduisit" l'observation de ces rayons, en présence de son confrère et contradicteur Robert Wood... qui avait au préalable saboté le dispositif expérimental. Il n'y a pas plus de rayons N que de beurre en broche, et il faudra attendre un petit moment avant que la ville de Nancy ne donne pour de bon son initiale à un rayonnement.  


Oui, les chercheurs peuvent en faire trop, allez trop vite, ne pas vérifier leurs résultats autant de fois qu'ils le devraient, ou encore exagérer dans la promotion de leurs découvertes. Si on laisse de côté l'intéressante question des conséquences (évoquées dans la citation ci-dessus), les causes de ces "manquements à l'esprit scientifique" peuvent relever de la satisfaction de l'égo, des intérêts particuliers... ou même de l'habitude.


Mais il y a une autre raison, tout aussi humaine, mais qui à mes yeux rachète les autres: l'enthousiasme. Les chercheurs ne sont pas des machines rigoureusement objectives, et après tout, tant mieux. Leur passion, si elle peut parfois éloigner de la stricte objectivité scientifique, est ce qui rend la recherche si vivante et si humaine. A ce propos, j'aime bien cette touchante anecdote que m'a narrée un de ses témoins, non sans émotion. Elle concerne Jacques Monod, fameux chercheur qui en étudiant la régulation de l'opéron lactose fut le premier à montrer que l'expression des gènes pouvait changer en fonction des paramètres du milieu (et obtint le prix Nobel en 1965 avec François Jacob et André Lwoff). Quelques années après cette découverte majeure, il devait montrer que dans le cas de certaines enzymes, la reconnaissance d'une molécule induisait un changement de conformation qui modifiait ses propriétés catalytiques. Ce modèle dit allostérique fournissait une explication élégante à l'apparente adaptation des protéines à leur environnement, particulièrement pertinente dans le cas de l'hémoglobine, par exemple. Un beau jour, on vit ainsi Jacques Monod entrer dans le laboratoire de son équipe, sortir la bouteille de whisky du laboratoire*, s'en servir une bonne lampée ("it's not very scientific, but it helps", disait ce bon vieux Fleming), avant de déclarer: "les enfants... j'ai découvert le deuxième mystère de la vie!".

 

 

* dans mon labo de thèse était cachée une bouteille de rhum pour ces occasions, pas toujours aussi révolutionnaires

 

Par Benjamin - Publié dans : Le monde de la recherche
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Jeudi 8 avril 4 08 /04 /Avr 15:29

Dans un article publié aujourd’hui dans Nature, des scientifiques nous apprennent que l'intestin des Japonais renferme des bactéries adaptées à la digestion des sushis!

 

On ne va pas feindre de s’en étonner outre mesure, puisque l’on sait au moins depuis les travaux de Gordon que l’obésité modifie la composition de la flore digestive, qui influe en retour sur l'utilisation des nutriments, et donc sur l’obésité. Nous avons également vu dans ces pages que l’activité métabolique de la flore digestive (mais pas forcément la composition de la flore elle-même) était influencée par la consommation de chocolat.

 

Détail amusant, ces travaux au petit goût si exotique ont été réalisés pas si loin d’ici, où l’on étudie les bactéries en bord de mer: la station de biologie marine de Roscoff! On attend donc avec impatience leurs travaux sur les bactéries spécialisées dans la digestion du homard, du beurre salé et des crêpes…

 

L’histoire de cette découverte mérite tout de même qu’on s’y attarde: les chercheurs ont commencé par rechercher les enzymes (donc les gènes encodant ceux-ci) impliqués dans la dégradation des polysaccharides des algues, du classique. Après avoir obtenu des séquences de gènes et des protéines correspondantes, ils les ont tout naturellement comparées aux bases de données existantes. Sans surprise, ces séquences ont été retrouvées dans des bactéries marines, elles aussi susceptibles de mettre des algues à leur menu… et dans un isolat d’intestin humain, Bacteroides plebeius, issu d’un individu japonais (le genre Bacteroides est fortement représenté dans la flore digestive). Subodorant une relation de cause à effet, nos scientifiques ont ensuite recherché le gène de leur enzyme dans les « microbiomes » intestinaux de 13 Japonais et 18 Américains (et pourquoi pas de Bretons, très nombreux sur place ?), et l’ont détecté chez 5 individus du premier groupe seulement. La conclusion qui s’impose alors, tempérée par les petits nombres d’échantillons, est que les Japonais possèdent des bactéries qui leur confèrent la capacité de digérer certains polysaccharides des algues, probablement parce qu’ils en mangent eux-mêmes. En effet, les Japonais consommant régulièrement des algues (14g par jour selon l’article), en particulier par le biais des sushis ; il existe donc une pression évolutive non négligeable (à mon avis, davantage pour les bactéries que pour les humains) pour l’exploitation de cette ressource. Les auteurs supposent que ces gènes ont été importés dans le tube digestif par le biais des algues elle-mêmes, en général consommées crues, où ils furent intégrés par les bactéries de la flore digestive proprement dite, déjà richement dotées en enzymes de dégradation des polysaccharides, qui devinrent alors capables de digérer les algues, pour leur bénéfice et celui de leur hôte.

 

De ces travaux, on retiendra donc l’influence de la culture (alimentaire) sur la composition ou plutôt les fonctions de la flore digestive, et un bel exemple de coévolution où une bactérie intestinale s’est probablement « procuré » des gènes de bactérie marine pour s’adapter au régime alimentaire de son hôte (à moins que ce ne soit le régime qui s’adapte aux bactéries commensales!).


N’oublions pas non plus la petite part de chance qui a permis, un peu par hasard, qu’existe dans les bases de données l’unique séquence qui a mené à ce résultat…

Par Benjamin - Publié dans : Microbiologie
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Mercredi 2 décembre 3 02 /12 /Déc 09:00
Dans un ancien billet sur le processus de publication scientifique, je décrivais sa pierre angulaire, la "peer review", ou, pour choisir une traduction pas trop littérale, l'évaluation par les pairs. En deux mots, les travaux des chercheurs sont rédigés dans des manuscrits d'articles. Ceux-ci sont soumis à d'autres chercheurs, experts du domaine (les referees), qui (en principe) restent anonymes et dont l'avis est crucial pour décider de la publication. Pour remettre ceci en perspective et si vous souhaitez y passer 5 minutes, vous pouvez regarder cette vidéo (en anglais, mais les symboles aident bien).



Voilà! J'espère que vous avez apprécié le "referee" déguisé en "arbitre"... Bien que l'évaluation par les pairs me soit un peu familière, cette vidéo m'a rappelé au moins deux aspects de ce processus qui ont un fort impact sur la vie des chercheurs. Premier point essentiel, la littérature scientifique qui est passé par le filtre de l'évaluation par les pairs est considérée comme la source primaire du savoir scientifique, même si parfois elle n'est pas exempte d'erreurs, voire de fraudes. On peut donc boucler la boucle idée, hypothèse, expérience, résultat, publication, lecture... et idée! C'est aussi pour cette raison que lorsque l'on souhaite placer un débat sur un plan scientifique, on préfère se rapporter à cette littérature plutôt qu'à des revues de vulgarisation (ou des documentaires), qui sont par ailleurs souvent d'excellente tenue, qui appliquent en général ce même principe et constituent un point de départ appréciable. J'ai plusieurs fois remarqué qu'il pouvait y avoir incompréhension sur ce point, particulièrement quand la discussion impliquait un chercheur et une personne extérieure au monde de la recherche qui ne s'entendaient pas sur ce qu'était une "publication scientifique". De même, c'est le fait de publier dans ces revues à comité de lecture qui valide aux yeux des chercheurs l'activité de recherche elle-même, et non faire des manips dans son garage (ou dans son labo).

Vers la fin de la vidéo, et c'est son grand mérite, vous aurez noté que l'évaluation par les pairs ne se limite pas à la publication scientifique, mais intervient aussi sur des supports un peu moins formels tels que les conférences ou les posters, ceux que l'on déplie à l'occasion des colloques avec un petit noeud au ventre... Elle est également impliquée dans l'attribution des financements de la recherche (du moins la partie "sur projet"), car il convient d'évaluer "en expert" à la fois la portée scientifique de l'idée exposée et la valeur des résultats préliminaires. En un mot comme en cent, l'évaluation par les pairs est l'alpha et l'oméga de l'évaluation du travail des scientifiques. C'est probablement une méconnaissance de cette spécificité qui conduit certains responsables politiques à plaider pour une évaluation des chercheurs fréquente, et surtout administrative. 

Pour finir sur une note plus détendue, cette importance de l'évaluation par les pairs dans la vie scientifique peut expliquer certaines angoisses (témoin le proverbe "publish or perish"), certaines réactions passionnées... comme dans la vidéo ci-dessous. Il s'agit d'une énième parodie de la fameuse scène de colère d'Hitler dans "la Chute". Parodique, certes, mais criant de vérité! On devine le vécu...


Par Benjamin - Publié dans : Le monde de la recherche
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Vendredi 27 novembre 5 27 /11 /Nov 00:01
Décidément, mes récents billets semblent graviter autour de deux thèmes: les vaccins et les mauvais jeux de mots... Aujourd'hui, il sera question d'un vaccin de la firme pharmaceutique GSK, dont j'ai eu vent par le Financial Times, qui va sans doute lui rapporter des monceaux de billets et qui fera beaucoup parler de lui... jusque là, il pourrait s'agir du vaccin très discuté contre la grippe A(H1N1), mais non: il s'agit d'un vaccin contre le tabac!

Parlons tout d'abord des faits. Et comme il y en a plusieurs, on peut écrire un compte de faits : il était une fois une belle biotech nommée Nabi Pharmaceuticals, qui possédait un vaccin enchanté, protégé par un brevet magique, qu'elle gardait dans la plus haute tour de son château. Un beau matin survint le grand pharma GSK dans son beau carosse tiré par un attelage d'avocats. D'une blanche plume, GSK signa avec Nabi un contrat octroyant à cette dernière une dot de 40 millions de dollars avant minuit (l'heure où les avocats redeviennent des rats), et peut être 500 millions supplémentaires (un montant pharmaonique!) si le vaccin enchanté était bien celui de la prophétie... Voilà pour le monde merveilleux de la biotech.

Il est tout aussi intéressant de se pencher sur la nature du vaccin lui-même. Je dois avouer qu'en lisant la nouvelle dans un journal, certes de grande qualité, mais plus connu pour ses analyses financières que pour des publications en biologie moléculaire, je me suis dit, avec la délicatesse qui me caractérise: "bah! encore un traitement préventif que ces plumitifs appellent un vaccin parce que c'est plus simple!". Et bien, figurez-vous que j'avais tort! Au sens strict, un vaccin est un traitement qui une fois administré à un patient stimule son système immunitaire vis-à-vis d'un agent étranger, infectieux ou autre. Or, le vaccin de Nabi induit effectivement la production d'anticorps qui reconnaissent la molécule de nicotine (ci-dessous) et l'empêchent d'atteindre le cerveau. Je suppose que la nicotine passe rapidement dans le sang, mais qu'une fois  liée à une grosse protéine comme un anticorps elle ne peut franchir la barrière hémato-encéphalique séparant le sang du cerveau, où elle produit ses effets intéressants, dont l'addiction au tabac. Une autre bonne question serait : "pourquoi ne développe-t-on pas d'immunité vis-à-vis de la nicotine lorsque l'on est fumeur?". J'imagine que l'antigène qui compose ce vaccin est quelque chose qui ressemble vaguement à la nicotine, ou à une protéine liée à la nicotine, et que l'effet obtenu est le résultat d'une immunité croisée (il me semble que c'est l'astuce employée pour développer des anticorps dirigés contre les hormones non immunogéniques comme la testostérone).


Le plus étonnant, c'est que ça fonctionne! Entre autres choses, les essais cliniques ont montré que par rapport à un placebo ce traitement divisait par deux le nombre de récidivistes au bout de six mois. Bien sûr, nous avons gardé le plus crucial pour la fin: un tel vaccin est-il utile? En effet, il s'agit d'un vaccin comme un autre, ou mieux, d'un médicament comme un autre, avec son cortège de risques, d'effets secondaires et de complications. Cachez ce vaccin que je ne saurais voir!

En général, les risques associés aux vaccins sont plutôt faibles, mais il faut tout de même évaluer les risques liés à l'absence de vaccination, en l'occurrence les risques liés au tabagisme pondérés par l'efficacité du traitement. C'est là le jackpot de ce vaccin: le tabagisme est un importante cause de mortalité, et l'une des plus facilement évitables (mais parfois il faut croire que non). Sans dérouler une fois de plus la longue litanie des méfaits du tabac, vous pouvez consulter un récent rapport de l'OMS, ou plus simplement, quelques simples faits sur le tabac. Au passage, il est intéressant de noter que l'OMS emploie dans ce rapport tout le vocabulaire relatif aux grandes épidémies, non sans raison. Le tabac est un facteur de risque médical bien connu (sans oublier sa toxicité aigüe!), qui représente un coût social non négligeable (de l'ordre de 150 euros par français -fumeur ou non- et par an, d'après cette étude publiée en 2000). Comme un fumeur sur deux meurt des conséquences directes du tabac, si 'un d'eux vous bassine avec les risques des OGM, des pesticides, des ondes, de la nourriture pas bio, du nucléaire (ou des vaccins)... vous avez une simple objection à formuler sur la validité de sa perception du risque.

En résumé, s'il franchit avec succès les épreuves des tests cliniques, je prévois à ce vaccin un bel avenir, tant sur le plan médical que sur le plan médiatique... les fumeurs vont adorer. 
 
Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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Mardi 17 novembre 2 17 /11 /Nov 12:00

L'épidémie naissante de grippe A a donné lieu à une campagne de vaccination suivie avec assez peu d'enthousiasme par la population française. Nos quotidiens ont mené leur enquête sur les raisons qui motivaient la décision de se faire vacciner ou non, et les résultats sont prodigieusement intéressants. Je vous propose donc de passer en revue quelques arguments avec vous, pas forcément pertinents, mais étonnamment variés pour une décision d'ordre médical. Si ces arguments étaient vôtres, que ces quelques lignes vous fassent changer d'avis ou non, je vous invite à partager vos réactions en commentaire.

Il faut tout d'abord tordre le cou à deux ou trois légendes urbaines au sujet des vaccins, toutes fausses:"le vaccin contre l'hépatite B provoque la sclérose en plaque", "le BCG inocule la tuberculose qu'il est censé combattre" (en réalité une tragique erreur médicale dans les années 30), "le SIDA a été transmis par certains vaccins"... Ces billevesées sont colportées par une mouvance anti-vaccin qui étrangement est très marquée en France, le pays où le nom le plus commun pour une rue est "Pasteur"! Un vaccin n'est pas une panacée, il comporte des effets secondaires, mais les thèses mentionnées ci-dessus ont été clairement infirmées.


"Mon médecin traitant me l'a déconseillé et/ou ne se fera pas vacciner" 

Vaste sujet! On pourrait commencer par remarquer que dans ce cas précis la légitimité que l'on accorde au médecin traitant est censée provenir du savoir inhérent à sa profession, non de sa seule proximité avec ses patients. Bref, il est médecin, il a fait des études, en plus il me connaît, je lui fais confiance. Mais ce faisant, on refuse d'accorder la même confiance aux spécialistes de virologie ou d'épidémiologie, qui sont eux aussi médecins (ou scientifiques), et plutôt plus pertinents car spécialisés (voir chez Tom Roud le difficile statut d'expert)! Peut-être que vous pouvez m'éclairer, car je ne vois pas pourquoi rationnellement on devrait croire "son" médecin plutôt qu'un autre.

Ensuite, un médecin n'est pas forcément un modèle, même en matière de santé. Par exemple, mon médecin traitant est fumeur, et vous savez que la nocivité du tabac n'est plus à démontrer (si vous croyez que le vaccin est dangereux et le tabac non, votre cas est intéressant, probablement éphémère). Il ne me recommanderait sûrement pas de me mettre à fumer! Qu'un médecin refuse le vaccin ne me paraît donc pas une raison suffisante pour arrêter de réfléchir de son côté.

Par ailleurs, les médecins généralistes et les pédiatres, même bien disposés à l'égard du vaccin,
sont exclus du dispositif de vaccination ce qui ne met pas leurs patients en confiance...


"Ce n'est qu'un moyen de plus pour enrichir les firmes pharmaceutiques"

C'est triste, mais l'eau et la nourriture (plus vital encore: Internet) sont également aux mains du grand capital. En langage marketing, créer de la valeur c'est rendre un service au client; ce n'est pas parce qu'un produit est payant qu'il est inutile. 


"Je ne me ferai pas vacciner par défiance vis-à-vis du gouvernement" (authentique)

Que dire? Mon propos n'est pas de défendre la vaccination à tout crin, mais prendre une décision relative à sa propre santé en fonction des politiques, c'est leur accorder beaucoup trop d'importance!


"Le vaccin fera plus de morts que la grippe A / on sait que la grippe "normale" fera plus de morts que la grippe A" (authentique)

Si vous avez des certitudes pareilles, j'admire votre aplomb! Pour ma part, je serai bien incapable d'abitrer ainsi entre les deux grippes! Selon les dernières
estimations, la grippe A aurait infecté 22 millions de personnes aux USA depuis avril, faisant environ 3900 morts. Le bilan français n'est pas anodin, avec 43 morts (dont 32 de moins de 65 ans, et 3 sans facteur de risque). Il faudra faire les comptes après le match retour, c'est-à-dire l'épidémie de grippe saisonnière. En ce qui concerne le vaccin, crois plus probable qu'il réduise les risques plutôt que de les augmenter.


"Et le syndrome de Guillain Barré, alors?"

En ce qui concerne le vaccin, 100 000 personnels de santé ont été vaccinés en France, avec à ce jour quatre cas de complications "sérieuses" relevés, cette atteinte neurologique d'origine auto-immune. Pour l'instant (et on souhaite que ça dure), il s'agitessentiellement de "
fourmillements", mais dans les médias, ces fourmilllements deviennent une véritable dans de Saint-Guy!

Si ce syndrome vous effraie, sachez qu'il peut effectivement être induit par un vaccin contre la grippe, mais aussi... par la grippe elle-même, et, semble-t-il, encore plus fréquemment. Ni l'un ni l'autre ne sont étonnants lorsque l'on considère que le syndrome de Guillain Barré peut être provoqué par une infection bactérienne ou virale.

Pour finir, je me garderai bien d'affirmer que le vaccin contre la grippe A est parfaitement dépourvu d'effets secondaires. Ce serait stupide, je n'en sais rien, et pour tout vous dire, c'est peu probable. Le principe d'un vaccin, c'est quand même un produit unique à une dose unique qui doit provoquer une radicale réaction du système immunitaire chez des millions de personnes, toutes différentes!


Au sujet de la décision finale, Antoine a déniché un
très bon billet qui vous apprendra que les risques étant infimes dans les deux cas, se faire vacciner ou non contre la grippe A devrait procéder des mêmes raisons que se faire vacciner ou non contre la grippe saisonnière. En effet, la grippe A serait en substance une grippe saisonnière qui s'est faite oublier, ce qui explique qu'elle affecte plus les jeunes que les personnes âgées. J'irai toutefois un peu au-delà des conclusions de l'auteur, en considérant qu'en raison de cette naïveté (au sens immunologique du terme) d'une grande partie de la population, le nombre potentiel de malades (donc de décès) est plus important que pour une grippe saisonnière, et les personnes susceptibles sont plus jeunes. Je m'étonne aussi que personne n'évoque le risque de recombinaison avec la grippe saisonnière, qui à mon avis pourrait rendre obsolètes les vaccins disponibles cette année. 


Vous l'aurez deviné, je pencherais plutôt en faveur de la vaccination, sans toutefois tomber dans la psychose. Je reconnais toutefois qu'il existe des raisons valables de refuser ce vaccin, en particulier les possibles effets secondaires (inhérents au vaccin ou provoqués par les adjuvants)... tout comme il existe des raisons non valables.
 

Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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Jeudi 18 juin 4 18 /06 /Juin 18:39
Je ne pouvais pas passer à côté d'un des sujets de philosophie du Bac, le traditionnel sujet pour impliquer les scientifiques:

" Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond? "

Avant de livrer le mien, votre avis m'intéresse, autant pour tenter de répondre à cette question-ci que pour en marquer les limites: qu'est-ce qu'une science? est-ce une question intéressante?


Par Benjamin - Publié dans : Bacterioquizz-concours
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