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Le blog des Bactéries et de l'Evolution

Précurseurs de Darwin

21 Janvier 2007 , Rédigé par Benjamin Publié dans #Evolution

Darwin est devenu l’un des plus grands scientifiques de tous les temps en formulant la théorie de l’évolution par variation et sélection. Je ne reviendrai pas maintenant sur les confirmations que reçut cette théorie, notamment au cours du Xxème siècle, ni sur sa puissance pour expliquer le vivant, ni sur les controverses qu’elle a suscité en marge de la démarche scientifique. Aujourd'hui, je préfère m'intéresser (et vous intéresser avec moi) à l’histoire de cette théorie, et notamment aux précurseurs de Darwin.

Jean-Baptiste de Lamarck fut en quelque sorte un aïeul de la théorie de l’évolution car il fut le premier en proposer une version et un mécanisme dans sa Philosophie Zoologique (1809). Seulement, ce mécanisme, l’hérédité des caractères acquis, la transmission des efforts faits par les générations précédentes, devait se révéler erronné. Certes, il est valide dans quelques détails d’épigénétique, mais qui sont des épiphénomènes à l’echelle des temps géologiques et de l’évolution des espèces. Alfred Russel Wallace fut lui un contemporain de Darwin, que ses travaux de naturaliste devaient conduire aux mêmes conclusions. Ceci a d’ailleurs probablement hâté la publication de l’Origine des Espèces (1859), en incubation active depuis 21 ans...

Un intéressant précurseur de Darwin fut… Darwin. Erasmus Darwin, le grand-père de Charles, médecin, poète naturaliste, personnage truculent qui avait une intuition de l’évolution, mais aussi de la sélection naturelle. Il avait en effet remarqué que les animaux oeuvraient pour la satisfaction de leurs besoins vitaux, et par-dessus tout, pour assurer leur propre descendance. Voici quelques vers tirés de son Temple de la Nature, publié en 1802, et qui ne déparerait pas un discours moderne sur l’évolution, si toutefois les chercheurs et professeurs actuels étaient un peu plus lyriques :

“Organic life beneath the shoreless waves
Was born and nurs'd in ocean's pearly caves;
First forms minute, unseen by spheric glass,
Move on the mud, or pierce the watery mass;
These, as successive generations bloom,
New powers acquire and larger limbs assume;
Whence countless groups of vegetation spring,
And breathing realms of fin and feet and wing.”

L’évolution du temps d’Erasmus Darwin et de Lamarck était assez difficiles à concevoir, car avant les travaux de Lyell, géologue ami de Darwin, publiés en 1830, personne n’imaginait la Terre aussi vieille qu’elle l’est en réalité!

Un précurseur plus “sérieux” qui a motivé le présent billet fut William Charles Wells, lui aussi britannique et médecin. A cette époque, les médecins étaient pratiquement les seuls scientifiques “professionnels”, ce qui explique leur contribution à la Biologie. Les travaux de Wells étaient inconnus de Darwin et de Wallace en 1859, mais Darwin admit qu’il avait reconnut la sélection naturelle dans la quatrième édition de l’Origine des Espèces. Je vous laisse lire cet extrait d’un essai publié à titre posthume en 1818.

“...what breeders do by art, seems to be done with equal efficacy, though more slowly, by nature, in the formation of varieties of mankind, fitted for the country which they inhabit. Of the accidental varieties of man, which would occur among the first few and scatterred inhabitants of the middle regions of Africa, some one would be better fitted than others to bear the diseases of the country. This race would consequently multiply, while the others would decrease; not only from their inability to sustain the attacks of the disease, but from their incapacity of contending with their more vigorous neighbours. The colour of the vigorous race I take for granted, from what has been already said, would be dark. But the same disposition to form varieties still existing, a darker and a darker race would in the course of time occur; and as the darkest would be the best fitted for the climate, this would at length become the most prevalent, if not the only race, in the particular country in which it has originated.”

Vous aurez remarqué la pertinence des passages soulignés vis-à-vis de la sélection naturelle. Bien sûr, tout ici n’est pas vrai, particulièrement qu’un avantage sur un caractère (la résistance aux maladies) ne s’applique pas à un caractère indépendant (la vigueur, pourvu que la maladie ne s’en mêle pas). La perception de Wells était donc un peu embrouillée, et de plus s’appuyait sur un sujet difficile et dangereux: l’évolution humaine. Pour finir, ceci n’enlève rien au mérite de Darwin, ni de Wallace, qui ont tous les deux redécouvert cette théorie, l’ont mûrie et developpée après moultes observations de la nature.

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dvanw 22/01/2007 22:27

Je ne connaissais pas non plus Charles Wells. J'ai découvert l'existence d'Erasmus Darwin dans le très beau livre de Nicolas Witkowski : Une histoire sentimentale des sciences. Les passages cités de son Zoonomia sont assez stupéfiants : le grand père croyait déjà, 50 ans avant le petit fils à une origine commune de la vie et à une évolution plus proche d'ailleurs de celle de Lamarck que de la version darwinienne... Ca relativise quand même pas mal le caractère "révolutionnaire" des idées de Charles !

Tom Roud 22/01/2007 00:03

Salut,merci pour cette référence à Wells (que je ne connaissais pas) !Sinon, Lamarck revient à la mode en ce moment avec l'évolution baldwinienne !