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Le blog des Bactéries et de l'Evolution

A quoi ressemblait donc notre cousin Néandertal?

29 Octobre 2007 , Rédigé par Benjamin Publié dans #Evolution

L'homme de Néandertal (Néanderthal pour nos amis anglophones) appartient à une espèce d'hominidés aujourd'hui disparue, Homo neanderthalensis, et qui serait une ramification de notre famille plutôt qu'une espèce ancestrale. Un cousin, quoi! Longtemps, ce parent a eu mauvaise presse, une réputation de primitif à faire frémir basée sur le faciès peu rassurant de ses crânes fossiles. Cependant, foin de clichés, l'archéologie nous apprend que Néandertal, lorsqu'il arpentait l'Europe, il y a 400 000 à 28 000 ans d'aujourd'hui, était au top de la technologie de la pierre taillée, pratiquait des rites funéraires (avait donc une culture), et même... un cerveau plus gros que le nôtre. Le mystère le plus complet plane sur le crépuscule de Néandertal; pourquoi a-t-il disparu, s'il semblait avoir les mêmes atouts qu'Homo sapiens? Les deux espèces humaines se seraient-elles affrontées? ou bien métissées? De telles questions motivent l'étude du mode de vie de Néandertal, et pourquoi pas, de sa génétique. En effet, comment obtenir plus que les informations fournies par la "simple" observation des vestiges? En recherchant des indices dans l'ADN même de Néandertal! Bien sûr, récupérer et séquencer de l'ADN "fossile" n'est pas aisé, mais les restes Néandertaliens dont nous disposons sont tout de même assez récents (c'est pas du dinosaure), et moyennant quelques petites mises au point, c'est possible. Le génome de Néandertal a donc été partiellement séquencé, et l'analyse de ce génome devait révéler qu'il était probablement doué de parole, d'après des travaux de la même équipe commentés chez Tom Roud.

Dans l'article que je rapporte aujourd'hui, une autre équipe s'est employée à "faire parler" les gènes de Néandertal, et plus précisément pour nous renseigner sur son apparence physique; si le résultat peut sembler superficiel, il n'en est pas moins logiquement démontré, convaincant et représentatif des informations que la génétique peut apporter avec un minimum de spéculation.

Avant tout, des petites bases: chez l'homme comme chez beaucoup d'animaux, la couleur de la peau et des poils est déterminée par un pigment appelé mélanine. En réalité, il existe plusieurs formes de ce pigment, dont l'eumélanine, le pigment principal, absent chez les individus albinos, et la phéomélanine, responsable des teintes blondes et rousses. La balance entre ces deux formes est déterminée par un récepteur, MC1R, qui appartient à la famille des protéines G. Pour simplifier, on peut dire qu'à différentes versions du gène (ou allèles) codant pour ce récepteur, mc1r, correspondent différentes teintes de peau et de cheveux.

Les auteurs de l'article se sont donc appliqués à déterminer l'allèle de mc1r que possédait Néandertal. Ils ont donc récupéré l'ADN de deux vestiges caractérisés dans deux précédentes études, l'un italien, l'autre espagnol, respectivement datés de 50 000 et 43 000 ans. Après de nombreuses vérifications pour valider leur méhode (mais à mon avis pas à 100%), nos paléogénéticiens ont amplifié par PCR et séquencé des fragments du gène
mc1r, pour y trouver une mutation, correspondant à une substitution précise au niveau des acides aminés de la protéine: une glycine remplaçant une arginine en position 307 (pas très édifiant présenté comme ça, j'en conviens). Les chercheurs ont donc recherché cette muation Arg307Gly chez les humains modernes; ils n'ont jamais pu la retrouver, soit parmi les séquences précédemment établies pour mc1r chez 2800 individus, ni parmi les personnes ayant procédé à l'excavation ou l'analyse des restes. La mutation Arg307Gly appartenait donc bien à Néandertal. Cette mutation au niveau de l'ADN ayant des répercussions au niveau de la protéine, il était possible qu'elle ait des conséquences sur sa fonction. Mais lesquelles? Comment le savoir, si aucun homme actuel ne porte cette version du gène? Pour commencer, les auteurs ont déterminé que la fonction de la protéine était sensible à la plupart des mutations à cette position précise; ensuite, ils ont introduit ce récepteur "néandertalien" dans des cellules humaines en culture et ont mesuré l'intensité de sa réponse à un stimulus. Le récepteur mutant de Néandertal MC1R Arg307Gly s'est avéré répondre moins fortement, ce qui est déjà décrit pour d'autres allèles associées à une peau et des cheveux pâles. Par analogie, les chercheurs ont donc conclu que Néandertal était blond! Ils associent également ce déficit en eumélanine à une adaptation à l'ensoleillement européen (la pigmentation impose un compromis entre la protection contre les UV et la synthèse de vitamine D), et proposent que la même adaptation aurait été découverte indépendamment par Homo sapiens, constituant donc un exemple de convergence évolutive.

Sur le commentaire accessible ici (si vous avez accès à Science), quelqu'un s'est donné la peine de reconstituer le faciès de notre lointain cousin. Je vous le décris succintement: longs cheveux blonds-roux, barbe de la même couleur, yeux bleus (il ne lui manque que la planche de surf), et un je-ne-sais-quoi dans le regard qui ne donne pas vraiment envie de le recontrer au coin d'une caverne à la nuit tombée. Cela dit, l'ensemble est tout à fait familier, et cet homme préhistorique d'une espèce distincte de la nôtre passerait complètement inaperçu dans la rue.


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Christian Weiss 16/12/2007 17:29

Bonjour Benjamin.Vous souvenez-vous de cette "théorie" très spécieuse sur le cancer et sans doute très naíve. Vous aviez bien voulu vous y intéresser un jour, sur  Enro.Je viens de découvrir votre réponse.Enfin une réponse... et quelle gentillesse !Merci de votre compréhension. C'est bien cela: pour moi, par "intuition", les cellules et les bactéries sont évidemment des gamètes femelles et les virus des gamètes mâles. Toutes et tous, sans distinction. Cela me paraît presque une Lapalissade... sinon, pourquoi tout ce "petit monde" se reproduirait-il?... Je sais qu'il existe des reproductions "asexuées"… dit-on. Apparemment "asexuées", du moins scientifiquement et jusqu'à aujourd´hui.Comment peut-on imaginer la reproduction d’un être, aussi petit soi-il, s’il n’y a pas de plaisir à la clef. La vie est un mystère, et aussi petite soit-elle, elle est faite d’émotions. Les bactéries ont des émotions. J’y crois profondément. Pourquoi pas !Sans doute allez-vous m’expliquer le « comment » de la mitose, mais le plus important est le « pourquoi » : Pourquoi se déclenche-t-elle ?Bref, tout m'intéresse. J'aimerais vraiment en savoir plus sur le sujet.En espérant ne pas vous avoir trop barbé avec ces assertions assez cavalières et sans preuves. Il faut bien rêver. Merci Christian

Tom Roud 30/10/2007 16:09

C'est vraiment un très joli résultat... En revanche, cela va encore une fois à l'encontre d'une hybridation entre Néandertal et Sapiens, puisque ce gène apportant un avantage évolutif aux populations s'installant dans des zones moins ensoleillées, on aurait pu s'attendre à ce qu'il subisse une sélection positive chez les hybrides qu'on aurait dû retrouver dans notre génome actuel.