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Le blog des Bactéries et de l'Evolution

LB

30 Septembre 2006 , Rédigé par Benjamin Publié dans #Microbiologie

Les bienheureux qui ont déjà pratiqué la microbiologie ont déjà cultivé des bactéries dans un milieu dit "LB", à la belle couleur dorée et à l'odeur... caractéristique. J'ai déjà montré mon intérêt pour les mystérieux acronymes ici, mais penchons-nous sur celui-là. Vous pouvez facilement trouver une explication satisfaisante dans des laboratoires ou des publications  réputés : "LB" signifie milieu "Luria Bertani", du nom de Salvador Luria et Giuseppe Bertani, microbiologistes et biologistes moléculaires émérites des années 40 et 50. Très plausible! Laissons la parole à Giuseppe Bertani lui-même, qui dans une publication récente (en version complète et gratuite ici) revient sur son étude de la lysogénie* en 1951 :

"My first paper on lysogeny, describing the modified single-burst experiment and the isolation of P1, P2, and P3 [il s'agit ici de bactériophages], also contained the formula of the LB medium which I had concocted in order to optimize Shigella growth and plaque formation. Its use has since become very popular. The acronym has been variously interpreted, perhaps flatteringly, but incorrectly, as Luria broth, Lennox broth, or Luria-Bertani medium. For the historical record, the abbreviation LB was intended to stand for “lysogeny broth.

LB signifie donc "lysogeny broth", ou bouillon (de culture) pour étude de la lysogénie... Ce n'est pas utile à proprement parler, mais on dira tous une bêtise de moins (merci Giuseppe) et on peut tout de même en tirer la morale du jour : nous avons la faiblesse de ne pas nous replonger dans les articles historiques qui ont fondé notre discipline, la Biologie moderne, probablement du fait que les connaissances  acquises sont passées dans nos livres et nos cours, sans explications ni contexte, laissant ainsi le champ libre à la réinterprétation. Ce phénomène ne touche pas que les acronymes (que j'ai pris comme un marqueur de cette amnésie), mais aussi quelques expériences historiques (ce qui a tout de même plus d'importance), comme par exemple la détermination de la nature du principe transformant par Avery, peut-être un sujet pour une autre histoire.



* Etat de latence de certains bactériophages (ou virus des bactériens) qui se caractérise par l'intégration de leur génome à celui de leur hôte (on parle alors de prophages) et la disparition de toute particule virale infectieuse.  De temps à autre et selon certains paramètres du milieu (UV, carences diverses...) les gènes du prophage se réactivent ; la pauvre bactérie se met alors à produire des bactériophages normalement infectieux jusqu'à ce que mort s'ensuive.

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Enro 19/10/2006 13:23

Judicieuse remarque... C'est J.-M. Lévy-Leblond qui écrivait que la science n'a pas d'histoire (et de mémoire) puisque seuls l'intéressent l'état des connaissances aujourd'hui et les perspectives futures !
A l'inverse, les scientifiques qui se plongent dans les textes fondateurs sont soit perplexes (Galilée dans le texte n'a rien à voir avec ses lois telles qu'on les écrit aujourd'hui, ce sont les interprétations plus que les écrits d'Einstein qui font la théorie de la relativité telle qu'on la connaît etc.) soit abusivement clairvoyants (i.e. ils font de l'extrapolation et croient voir au détour de phrases anodines les prémices de théories révolutionnaires apparues bien plus tard...).

ugn 04/10/2006 14:51

Vive la bactérionautique !