Divers Sciences

Vendredi 1 octobre 5 01 /10 /Oct 22:36

Au cours d'une petite sortie shopping, je suis tombé en arrêt devant la scène suivante, immortalisée dans l'instant grâce à mon téléphone :

On peut pratiquement trouver "le visage de Dieu" des frères Bogdanov au rayon religion, à côté de "la Torah pour les nuls"! En dépit du titre du livre, je ne pense pas qu'il s'agisse d'un fait exprès, plutôt d'une coïncidence ; il se trouve que le présentoir des livres mis en avant dans la catégorie "sciences" jouxte un étal de livres "religions". Au passage, il faut noter qu'à la Fnac les "sciences" (sous-entendu : "dures") sont une subdivision des "sciences humaines"... ça donne à réfléchir, non? Après tout, il n'existe pas de science qui ne soit le produit de la pensée humaine!

Le hasard qui a placé ce livre en ce lieu précis n'est pas complètement vide de sens : si "le visage de Dieu" traite de cosmologie, du Big Bang et des origines de l'univers, il n'est pas non plus dépourvu de considérations mystiques qui confinent au créationnisme. Je me suis par exemple penché sur le passage traitant du hasard (qui ne pourrait pas en être un) de l'ajustement précis des constantes physiques qui permet la vie, un vieux classique du dessein intelligent. Pour une critique plus globale de l'ouvrage, je vous renvoie au blog de David Larousserie, qui annonce la couleur avec "l'imposture Bogdanov".

En somme, peut-être le hasard de l'arrangement des livres à la Fnac compense-t-il le constat d'Olivier Brosseau dans Rue89, qui manifestement regrette qu'une "position spiritualiste soit présentée comme de la science auprès d'un large public".

Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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Lundi 27 septembre 1 27 /09 /Sep 09:01

Grâce aux savantes suggestions d'Amazon et d'un article dont je n'ai plus souvenir, je me suis procuré ce livre intitulé "le gingembre est aphrodisiaque et autres idées reçues sur l'alimentation", attiré que je suis par les mythes relatifs à la santé, qui trop souvent se cachent derrière le "bon sens". Je vous propose donc une rapide fiche de lecture de cet ouvrage.


Tout d'abord, et c'est quand même l'essentiel, j'ai été tout heureux d'apprendre de nouvelles choses et d'abandonner quelques idées reçues. J'ai ainsi appris que le gingembre n'est pas aphrodisiaque, mais aussi que l'orange ne contient pas des quantités astronomiques de vitamine C, ou que les épinards ne sont pas exceptionnellement riches en fer. Ce dernier exemple est assez amusant : les vertus supposées des épinards proviendraient d'une erreur de virgule (donc d'un facteur 10) dans une publication de 1870. Le mythe se serait ensuite enraciné avec... Popeye! Gardons-nous de sous-estimer les effets (sous-)culturels... De même, la croyance que l'orange contient beaucoup de vitamine C trouverait son origine dans le goût d'orange ajouté aux comprimés de pharmacie! Comme l'auteure le souligne à propos, des comprimés au goût de navet auraient peut-être moins de succès, alors que le triste légume contient deux fois plus de vitamine C que le dynamique agrume.

 

oranges
Oranges

Bien d'autres sujets valent le détour, je vous laisse les découvrir. En attendant, je dédicace à Elifsu l'idée reçue que "les noix font grossir", et espère qu'elle sera heureuse d'apprendre que « manger 7 à 20g de noix par jour en plus de son alimentation normale n'aurait pas d'effet sur la silouhette, selon trois études de 2001, 2002 et 2005 ». Apparemment, les noix augmentent l'impression de satiété grâce à leurs fibres et acides gras polyinsaturés... c'est donc un mystère que l'on parvienne à s'enfiler 500g de noix fraîches en une journée.


Parmi les aspects moins positifs de ce livre, on pourrait citer le titre, racoleur, mais l'exemple d'un autre ouvrage (au demeurant excellent) m'a appris qu'il ne faut pas toujours en tenir rigueur à l'auteur. De plus, au fur et à mesure que l'on avance dans le livre, le style comme les sujets traités (cellulite, grossir, maigrir...) relèvent de plus en plus du magazine féminin, ce qui était somme toute prévisible. Enfin, si l'on s'attache aux détails ou aux controverses scientifiques, on pourra regretter un certain manque de profondeur, ainsi que l'absence de mention des sources au fil du texte.


Ceci m'amène à parler un peu de l'auteure, « diététicienne et exploitante en agriculture biologique » selon la quatrième de couverture. Soit dit en passant, un diététicien est un professionnel de la santé reconnu par un diplôme d'état (au contraire d'un nutritionniste, appellation non contrôlée), mais n'est pas un médecin. Cela explique sans doute la présence de l'idée reçue "seuls les médecins nutritionnistes peuvent parler de nutrition", dont le but est de rétablir la place des chimistes et des biochimistes dans les avancées de cette discipline. Enfin, son avis sur les mérites des produits bio pour la santé est à peu près nuancé (c'est-à-dire peu ou pas d'avantage nutritionnel), ce que je salue bien bas, étant donné l'évident conflit d'intérêt.

Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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Vendredi 24 septembre 5 24 /09 /Sep 15:25

Pendant que personne ne lit, je vais aller braconner un peu sur les terres mathématiques. Plus jeune (je suis toujours jeune, mais moins) j'ai eu du mal à mémoriser la formule pour la somme des n premiers entiers: 1+2+3+...+n. Marqué au fer rouge, je me rappelle que cette somme vaut n(n+1)/2, et qu'elle se démontre par récurrence. Le problème de la démonstration par récurrence, c'est qu'il faut déjà savoir ce que l'on cherche. Comment je fais, moi, si j'oublie la formule magique, et si un complot me renvoie sur les bancs de l'école? Heureusement, j'ai découvert une solution très simple dans "la formule préférée du professeur", un roman japonais mettant en scène une jeune femme et son fils qui partent à la découverte des mathématiques avec un vieux professeur privé de mémoire à long terme (un ressort classique dans les films comme dans les romans).

Imaginons une pile d'oranges, ou plutôt de goyaves: une tout en haut, deux en dessous, puis trois, puis quatre... Si la pile fait n étages, le nombre de fruits qu'elle contient est la somme des n premiers entiers. Je représente ci-dessous quatre étages de goyaves (en rouge), ce qui nous fait 1+2+3+4=10 fruits. A partir de cette représentation, comment déduire la formule qui donne le nombre de goyaves en fonction du nombre de rangées (n)?

L'astuce, c'est d'imaginer les goyaves qui manquent pour dessiner un carré (ici en rouge pâle). Ce carré, qui a pour côté n (goyaves), a donc pour aire n² (goyaves carrées). Si on le coupe en deux par la diagonale (trait noir), on obtient un triangle qui contient n²/2 goyaves, mais il nous manque la moitié des goyaves de la pile du bas qui font pourtant partie de la somme recherchée. On rajoute donc n/2 pour obtenir le nombre de goyaves de la pile, pardon, la somme des n premiers entiers, qui fait bien n²/2 + n/2 = (n²+n)/2 = n(n+1)/2.

Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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Jeudi 5 février 4 05 /02 /Fév 23:01
Si vous saviez déjà écrire votre nom dans les années 90, le titre de ce billet vous rappellera invinciblement certaines répliques de la "Cité de la Peur", alors laissez-moi vous détromper: dans ce film, il s'agit d'un hippopotame et non d'un rhinocéros. La question de la supériorité de tel pachyderme sur un autre peut vous sembler dénuée d'intérêt, incongrue ou loufoque; on la conçoit donc sans peine dans le cadre d'une comédie reposant sur l'absurde et le second degré. Pourtant, elle fut posée avec grand sérieux à la cour du roi Manuel 1er du Portugal au début du XVIème siècle. En effet, ce monarque s'était vu offrir un magnifique rhinocéros en provenance de Goa, coqueluche en devenir du peuple, des lettrés, des savants comme des artistes. Haut de 1m 80 et pesant environ deux tonnes, héritier du mythe de la licorne, le mastodonte débarqué à Lisbonne le 20 mai 1515 suscita aussitôt l'admiration et la curiosité, notamment parmi les hommes de science. Quelle étrange peau! Quelle bizarre corne! Quelle impression de force! Rapidement surgit la question fatidique: le formidable animal était-il plus fort que l'éléphant, autre colosse que l'on croyait son ennemi mortel? Bien avant l'apparition de la méthode scientifique, on allait trancher la question par l'expérience!

Par la volonté du roi, voici donc nos deux béhémoths dans l'arène, le 3 juin 1515... quelle fut l'issue du combat? Voyons le récit qu'en fait Michel Pastoureau dans son livre "les animaux célèbres":

Le roi et les spectateurs furent déçus: intimidé, trop jeune, mal en point, l'éléphant refusa l'affrontement et ne cessa de fuir devant les assauts de son adversaire. Le rhinocéros fut déclaré vainqueur et proclamé "le plus fort de tous les animaux terrestres".

Les supporters de l'éléphant seront déçus à juste titre, et pourront invoquer le trac, une nourriture trop lourde... il semble bien qu'avoir toute sa force concentrée dans la trompe ne suffit pas! Voici notre rhinocéros vainqueur par forfait, désormais considéré comme le plus puissant animal de la création. Tenter l'expérience était déjà une curiosité en soi, mais les conséquences sur la culture de l'époque furent plus étonnantes encore:

La nouvelle de sa victoire se répandit dans l'Europe entière et modifia pour plusieurs décennies la symbolique animale. Le trône du lion fut même ébranlé: qu'aurait pesé, en effet, un simple lion face à rhinocéros? [...] Méritait-il encore son titre de "roi des animaux"? Trois générations d'auteurs se posèrent cette difficile question jusque dans les années 1580-1600.

Et effectivement, le pachyderme fit alors son apparition sur les emblèmes des grands de ce monde, incontestable symbole de son succès. Il est tout de même suprenant qu'une vague corrida un peu exotique ait eu autant d'influence à travers l'Europe, et aussi rapidement!  Mais qu'advint-il de notre rhinocéros? Auréolé de gloire, notre gladiateur devait connaître à la fois une bien triste fin et un destin hors du commun: offert par Manuel 1er au pape Léon X, il périt en mer lors du naufrage de son bateau, en janvier 1516. La légende raconte qu'il fut par la suite rejeté sur la côte, empaillé et finalement offert au pape. On sait plus sûrement qu'il inspira une gravure sur bois réalisée en Allemagne (voir ci-dessous), passablement fantaisiste, connue sous le nom de Rhinocéros de Dürer, qui allait exercer une fascination durable sur les savants et artistes des siècles à venir.





Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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Mardi 6 janvier 2 06 /01 /Jan 09:30

Dans ce vieux billet sur le café (la boisson, pas le c@fé), il était question de son effet sur notre cerveau, en particulier comment la caféine nous rendait plus perméable aux opinions extérieures. Rappelez-vous: dans leur démarche expérimentale, les chercheurs avaient pris une précaution particulière: la caféine n'était pas administrée sous forme de café, mais dissoute dans une boisson orange; non caféinée, cette même boisson constituait un "témoin négatif", une référence pour évaluer l'effet de la seule caféine. En effet, il importait que les boissons caféinée et non caféinée soient les moins différentes possibles. Par rapport au verre d'eau, le petit café chaud et odorant véhicule nombre d'informations dans lesquelles la caféine ne joue aucun rôle, et qui auraient pu fausser les résultats de l'expérience. Pour ma part, j'imaginais que ces informations étaient différentes pour chacun, selon sa culture, ses habitudes, voire son état de manque. Bien sûr, j'avais tort. Il semble que la tasse de café nous influence  sans que nous ayons besoin de la boire, et ce à travers un signal tout à fait ordinaire: la température. C'est du moins la conclusion de cet article publié dans Science en octobre 2008 par Lawrence Williams et John Bargh.


Les auteurs se sont intéressés à la perception sociale, particulièrement à la perception de la "chaleur psychologique" que l'on pourrait aussi qualifier "d'humaine", qui semble primer sur la compétence dans la première impression que nous faisons à nos semblables. Là où ils se démarquent de nombreux autres psychologues, c'est qu'ils s'intéressent à son lien avec la chaleur physique, avec d'autres raisons que la simple analogie. La chaleur (physique) est synonyme de sécurité: Harry Harlow a conduit une expérience célèbre, dans laquelle il proposait à un bébé singe deux "mamans" de substitution, un mannequin de fil de fer comportant un biberon, ou un mannequin couvert de tissu éponge et chauffé de l'intérieur. L'infortuné petit sujet choisit de préférence la seconde, la chaleur avant la nourriture, alors que dans les conditions de l'expérience, la chaleur ne lui est pas indispensable. Je ne trouve pas cette expérience très concluante, les deux "mamans" n'ayant pas du tout le même aspect, mais les auteurs l'utilisent pour rapprocher les deux concepts de chaleur, physique et psychologique. Je sais que ça paraît fumeux, que ça ressemble à de la psychologie de bazar, mais il semble qu'il y ait des raisons au niveau neurologique: les deux types d'information seraient ainsi traitées par la même région du cerveau, le cortex insulaire. La perception de chaleur physique modifie-t-elle pour autant notre perception de la chaleur psychologique?


Williams et Bargh ont donc conçu une expérience pour tester cette hypothèse. Ils ont recrutés une quarantaine de cobayes (encore une fois, des étudiants) pour remplir un questionnaire; ces sujets étaient accueillis dans le hall du bâtiment par une collaboratrice, ignorante de l'hypothèse testée. Sous un prétexte fallacieux, cette complice collaboratrice confiait un instant sa tasse de café, soit chaud, soit froid, au sujet qu'elle accompagnait dans l'ascenseur. Les cobayes ont par la suite eu à caractériser un individu imaginaire qui leur était décrit dans un questionnaire, en positionnant dix traits de caractère sur une échelle graduée. Comme vous vous en doutez, la moitié de ces traits étaient liés à la chaleur (humaine). Les cobayes ayant tenu une tasse de café chaud ont perçu cette personne hypothétique comme significativement plus "chaleureuse", généreuse, attentionnée, que les cobayes ayant tenu un café froid.


Alors, faut-il introduire la technique de "la tasse bien chaude dans la main de votre interlocuteur" chez les consultants en ressources humaines? Pas encore! D'abord, le bénéfice semble bien maigre: notre individu hypothétique a gagné à peu près un demi-point de "chaleur humaine" sur une echelle qui en compte sept. Ensuite, ce résultat n'est pas décisif: la collaboratrice pouvait elle-même pouvait être influencée par sa propre tasse et paraître plus ou moins chaleureuse, le café chaud peut émettre des substances volatiles et non le café froid... On peut imaginer toutes sortes d'explications à l'issue de cette première expérience qui n'impliquent pas l'effet direct de la chaleur sur les sujets testés.


Nos chercheurs ont donc réalisé une seconde expérience. Pour isoler l'effet de la température, ils ont demandé à d'autres cobayes de tester un "pad thérapeutique", un objet à tenir dans leurs mains et qui se trouvait être soit chaud, soit froid. En guise de récompense, les particpants se sont vu proposer deux types de récompense: l'une pour eux-mêmes, l'autre consistant en un chèque-cadeau, qui peut donc être offerte à un ami. Les individus ayant "testé" le pad froid ont choisi la récompense potentiellement altruiste dans 25% des cas. En revanche, cette proportion se monte à 54% après le test du pad chaud! Bien sûr, tout ceux qui choisissent le bon d'achat n'ont pas nécessairement l'intention de l'offrir, mais si l'on admet que le nombre de cobayes qui avaient effectivement des intentions généreuses est proportionnel au nombre de cobayes ayant choisi ce type de récompense, alors il faut conclure que le conditionnement par la chaleur physique favorise les comportements généreux.


En conclusion, la stimulus que représente la chaleur physique modifie à notre insu notre comportement social et la manière dont nous percevons les autres. Plus important peut-être, cet effet peut être visible dans des situations quotidiennes, comme celle mise en scène dans la première expérience. "Warm hands, warm hearts", comme s'intitule le commentaire de l'article; sans même mentionner les possibilités de manipulation, voilà qui vient relativiser notre objectivité: les molécules qui s'agitent plus ou moins à la surface de nos mains peuvent influencer notre jugement sur nos semblables!




source: une coupure de presse affichée... près de la machine à café de l'étage.

Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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Jeudi 13 novembre 4 13 /11 /Nov 21:19
Si un jour  vous avez posé une question sur internet, sur un forum, un salon de discussion, et si cette question était un peu naïve, on vous a peut-être répondu: "JFGI", c'est-à-dire "just fucking google it"; un peu plus poliment, on emploie volontiers la phrase "Google est ton ami", qui reflète le succès du moteur de recherche. Effectivement, Google détient la plupart des réponses à nos questions, et ce grâce à une technologie performante (mais qui n'est pas non plus exempte de faille, je vous renvoie par exemple aux google bombs). Autre preuve de sa notoriété (lui appellerait ça un "page rank"), "to google" est maintenant devenu un verbe à part entière dans la langue de Shakespeare, et pas seulement dans celle des geeks. Bon, je ne voulais pas refaire la success story du célèbre moteur de recherche, simplement souligner à quel point il était performant et largement utilisé.

Si on y réflechit cinq minutes, le nombre d'informations, voire de secrets que l'on fournit à Google est tout bonnement effarant. Rassurons-nous, la devise de Google inc. est "don't be evil" ("ne sois pas méchant", voir aussi cette série de strips de Dilbert), on peut donc croiser les doigts et espérer qu'ils en fassent quelque chose d'utile. Preuve de cette bonne volonté, il existe un moteur Google dédié aux sources scientifiques, Google Scholar. On dispose aussi de Google Trends, qui donne accès au volume de requêtes Google par mot-clef au cours du temps. On peut par exemple savoir ce que cela donne avec des mots comme bacteria, Obama, credit crisisscience (y a-t-il une désaffection pour celle-ci?) ... et ça peut servir à autre chose qu'à quantifier ou relayer du buzz. En coombinant plusieurs données de ce type, Google pense ainsi pouvoir suivre quasiment en temps réel la propagation de la grippe aux USA. En effet, lorsqu'une requête est envoyée à Google et contient les mots grippe + vaccin, une description des symptômes... il y a fort à parier qu'un cas de grippe est au bout du clavier. A l'échelle d'une population, il semble bien que ça fonctionne, et Google est donc en mesure d'agréger toutes ces requêtes, assorties de leur provenance géographique, afin de créer jour par jour une carte de la grippe aux USA. Le risque serait bien sûr de biaiser les prédictions, en faisant l'hypothèse que tous les foyers américains ont internet et font appel à Google, même malades. Il faut croire que la réalité n'est pas si différente, puisque l'alogrithme de Google fournit les mêmes données que les statistiques publiées par le CDC, l'organe chargé de la veille sanitaire aux USA... avec deux semaines d'avance sur ce dernier. Attention, c'est probablement sur ces mêmes données qu'ont été calibrés ces algorithmes... Voici un reportage sur le sujet:



Google n'est plus seulement notre ami, c'est aussi notre médecin, voire notre épidémiologiste. Véritable utilité ou énième gadget du web? Affaire à suivre, ces jours-ci la grippe est encore à un niveau assez faible aux Etats Unis... si l'on en croit Google.
Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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Mercredi 29 octobre 3 29 /10 /Oct 18:44
Je vous propose aujourd'hui un billet au format "carnet", comme d'habitude mais un peu spécial car dédié au domaine de la recherche médicale, dont je ne suis pas un spécialiste... n'hésitez pas à démarrer la conversation dans les commentaires si un point précis vous intéresse, et tout éclairage sera le bienvenu!

Un médicament contre la leucémie
, l'alemtuzumab, pourrait trouver un débouché inattendu dans le traitement de la sclérose en plaque. C'est une avancée d'autant plus importante que cette maladie neurodégénérative qui touche 80 000 personnes en France, assez cruelle et invalidante, n'avait jusque là aucun traitement (sans parler de notre ignorance de ses causes). Selon les résultats de cette étude, l'alemtuzumab ne se contente pas seulement d'enrayer la progression de la maladie, mais permet de faire régresser les symptômes! Avant de toucher deux mots aux responsables marketing qui ont pondu un nom pareil, qu'est que l'alemtumuzab? C'est un anticorps dirigé contre un récepteur situé à la surface de certains lymphocytes; en clair, cet anticorps perturbe le fonctionnement de certains globules blancs (qui eux-mêmes produisent des anticorps, ça donne le vertige). Ceci permet de relier la leucémie, une prolifération des globules blancs, et la sclérose en plaque, qui est une maladie due à une rebellion du système immunitaire contre son propriétaire, une maladie "auto-immune". Dernière précision, la sclérose en plaques détruit la myéline entourant les axones, le gainage qui permet une transmission efficace de l'influx nerveux entre les neurones. Les neurones eux-mêmes ne sont pas directement attaqués, il ne faut donc pas s'étonner cette maladie puisse régresser bien qu'elle s'attaque au système nerveux. Alors, longue carrière à l'alemtuzumab? Oui, si son utilisation à grande échelle n'a pas de conséquences trop fâcheuses... dans l'étude dont il est question ici, et qui portait sur 334 patients (ce qui inclut ceux ayant reçu le traitement classique) on peut lire: "In September 2005, alemtuzumab therapy was suspended after immune thrombocytopenic purpura developed in three patients, one of whom died", c'est-à-dire que 3 patients ont développé une maladie où les globules blancs s'attaquent aux plaquettes sanguines. La molécule miracle peut donc déclencher des maladies auto-immunes et en guérir d'autres, il faudra demander conseil à votre médecin.

Je pense qu'il est inutile de détailler l'enjeu médical que représente la mise au point d'un coeur artificiel, enjeu qui explique les nombreux projets dans ce domaine. Ainsi, comme vous le saviez si vous avez lu ce billet, il existait déjà un prototype de coeur artificiel, qui avait la caractéristique notable de ne produire aucun pouls, sans que cela paraisse particulièrement gênant! De leur côté, des chercheurs français rassemblés autour du professeur Carpentier ont fait un pas dans cette direction avec un prototype de coeur artificiel à double pompe, donc capable de mettre en mouvement la double circulation, pulmonaire et systémique. A mes yeux de profane, leur "concept-coeur" se distingue surtout par l'emploi de biomatériaux, comme le cartilage de porc quii entre dans la composition des valves. Quand on dit que tout est bon dans le cochon... Autre aspect intéressant de cette histoire, c'est un condensé des problématiques industrielles et de propriété intellectuelle, tels les secrets de fabrication, les batailles de brevets, les levées de fonds auprès de partenaires divers...

Une équipe de l'INSERM avance qu'un excès de fer serait impliqué dans la maladie de Parkinson (tiens, encore une maladie neurodégénérative). Ce n'est pas tout à fait une surprise, ce lien a déjà été fait, il semble par exemple que les neurones en pleine dégénérescence contiennent plus de fer que la normale. Nos chercheurs ont  éclairé le mécanisme sous-jacent en mettant la main sur un transporteur de fer (DMT1), qui favorise le développement de la maladie lorsqu'il est surexprimé dans les neurones de souris. A l'inverse, les souris qui n'expriment pas ce récepteur sont moins sensibles à une toxine qui déclenche la maladie de Parkinson. Alors, haro sur les épinards et le boudin? Bah! 'métonnerait que ça fasse une différence, et je préfère manger un steak en tremblant que du tofu en bonne santé.

Enfin, sans raport direct avec la médecine, deux petits malins ont voulu rejouer la saison 1 de "24" en projetant d'assassiner Barack Obama, candidat (noir) à la présidence américaine, entre autres horreurs. Tout va bien, ils ont été arrêtés avant de passer à l'acte, mais attention, c'est en général à ce moment de la série qu'apparaissent les vrais méchants!
Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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Lundi 21 juillet 1 21 /07 /Juil 09:13
L'adolescence est une phase de la vie humaine située entre l'enfance et l'âge adulte, bien connue pour la crise du même nom. D'un point de vue biologique, au-delà des modifications visibles de l'apparence, cette période se caractérise entre autres- par des changements neurobiologiques susceptibles d'influer sur le comportement. Voilà qui ne saurait étonner les parents d'adolescents qui ont expérimenté le phénomène, souvent à leurs dépens: cheveux longs, téléphone portable, rebellion généralisée. C'est peut-être en pensant à eux que des chercheurs australiens ont conduit cette étude publiée dans PNAS, dans laquelle ils s'intéressent au comportement affectif des adolescents vis-à-vis de leurs parents, et établissent un lien entre ce comportement et le volume de certaines parties du cerveau, l'amygdale et le lobe préfrontal.

Les chercheurs ont suivi 137 jeunes adolescents de 11 à 13 ans accompagnés d'un parent, leur mère pour la plupart. C'est là que ça devient drôle: pour susciter un comportement affectif négatif ("CAN", ou moins scientifiquement, "engueulade"), les facétieux expérimentateurs ont soumis le parent et son enfant (pardon, adolescent) à une discussion de type "résolution de problèmes" en leur demandant d'aborder des sujets susceptibles de semer la zizanie, spécialement choisis d'après d'autres travaux sur les relations parents-adolescents. Le contenu émotionnel et verbal des 20 minutes d'échange fut ensuite analysé et codé en termes de mépris, anxiété, approbation, provocation...

Vous objecterez sans doute qu'il est normal que les ados se montrent agressifs lorsqu'on leur propose une discussion sur le thème de leur propre insolence, qu'ils aient de grosses amygdales ou non. C'est exact, mais le paramètre intéressant n'est pas l'existence même d'un comportement négatif, mais sa durée. Le résultat principal de cet étude est le suivant : les jeunes sujets qui ont entretenu un comportement négatif le plus longtemps lors de cet échange avec leur parent avait en moyenne une amygdale plus importante. Ceci n'est pas une surprise complète, car cette région du cerveau a déjà été associée à l'agressivité, aux émotions, à la peur. Deuxièmement, les résultats présentent un biais selon le sexe des sujets, ce qui conduit les auteurs  à forumler l'hypothèse (audacieuse, mais pas neuve) qu'il existe entre les adolescents et adolescentes une différence dans les bases neurales du comportement affectif, c'est-à-dire, pour faire simple, que les "circuits" des garçons et des filles seraient branchés différemment. Il existe bien d'autres explications possibles au biais observé, notamment hormonales et surtout culturelles, mais cette hypothèse mérite d'être testée, et expliquerait bien des choses: incompréhension partielle ou totale entre les deux sexes, hyperémotivité et achats compulsifs de chaussures.

Tout ceci rappelle fortement la phrénologie, "science" du XIXème siècle qui consistait à prédire le caractère ou les aptitudes d'un individu à partir de la forme de son crâne (lire "Bouvard et Pécuchet" de Gustave Flaubert, où l'on trouve un bel exemple). Cette pratique a été abandonnée, devant l'évidence qu'il n'existe pas vraiment de "bosse des maths", et si l'on m'avait demandé s'il existait un rapport entre la morphologie du cerveau et le comportement, en tous cas à un stade non pathologique, j'aurais répondu "a priori, non". J'avais tort, car cette étude montre précisément le contraire. Attention, il n'est pas encore question d'une relation de cause à effet, seulement d'une corrélation. Il est en effet possible qu'un comportement et la morphologie cérébrale associée ne soit que deux conséquences indépendantes d'une même cause génétique ou environnementale.

Et l'éthique dans tout ça? On parle bien des bases biologiques de comportements qualifiés de "négatifs"! De mon côté, tant qu'on ne se sert pas de ces résultats pour lobotomiser les ados rebelles ou pour dépister les délinquants dès la maternelle, je suis content de les connaitre. J'espère juste qu'ils participeront à la compréhension générale du cerveau humain plutôt qu'à trouver des médicaments pour ados particulièrement difficiles. En contrepartie, avoir telle bosse dans le cerveau n'excuse pas les petits ingrats en scooter qui se montrent agressifs avec leurs pauvres vieux parents!
Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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Mardi 15 juillet 2 15 /07 /Juil 18:19
Retour sur la planète Mars, cette fois-ci un peu plus sérieusement, c'est promis. Après avoir remarqué quelques détails amusants de sa surface, adoptons cette fois-ci une vue d'ensemble de la planète, en déroulant le planisphère martien:


Un détail saute aux yeux, non? Il semble que l'hémisphère Nord soit beaucoup plus lisse, moins abimé que l'hémisphère Sud, qui comporte beaucoup plus de cratères. Gardons les pieds sur terre, heu, sur Mars: il n'existe pas de peeling planétaire. Mais alors, pourquoi y a-t-il plus de cratères, c'est-à-dire d'impacts de météorites visibes, sur une bonne moitié de Mars? Première hypothèse: parce qu'il y a eu plus de météorites à cet endroit, "et pis c'est tout". Avouez que sans autre bonne raison, cela semble assez improbable. Deuxième hypothèse: si l'on admet que le bombardement céleste est assez constant sur toute la surface de la planète, même si son intensité fluctue au cours du temps (en réalité elle diminue car il y a de moins en moins d'astéroïdes dans le système solaire), une surface avec moins de cratères est tout simplement plus jeune ; les cratères sont donc un peu les rides des planètes!

Mais alors, pourquoi la partie nord de la surface Mars serait-elle plus récente que la partie sud? Parce qu'elle a été renouvelée plus récemment par une activité magmatique dans cette région. Cette hypothèse d'une croûte martienne plus jeune dans la partie nord de la planète est confirmée par l'observation qu'elle est à cet endroit non seulement plus lisse, plus basse mais aussi plus fine. Mais pourquoi? Nous voilà bien avancés, une fois que nous avons répondu à une question par une autre!
Il existe deux explications à ce magmatisme récent et à sa localisation : soit une cause endogène, la forme de la convection dans le manteau de Mars, soit une cause exogène: l'impact d'un astéroïde géant dont l'énergie aurait liquéfié une partie de la planète!

Cette dernière théorie est l'objet d'un
article publié dans Nature le 26 juin 2008, qui inspira d'ailleurs la couverture de la prestigieuse revue. Comme ce genre de phénomène est difficilement reproductible en laboratoire, les auteurs ont eu recours à la modélisation, combinant mécanique et thermodynamique dans un modèle 3D de Mars avec sa composition minéralogique. Ils ont ainsi montré qu'il existe des valeurs d'angle d'impact, de vitesse et d'énergie (l'énergie étant elle-même une fonction de la masse et de la vitesse) du bolide, telles que seule une partie de la planète serait entrée en fusion. L'existence de telles conditions n'était pas certaine: si Mars avait été différente, un astéroïde géant aurait pu la pulvériser avant même de pouvoir provoquer la fusion de sa surface. Pour finir, les auteurs concluent qu'au moment où 'impact s'est produit, des astéroïdes de la taille requise (autour de 2000 kilomètres de diamètre!)  rôdaient à l'époque dans le système solaire, alors même que le Nord de Mars présente des caractéristiques de cratère d'impact.


Je ne saurais dire si la thèse du "méga-impact" gagne du terrain face à la thèse du "magmatisme à causes endogènes", mais c'est l'avis des auteurs. Je ne sais pas à quel point cet évènement, certainement spectaculaire au demeurant, est probable, mais à la lecture de ces travaux il paraît au moins possible. Si vous avez un avis sur la question, je vous en prie, faites m'en part en commentaire ; de mon côté, je retourne à ma planète et à mes objets préférés, environ un million de fois plus petits que celui dont il était question aujourd'hui.
Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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Lundi 30 juin 1 30 /06 /Juin 10:54
Ne cherchez pas la faute de frappe, il s'agit bien d'aréologie. Comme dans "aréopage", on trouve à la racine de ce mot Arès, le nom grec du dieu Mars; l'aréologie désigne donc l'étude de la planète Mars. Comme ce n'est pas mon domaine (et il s'en faut de dizaines de millions de kilomètres), on va commencer en douceur. Avec des images. Compte tenu de la distance qui la sépare du Soleil et de certaines autres caractéristiques, Mars est peut-être la seule autre planète qui pourrait abriter la vie, ou du moins l'avoir abritée. C'est bien peu dire que Mars a excité notre imagination, avec d'innombrable films et romans, à commencer par la Guerre des Mondes, mais aussi notre raison, avec les nombreuses études et missions d'exploration qui lui sont consacrées. Rendez-vous compte, "martien" est devenu synonyme "d'extra-terrestre", c'est dire si nous serions déçus de ne rien y trouver...

En 1976, la sonde Viking prit un cliché du massif Cydonia Mensae que vous pouvez voir ci-dessous. Mais c'est un visage! Une immense sculpture de visage quasiment humain! Comment cela pourrait-il être le fruit du hasard? Voici la preuve qu'une civilisation habite Mars et qu'elle nous adresse un message!


... mais je m'enflamme, je m'enflamme. Il ne s'agit en réalité que d'une illusion combinée au filtrage et à la mauvaise résolution des clichés (250m/pixel). A la fin du siècle dernier, la sonde Mars Global Surveyor a pris des clichés d'une résolution de 14m/pixel, et on y voit tout de suite plus clair (ci-dessous). Le visage de Mars a donc connu le même sort que les canaux d'irrigation martiens, qui entretenaient au XIXème siècle la croyance que Mars abritait des formes de vie intelligentes et usant de technologies.


Pour finir, un dernier "visage martien", un cratère qui évoque un smiley. Encore une fois, ça ne casse pas douze tentacules à un martien, et il ne faut pas y voir une quelconque preuve d'activité martienne. Si vous y tenez, j'avais brièvement évoqué ici le sujet des smileys et des raisons pour lesquelles nous voyons un visage là où il n'y a que deux points et un trait. Ou alors, ces martiens sont décidément facétieux! Comme ils semblent maîtriser les us et coutumes d'internet, on cherche encore une chaîne de montagne qui nous dirait "LOL MDR".



Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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