Vendredi 27 novembre 5 27 /11 /Nov 00:01
Décidément, mes récents billets semblent graviter autour de deux thèmes: les vaccins et les mauvais jeux de mots... Aujourd'hui, il sera question d'un vaccin de la firme pharmaceutique GSK, dont j'ai eu vent par le Financial Times, qui va sans doute lui rapporter des monceaux de billets et qui fera beaucoup parler de lui... jusque là, il pourrait s'agir du vaccin très discuté contre la grippe A(H1N1), mais non: il s'agit d'un vaccin contre le tabac!

Parlons tout d'abord des faits. Et comme il y en a plusieurs, on peut écrire un compte de faits : il était une fois une belle biotech nommée Nabi Pharmaceuticals, qui possédait un vaccin enchanté, protégé par un brevet magique, qu'elle gardait dans la plus haute tour de son château. Un beau matin survint le grand pharma GSK dans son beau carosse tiré par un attelage d'avocats. D'une blanche plume, GSK signa avec Nabi un contrat octroyant à cette dernière une dot de 40 millions de dollars avant minuit (l'heure où les avocats redeviennent des rats), et peut être 500 millions supplémentaires (un montant pharmaonique!) si le vaccin enchanté était bien celui de la prophétie... Voilà pour le monde merveilleux de la biotech.

Il est tout aussi intéressant de se pencher sur la nature du vaccin lui-même. Je dois avouer qu'en lisant la nouvelle dans un journal, certes de grande qualité, mais plus connu pour ses analyses financières que pour des publications en biologie moléculaire, je me suis dit, avec la délicatesse qui me caractérise: "bah! encore un traitement préventif que ces plumitifs appellent un vaccin parce que c'est plus simple!". Et bien, figurez-vous que j'avais tort! Au sens strict, un vaccin est un traitement qui une fois administré à un patient stimule son système immunitaire vis-à-vis d'un agent étranger, infectieux ou autre. Or, le vaccin de Nabi induit effectivement la production d'anticorps qui reconnaissent la molécule de nicotine (ci-dessous) et l'empêchent d'atteindre le cerveau. Je suppose que la nicotine passe rapidement dans le sang, mais qu'une fois  liée à une grosse protéine comme un anticorps elle ne peut franchir la barrière hémato-encéphalique séparant le sang du cerveau, où elle produit ses effets intéressants, dont l'addiction au tabac. Une autre bonne question serait : "pourquoi ne développe-t-on pas d'immunité vis-à-vis de la nicotine lorsque l'on est fumeur?". J'imagine que l'antigène qui compose ce vaccin est quelque chose qui ressemble vaguement à la nicotine, ou à une protéine liée à la nicotine, et que l'effet obtenu est le résultat d'une immunité croisée (il me semble que c'est l'astuce employée pour développer des anticorps dirigés contre les hormones non immunogéniques comme la testostérone).


Le plus étonnant, c'est que ça fonctionne! Entre autres choses, les essais cliniques ont montré que par rapport à un placebo ce traitement divisait par deux le nombre de récidivistes au bout de six mois. Bien sûr, nous avons gardé le plus crucial pour la fin: un tel vaccin est-il utile? En effet, il s'agit d'un vaccin comme un autre, ou mieux, d'un médicament comme un autre, avec son cortège de risques, d'effets secondaires et de complications. Cachez ce vaccin que je ne saurais voir!

En général, les risques associés aux vaccins sont plutôt faibles, mais il faut tout de même évaluer les risques liés à l'absence de vaccination, en l'occurrence les risques liés au tabagisme pondérés par l'efficacité du traitement. C'est là le jackpot de ce vaccin: le tabagisme est un importante cause de mortalité, et l'une des plus facilement évitables (mais parfois il faut croire que non). Sans dérouler une fois de plus la longue litanie des méfaits du tabac, vous pouvez consulter un récent rapport de l'OMS, ou plus simplement, quelques simples faits sur le tabac. Au passage, il est intéressant de noter que l'OMS emploie dans ce rapport tout le vocabulaire relatif aux grandes épidémies, non sans raison. Le tabac est un facteur de risque médical bien connu (sans oublier sa toxicité aigüe!), qui représente un coût social non négligeable (de l'ordre de 150 euros par français -fumeur ou non- et par an, d'après cette étude publiée en 2000). Comme un fumeur sur deux meurt des conséquences directes du tabac, si 'un d'eux vous bassine avec les risques des OGM, des pesticides, des ondes, de la nourriture pas bio, du nucléaire (ou des vaccins)... vous avez une simple objection à formuler sur la validité de sa perception du risque.

En résumé, s'il franchit avec succès les épreuves des tests cliniques, je prévois à ce vaccin un bel avenir, tant sur le plan médical que sur le plan médiatique... les fumeurs vont adorer. 
 
Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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