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Le blog des Bactéries et de l'Evolution

Protéger l'Histoire des Sciences

12 Avril 2007 , Rédigé par Benjamin Publié dans #Le monde de la recherche

Il a déjà été question de Sydney Brenner dans un des premiers articles du Bacterioblog. Comme c'était voilà bien longtemps, je rappellerai que ce monsieur s'est rendu célèbre en élucidant le code génétique (soit la correspondance entre une séquence d'ADN ou d'ARN et une séquence d'acides aminés, donc une protéine), en introduisant le nématode comme organisme modèle en génétique et en développement, et en recevant le Prix Nobel de Physiologie et Médecine en 2002. Aujourd'hui, Brenner ne s'adresse pas aux microbiologistes de l'Institut Pasteur, mais à une bonne partie de la communauté des biologistes, au moyen d'une correspondance dans la revue Nature. Pour ceux qui n'y auraient pas accès, je la résume ici.

La Science étant un des plus grands accomplissements de l'Humanité, il importe de conserver le travail des scientifiques qui l'ont patiemment construite. Malheureusement, les chercheurs modernent ne conservent plus de trace écrite de leurs réflexions et expériences:
"Nowadays, these are recorded in ephemeral electronic media that are far too easily lost with the push of a button or the failure of a hard drive." (c'est tellement vrai).
Donc, amis chercheurs, conservez vos papiers, croquis, brouillons (surtout si vous avez révolutionné la science ou êtes sur le point de le faire, sinon vous perdrez juste de la place), pour un jour les confier à quelque dévoué historien des sciences, ou plutôt de votre science.
"We encourage all who have played a part in the developments of molecular biology and biotechnology over the past 50 years, and who are continuing this remarkable journey into the future, to preserve their papers and donate them to institutions that are committed to making them freely accessible to scholars."

Ce qui a été fait pour les très importants travaux d'une étudiante de jacques Monod, dont voici un extrait:


Le conseil de Sydney ne manque pas de sagesse, car comment feront les Morange du futur sans documents écrits à commenter? Néanmoins, il me pose deux problèmes:
-Ce n'est pas que je sois sur le point de révolutionner la microbiologie, mais si je devais suivre ce conseil, l'historien du futur serait déçu. Mes cahiers de labo sont remplis de "expérience ratée -comme d'habitude" parfois suivis de "tout recommencé à l'identique, cette fois ça a marché. Merci Seigneur", souvent de "pourquoi? pourquoi?" plus rarement de "à quoi bon?".
-Sydney sent l'urgence de sauver ces importantes données car il constate en même temps l'accélération de la recherche en Biologie:
"Our knowledge of the workings of organisms from all branches of life is increasing at an unprecedented rate, making it imperative that we document the history of these discoveries."
Mon problème est là: si les découvertes se succèdent à un tel rythme, comment les qualifier de "révolutionnaires"? Le nombre d'historiens des sciences va-t-il augmenter exponentiellement pour suivre le rythme? Probablement pas. De mon point de vue, ces découvertes si nombreuses ne sont "que" des avancées de "science normale" (par opposition aux révolutions scientifiques, selon Kuhn), et il y a peu de chance qu'elles intéressent individuellement l'Histoire. La Biologie d'aujourd'hui est en grande partie la poursuite des travaux de Watson et Crick, Jacob et Monod, et quelques autres, révolutionnaires et reconnus tels dès leur publication. Tant mieux, graver tous ses résultats dans le marbre est très éprouvant physiquement et plutôt onéreux.

Pour finir, une petite dédicace de Sydney Brenner au monde des Biotechnologies:

"Along with these advances in academic science, the new industry of biotechnology came into being. Many of the scientists who led advances in the laboratory were instrumental in establishing biotechnology as a central discipline. Entrepreneurs and venture capitalists also played an important role, recognizing how research in academia could be applied for the benefit of society.Their records, too, will throw an important light on scientific history."

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Enro 14/04/2007 00:33

Sont-ce uniquement les archives des chercheurs "révolutionnaires" qui sont dignes d'être conservées ? Sans doute un peu, comme en témoignent en France les travaux de Michel Morange sur les archives de François Jacob et d'Anouk Barberousse sur les archives de P.-G. de Gennes. Mais si tu es un chercheur au profil particulier, consciencieux et soigneux, ça intéresse aussi les historiens ! C'est le cas de Pierre Potier, dont les archives ont été étudiées par Muriel Le Roux (avant même sa mort). Potier, en plus d'être un découvreur et inventeur hors du commun, avait l'avantage de tout conserver, de n'avoir jamais déménagé au cours de sa carrière et d'avoir un pied dans le privé et un autre dans le public — ce qui rend ses notes personnelles tout à fait intéressantes pour comprendre les processus à l'œuvre.

À noter en France, le programme ARISC chargé des archives scientifiques du CNRS, qui semble aujourd'hui arrêté...