
Quand on y réfléchit, le critère d'interfécondité est en réalité inclus dans le critère vraiment important et universel, qui est le critère de "passé évolutif commun", duquel découle une ressemblance génétique et phénotypique. En effet, deux individus appartenant à la même espèce (ou au même taxon) ont des ancêtres communs; par conséquent, leurs génomes ne peuvent être très différents, et ils doivent en quelque sorte se ressembler. On a donc imaginé un critère qui déciderait si deux bactéries appartiennent à la même espèce ou non: ce critère est un seuil de 70% d'hybridation entre les ADN des deux bactéries. Ainsi, deux ADN relativement semblables dans leur séquence s'hybrideront facilement (attention:hybridation ne signifie pas identité de séquence, mais bien interaction physique), ce que l'on peut mesurer par l'abso
rbance de lumière ultra-violette par la solution. Ces 70% représentent donc une mesure de la ressmblance de deux génomes (donc leur proximité évolutive) et recouperaient les discontinuités observées dans la nature: il semble très difficile d'établir un continuum entre toutes les bactéries de toutes les espèces avec un seuil supérieur ou égal à 70%. Une espèce de bactérie est donc un ensemble de clones dont les génomes sont semblables à un certain degré, mais aussi (et souvent) un ensemble de clones qui ressemblent à l'espèce décrite il y a un siècle. par exemple, Mycobacterium tuberculosis (en haut à gauche, les petits bâtonnets rouges) et Mycobacterium leprae (en bas à droite, les autres petits bâtonnets rouges, mais d'une espèce différente), causant respectivement la tuberculose et la lèpre, ont été décrites comme deux espèces différentes; pourtant, leurs deux génomes s'hybrident à 99%! Pourquoi ne pas avoir réuni les deux espèces en une seule, pour obéir au critère défini ci-dessus?
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