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Le blog des Bactéries et de l'Evolution

Un rapport officiel dénonce l'inefficacité économique de la recherche publique... Haro sur la recherche!

16 Janvier 2007 , Rédigé par Benjamin Publié dans #Science & Société

L'heure est grave! Je viens de tomber sur cet article en ligne, édité par un grand quotidien français. Il s'intitule "un rapport officiel dénonce l'inefficacité économique de la recherche publique". Cette enquête a été réalisée "par l'inspection générale des finances et l'inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche, à la demande des ministres de l'économie et de l'éducation nationale". On y relate entre autres que malgré les mesures prises par l'Etat pour valoriser sa recherche, le volume des partenariats entre la recherche publique et le privé n'augmente pas. Pire, les crédits ne sont pas utilisés pour la valorisation, mais plutôt pour développer la recherche fondamentale. Trop peu de brevets sont encore déposés, les entreprises issues de la recherche ne s'épanouissent pas (i. e. font souvent faillite)... Tout de même, les auteurs du rapport signalent les bons élèves, le CEA et les écoles d'ingénieurs, et les cancres, le CNRS et les universités (où mettent-ils l'ENS?). Conclusion : les aides attribuées à la recherche sont mal réparties, et la recherche publique, cette ingrate, ne remplit pas sa mission de valorisation.

Je ne suis pas vraiment en phase avec le ton de l'article, ni avec les aperçus du rapport qui nous sont donnés, ce qui me donne l'occasion pour la première fois de proposer ma perception de la recherche en France. Je précise tout d'abord que je ne suis pas idéologiquement opposé à la valorisation de la recherche, loin de là, seulement à la désignation facile de boucs émissaires.

A mon avis, et je le partage, les aides à la valorisation masquent à peine le cruel manque de moyens des laboratoires (il s'agit plus d'une réallocation que d'une addition), et une valorisation efficace est le signe d'une recherche florissante. Le rapport signale par exemple les bons résultats en recherche tant fondamentale qu'appliquée du CEA et des écoles d'ingénieurs. Or, il s'agit selon moi des institutions qui n'ont que rarement eu des problèmes de financement, et qui déjà avant la loi sur l'innovation et la recherche de 1999 fonctionnaient bien et avaient une philosophie de valorisation. Ces cas mis à part,  on ne peut pas faire semblant de donner plus d'argent au CNRS, jeter un oeil 7 ans plus tard et s'exclamer : "quoi!? vous en êtes encore là?". Pour résumer ma position, je dirais qu'on ne peut attendre d'une recherche publique qu'elle valorise ses trouvailles qu'à la condition qu'elle soit efficace au préalable, donc bien structurée et financée.

Du côté des entreprises issues de la recherche publique, il est cocasse d'imputer leur petit nombre et leur courte durée de vie à la recherche elle-même, alors que la France est loin d'être le meilleur endroit pour entreprendre!

Je rejoins les conclusions du rapport sur un point : en France, les cultures de l'entreprise et de la recherche sont très distinctes, contrairement aux pays anglo-saxons: dans ces contrées riantes, les "PhD" sont accueillis à bras ouverts par les entreprises, se voient proposer des postes d'encadrement et des salaires confortables, courent dans les fleurs et nagent dans des rivières de chocolat. En France, non. J'apprécie énormément nos ingénieurs, il m'arrive même d'en fréquenter et d'y trouver du plaisir, mais le monde de l'entreprise doit faire un peu de place aux docteurs. Conséquence intéressante, le jour où le doctorat cessera de déboucher uniquement sur une recherche publique encore embouteillée et sous-financée, plus d'étudiants seront attirés par la thèse, en feront une, et ainsi beaucoup de laboratoires bénéficieront de leurs compétences pendant quelques années. La recherche ne s'en portera que mieux.

Le CNRS n'est certainement pas parfait, une restructuration lui ferait du bien alors que ses chercheurs sont essaimés dans tous les labos de France et de Navarre, il devrait peut être déposer plus de brevets... Mais qu'un rapport officiel dénonce le monde de la recherche au lieu de ses propres insuffisances, sous-financement de la recherche, entrepreneuriat découragé, enseignement de type monolithique en université sans notions du monde de l'entreprise, etc. ça me hérisse, tout simplement.
J'ai oublié de préciser que le lien du monde qui pointe vers cet article s'intitule "en France, la recherche manque de performances, pas d'argent!". Ben voyons! J'apprécie la négation du sous financement de la recherche et  en même temps l'amalgame de la performance et  de la valorisation économique... Je me hérisse derechef!

Une petite blague, après ce long déballage... Rue d'Ulm, 23heures: un sinistre individu cagoulé menace un passant au moyen d'un cutter rouillé:
"ton portefeuille, vite!"
Le quidam effrayé s'éxécute... Dans le portefeuille en nylon noir élimé, son agresseur trouve en tout et pour tout quinze centimes d'euros et trois tickets de métro (usagés). Le voleur, dégoûté, rend le portefeuille à son propriétaire:
"tiens, garde-le! t'es encore plus dans la merde que moi!
-ben... je suis chercheur!" fait l'agressé avec un geste d'impuissance.
A ces mots, l'autre enlève sa cagoule et lui dit, jovial:
"Ha bon? t'es dans quel labo?".

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Sherpa 14/02/2008 17:49

Bon ben j'ai pas la réponse pour savoir comment on s'y prend pour faire venir les thésards chez nous et je te reconnais qu'on a un profil d'entreprise un peu particulier.On est une toute petite boite, et on a pas de service de ressources humaines. Donc le recrutement est fait "à la main" en quelque sorte. On rencontre la personne, on tchache un coup, on va souvent manger au restaurant pour continuer la conversation, et on prend notre décision basée sur notre impression "est-ce que oui ou non cette personne peut nous rendre service ?".L'expérience dans l'aéronautique est un sujet presque annexe, avec notre moyenne d'age de 27 ans, et la quasi-totalité des employés qui sont à leur premier job. Y'en a même (dont moi) qui ont fait des études sans aucun rapport avec les moteurs ou les avions (génie civil côtier pour ma part).Un thésard est souvent quelqu'un de plutôt malin et débrouillard, et c'est des profils qui nous intéressent.Par contre, dans les moteurs d'avions, on a pas vraiment besoin d'un micro-biologiste, surtout un qui soit anti-créationnisme, qui reste quand même notre référence de base :-)

Benjamin 14/02/2008 15:22

"on aurait étudié avec attention un CV de thésard"C'est quoi cette boîte? on peut s'arranger? ;-) Ton expérience souligne une fois de plus la dichotomie bien françise entre universités et écoles, docteurs et ingénieurs, recherche académiques et entreprise. Le gros coup à jouer, c'est bien sûr de réconcilier les deux. Comment? en augmentant les salaires des doctorants pour attirer des ingénieurs? en mettant plus d'entreprise à l'université? ou plus de recherche dans les grandes écoles? Une chose est sure pour moi : la récupération politique de ces questions ne fait aucun bien. Je te recommande les débats qui ont lieu chez Tom Roud (www.tomroud.com), qui traite de ces sujets plus souvent que moi.En dehors de ce débat, "je lis tous les articles dans l'ordre depuis deux semaines, la plupart étant très intéressant même un ou deux ans plus tard"ça me fait vraiment plaisir comme démarche, ça remédie au seul défaut du blog, où par construction les nouveaux billets enterrent les précédents. Merci!

Sherpa 14/02/2008 14:42

Bonjour tout le monde.Oui, je sais, j'arrive longtemps après la bataille, mais c'est juste parce que je lis tous les articles dans l'ordre depuis deux semaines, la plupart étant très intéressant même un ou deux ans plus tard.Bref, ce que je voulais dire, et qui reste d'actualité, c'est que je suis bien d'accord avec le fait que les thésards n'osent pas se frotter au recrutement classique dans une entreprise.Je parle d'expérience, je receptionne l'ensemble des CV pour ma boite, et on en reçoit un certain nombre chaque semaine. On ne pose jamais d'annonce de recrutement, c'est vrai, mais on a quand même pas mal de candidatures spontannées.Et bien, depuis 10 mois que je bosse (hou la, ca fait si longtemps déjà ?), je n'ai pas vu un seul docteur... Et ma boite est une entreprise basée sur l'innovation. Je sais que c'est différent de la recherche fondamentale, mais il n'empêche que l'on aurait étudié avec attention un CV de thésard.Voila, c'est juste pour dire : essayez que diantre !!!

Matthieu 17/01/2007 01:35

Salut Benjamin ! Bon, je suis un peu en retard, et la conversation à commencé sans moi, et a un peu déviée :-) pour cette raison et parce que j'étais un peu long, mon commentaire s'est transformé en billet chez moi. en résumé : je trouve que tu lis dans l'article des choses qui n'y sont pas écrites.http://chezmatthieu.blogspot.com/2007/01/dbat-ternel.html

Tom Roud 17/01/2007 01:01

Salut UGN,OK, j'ai un peu exagéré sur le coup du système à deux vitesse, mais il y a quand même je pense plus de 15 corpsards par an qui font des thèses. En fait, les deux tiers de mes amis corpsards en ont fait une, quel que soit le corps (statistique sur une dizaine de personnes, mais cela m'interpelle); et je connais pas mal d'autres exemples sur plusieurs années. C'est vrai que les corps concernent peu de monde, mais cela concerne du beau monde : que des futurs PDG, très haut fonctionnaires, des futurs décideurs quoi, raison plus pour être cohérent et consistant (je parle pour les corpsards qui font des thèses comme pour ceux qui les autorisent) car les mêmes nous expliqueront plus tard comment gérer les deniers publics efficacement, comme dans ce fameux rapport.Ensuite, tu pense que c'est très bien car cela fait des gens qui ont une expérience de la recherche qui vont ensuite retourner dans l'administration. C'est un argument qui se tient a priori sauf que1)  les corpsard sus-cités n'ont souvent pas envie de travailler dans des corps et veulent tout faire pour éviter les obligations du corps. Ils veulent vraiment faire de la recherche (plus exactement ils veulent échapper aux obligations du corps, le beurre et l'argent du beurre, quoi, l'un de mes camarades vient d'être d'ailleurs embauché en CR2). Donc c'est une perte sèche pour le corps, donc je ne comprends pas.2) un corpsard coûte beaucoup plus cher qu'un thésard à la société, a un véritable statut, une sécurité de l'emploi que n'ont pas les autres thésards. Il a la belle vie, certes, mais pourquoi lui et pas les autres à niveau d'étude égal ?  Moi je pense qu'il n'y a aucune raison qu'il y ait plusieurs statuts, et tant qu'à faire, autant aligner par le haut et financer toutes les thèses de la même façon.3) Je peux accepter que les corps aient besoin de docteurs. Mais alors , pourquoi ne pas ouvrir plutôt les portes des corps aux docteurs ?  Pourquoi recruter des jeunes jouvenceaux à peine sortis d'école pour leur offrir une formation spécifique  plutot que des chercheurs ayant déjà fait leurs preuves ?  On parle de la dévalorisation du phd en France par rapport aux diplôme d'ingénieur : n'est-ce pas un exemple caricatural où on préfère recruter à bac +5 plutôt qu'à bac +8 ?Je milite pour ma part pour cette ouverture, qui aurait le mérite d'ouvrir ces postes à des gens sélectionnés par la Fac, et cela aurait le mérite de rendre le recrutement un peu moins cosanguin, et de prendre des gens qui ont pris un petit peu d'air vis-à-vis de la voie toute tracée prépa-grandes ecoles-corps.Moi aussi, je suis intarissable sur le sujet (frustration d'aigri, sans doute) ;)