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Le blog des Bactéries et de l'Evolution

L'odeur du dioxyde de carbone

9 Janvier 2007 , Rédigé par Benjamin Publié dans #Divers Sciences

Dans Le Parfum de Patrick Süskind, Jean-Baptiste Grenouille se vexe de ne pouvoir capturer l'odeur d'une poignée de laiton. Forts de notre science, nous expliquerions à ce monomaniaque des parfums que le laiton est minéral, non volatil, au contraire des molécules odorantes de fleur (ou de femme) qu'il piège dans la graisse ou l'alcool. Mais voyons, me direz-vous, le métal a bien une odeur caractéristique! En réalité, le fer n'a pas d'odeur, ou plutôt n'a une odeur "métallique" que lorsqu'il a été touché et contaminé par vos substances corporelles. Le fer n'a pas d'odeur, et nous serions tentés d'appliquer cette règle à tout le règne minéral : granite, argent, oxygène...

Mais avant de poursuivre, qu'est-ce qu'une odeur? Il semblerait bien que ce ne soit qu'une information reçue par des récepteurs protéiques sensibles à certaines molécules, puis interprétée par notre cerveau ; il faut donc qu'un récepteur soit présent, ainsi qu'un circuit neuronal et comportemental correspondant. Par exemple, l'odeur de corps en décomposition, portée par des diamines aux noms évocateurs comme la putrescine et la cadavérine, sera interprétée de différentes façons : par nous, mammifères, comme l'assurance d'un repas désagréable  et d'infections futures ; par une mouche, comme la perspective d'une nourriture facile pour ses petits asticots. Il faut s'y résigner : la plus infâme des odeurs, la plus pestilentielle à notre nez, peut paraître ravissante à une mouche. De même, l'évolution nous a épargné bien des troubles intestinaux en associant dans notre cerveau le dégoût à des molécules caractéristiques d'une présence bactérienne, comme le sulfure d'hydrogène H2S, responsable de l'odeur d'oeuf pourri. Encore une fois, grâce à des millions d'années d'évolution, la nature paraît bien faite, si l'on omet murènes, ichneumons et endives cuites.

Avec ce dernier exemple, je vous mets sur la voie : H2S est vraiment une petite molécule... Comme vous le savez certainement, le dioxyde de carbone (CO2) est un gaz tout à fait minéral qui existe à l'état de traces dans l'atmosphère, et malheureusement, des traces de plus en plus marquées. Nous sommes incapables de le sentir à ces concentrations, seulement quand nous ouvrons une bouteille de soda, et encore, je me demande s'il ne s'agit pas là de la perception de l'acidité. Il nous est difficile de concevoir que le CO2 puisse avoir une odeur, pourtant il en a une pour les insectes. Dans une étude publiée dans Nature1, des scientifiques rapportent l'identification de deux récepteurs impliqués dans la perception oflactive du CO2, Gr21a et Gr63a (Gr signifiant "gustative receptor", ou récepteur impliqué dans la perception du goût). Ces protéines sont présentes dans les organes olfactifs du moustique, les antennes et les palpes, où elles sont nécessaires à la réponse électrophysiologique et comportementale au
CO2. Mieux, elles suffisent à induire dans des neurones quelconques cette même réponse électrophysiologique. De nombreux points restent à éclaircir, notamment la manière dont ces deux récepteurs interagissent, comment une protéine peut fixer le CO2...

La perception du CO2 est impliquée dans nombre de comportements chez les insectes. Ainsi, il dégoûte les drosophiles (leur fruit est-il trop fermenté?), encourage les abeilles à ventiler la ruche, ou encore participe à signaler aux moustiques et aux tiques la proximité d'une proie. Une application derrière la découverte de ces récepteurs est par exemple de décourager les moustiques de nous piquer ; en effet, ce sont les animaux tuant le plus d'humains sur Terre, soit un million par an, principalement du fait des maladies qu'ils transmettent. En revanche, des applications à la détection du CO2 atmosphérique à des fins environnementales semblent peu pertinentes, tant les méthodes purement chimiques sont affûtées.




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Benjamin 06/02/2007 16:13

J'en dis qu'il n'y a rien d'intuitif là dedans : un "mauvais goût est toujours relatif. Si les blattes ont évolué pour avoir un mauvais goût pour tous leurs prédateurs potentiels, rien ne prouve que ce système soit basé sur ces diamines (goûte pour voir), ni que ce goût plaise à un quelconque animal sur Terre.Bref, ça dépend.

fed 06/02/2007 15:16

Salut mec,on parlait la semaine dernière de la blatte, qui aurait comme atout principal évolutif une sorte de capacité universelle à évoquer le dégoût! Comme tu dis la mouche adore la putrescine et la cadavérine, on pourrait intuiter qu'il y a forcément des animaux qui adorent la blatte? Qu'en dis-tu?

Matthieu 10/01/2007 17:03

je ne me souviens plus tres bien de cette histoire "d'odeur du fer". le fer n'a pas d'odeur mais oxide nos propres molecules (sueur, ...), et c'est ce que nous sentons, c'est ca ?