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Le blog des Bactéries et de l'Evolution

Les microorganismes sont-ils éternels?

15 Décembre 2006 , Rédigé par Benjamin Publié dans #Microbiologie

Dans le précédent billet, j'évoquais la capacité des espèces microbiennes à survivre aux épisodes d'extinction massive. Evidemment, cette affirmation est valable par comparaison avec les dinosaures par exemple, non dans l'absolu. Un article1 du Science d'aujourd'hui nuance à propos mon commentaire de l'article paru dans Nature hier. Il y est question d'une autre époque, le Paléocène (soit -55 millions d'années), et d'une autre crise : un pic de CO2, qui a la propriété d'acidifier les océans et d'accroître l'effet de serre. Il y est question d'une autre microflore, le "nannoplancton" (sic) photosynthétique des océans, dont on possède un grand nombre de fossiles dans les sédiments : ce sont ces microorganismes (coccolithophoridés comme sur la photo ci-dessous, etc.) qui forment les calcaires d'origine biologique.

De l'analyse de ces archives fossiles, cette équipe conclue que cette crise a touché certaines espèces de microorganismes du plancton. Les espèces disparues étaient relativement rares et vivant dans des conditions qui leur étaient peu favorables, ce qui est assez intuitif.

Donc, pour répondre à mon titre, les microorganismes ne sont pas éternels, du moins pas les espèces. En revanche, ce que montre le même travail, c'est que les extinctions dans le nanoplancton ont été accompagnées d'apparitions de nouvelles espèces, par exemple du fait de la création de nouvelles niches écologiques, une nouvelle donne en somme. ceci reflète encore la capacité d'adaptation des microbes, mais avec des mutations de plus grande ampleur au point de fonder de nouvelles lignées. Il y a fort à parier que la dernière espèce vivant sur cette planète sera microbienne.

Pour reprendre une thématique abordée sur le blog de Matthieu, on pourrait imaginer que le pic de CO2 a touché les microorganismes qui se chargeaient précisément de le soustraire à l'atmosphère, amplifiant ainsi le phénomène de manière autocatalytique. D'après les auteurs, ce n'est pas le cas, les espèces abondantes étant toujours là pour faire le travail, probablement. En revanche, le réchauffement et l'acidification en cours sont peut-être plus rapides qu'au Paléocène (fait à documenter), ce qui pourrait rendre les choses pires encore.

1.
Samantha J. Gibbs, Paul R. Bown, Jocelyn A. Sessa, Timothy J. Bralower, Paul A. Wilson. Nannoplankton Extinction and Origination Across the Paleocene-Eocene Thermal Maximum. Science 314 1770-1773 (2006).

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Louis 15/12/2006 21:39

Entre le "Dans le Nature sorti tout à l”heure" du billet d'hier et le "Dans le Science d'aujourd'hui" de ce billet, on se sent vraiment à la première page des nouvelles scientifiques. Tu auras vraiment toute mon admirationque lorsque tu écriras : "Dans le Nature à paraitre le mois prochain...";-)

Timothée 15/12/2006 15:58

Tu m'as pris de vitesse sur celui la...Le papier est intéressant, je le lirai plus attentivement dans la soirée

Benjamin 15/12/2006 16:28

N'hésite pas à publier tes commentaires... j'ai moins approfondi ce papier que le précédent.