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Le blog des Bactéries et de l'Evolution

Les nitrates

18 Juillet 2006 , Rédigé par Benjamin Publié dans #Science & Société

"Nitrates!"

Ce mot vous évoque très certainement les porcheries en Bretagne, les algues vertes et les menaces sur la qualité de l'eau en France. Des normes très strictes stipulent d'ailleurs qu'une eau contenant de plus de 50 millligrammes par litre de cet ion est non potable. Les nitrates (ou plus correctement le nitrate) sont même devenus le symbole de l'agriculture pollueuse, du côté obscur de la révolution verte. Pourquoi?

Les bébés, symboles s'il en fût de pureté et d'innocence, seraient les premiers menacés par les nitrates. En effet, durant les six premiers mois de leur vie, leur hémoglobine (protéine qui fixe l'oxygène dans les globules rouges) est différente de la nôtre, nous qui avons l'âge de lire et d'écrire ces lignes. Or, le bon fonctionnement de cette hémoglobine est menacé par l'ion nitrite, qui dérive directement du nitrate. Cette pathologie, la maladie bleue du nourrisson, est aussi nommée méthémoglobinémie pour les amateurs de scrabble. On peut donc lire sur certain sites de bretons amoureux de l'environnement que les "nitrates ingérés par un bébé se transforment en nitrites dans son corps", lui faisant risquer l'asphyxie. Donc, haro sur les nitrates!

Oui, mais pourquoi parler des nitrates dans un blog qui tourne autour des bactéries?

Parce que rien n'est jamais simple. Aux Etats Unis dans les années cinquante, des bébés sont -tragiquement- morts de méthémoglobinémie après avoir bu un certain jus de carotte, une certaine eau de boisson. On recherche fébrilement la cause de la mort pour s'apercevoir que ces boissons était chargées en nitrate. La boucle est bouclée, tout est de la faute du nitrate. Sauf que rien ne serait arrivé si le jus de carotte en question n'était pas contaminé par des bactéries dénitrifiantes qui transforment le nitrate en nitrite. Il est maintenant établi que les bactéries "normales" du corps ne transforment pas seules le nitrate en nitrite ; la faute retombe entièrement sur les bactéries du sol, très naturelles et, en principe, inoffensives.

Au passage, je m'étonne toujours que tout gravite ainsi autour des bactéries, où que l'on porte son regard. Fascinant!

On fait pourtant le raccourci que les nitrates sont dangereux.  C'est vrai pour les nourrissons, et pour trois raisons :
-leur hémoglobine facilement altérée par le nitrite
-l'absence de barrière gastrique qui facilite la colonisation par les bactéries
-l'absence d'un enzyme (oui, enzyme est un mot masculin à l'origine) qui neutralise le nitrite dans les globules rouges
mais le danger n'est pas le risque, qui lui est faible dans nos contrées industrialisées, et spécialement en ville. Bref, ne désaltérez pas votre nourrisson aux rivières de Bretagne et ça devrait aller.

Pour vous convaincre de l'innocuité du nitrate, considérez ce chercheur qui en donne des grammes à des rats qui ne s'en portent pas plus mal. Si vous vous trouvez décidément trop peu de points communs avec ce velu hôte de nos égouts, mangez 150 grammes de la laitue la plus biologique que vous puissiez trouver, vous savez, celle vendue à prix d'or, qui purifie de l'intérieur et  prolonge très certainement l'existence. Horreur! vous venez d'ingérer autant de nitrate que dans une eau déclarée non potable à cause de lui!

Beaucoup de gens cherchent en ce moment à démontrer un effet cancerogène des nitrates. ILs vont sûrement réussir. Puisqu'on en parle, arrêtez de lire des blogs et éloignez vous de votre ordinateur, ses champs magnétiques sont en train de vous tuer, peut être même plus vite que la viande et les légumes d'hier. Les légumes sont traîtreusement chargés en nitrates.

Enfin, les nitrates sont utilisés comme engrais ; rien d'étonnant donc à ce qu'ils provoquent la prolifération des algues sur le littoral. L'effet négatif est ici indéniable, au niveau du tourisme et de l'agrément, certes, mais surtout au niveau de l'équilibre écologique.

Alors, que va-t-il se passer? Très probablement, les nitrates vont conserver leur mauvaise réputation quant à la santé humaine, sans véritable fondement, la clef étant la sécurité microbiologique. Les normes resteront, se durciront même, protégeant ainsi l'environnement (l'eutrophie est à mon sens le principal effet négatif des nitrates), et notre petite santé d'une éventuelle attaque bio-terroriste à base de bactéries dénitrifiantes.

PS :
Un très bon article Intitutlé "les nitrates, une norme au pieds d'argiles?" a été publié dans le hors série de  La Recherche (ou est-ce Pour La Science?) consacré au risque alimentaire. Il était tellement intéressant qu'après l'avoir prêté, je ne l'ai plus revu.

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Brigitte Cauvin 31/12/2008 13:11

Bonjour,Etant de culture plus "agronome", je réagis à votre naïveté sur les nitrates.Cette exagération correspond à la montée en puissance des lobbies écolo depuis 1980. Il fallait bien qu'ils trouvent des cibles, sinon des boucs-émissaires dans les agriculteurs français...; "émissaire", dont l'un des sens est aussi la sortie de nos égouts ! A force de ne plus "savoir le bon sens", on a perdu nos repères. Reprendre le travail/communications/groupes ministériels des "Hénin, Blanc et autres scientifiques modérés" des années 70-80, sur la nécessaire réduction à long terme des apports en nitrates en agriculture, ou sur les teneurs des épinards ou salades destinés aux aliments pour bébés. L'engrais, ça coûte cher ; donc l'agriculteur essaie de l' utiliser à bon escient, en quantités calculées en fonction du besoin des plantes, de la météo passée ou espérée, des antécédents de la parcelle, de la qualité du sol...tous ces paramètres sont évalués avec de l'empirisme, de la science, avec les données économiques ou sociales du lieu...avec l'âge du capitaine (si! si!).Qui a tiré son épingle du jeu ? on a divisé par deux la norme française pour se conformer à l'européenne (50mg/l de l'EU) et on a dépensé bcp pour payer cette eau rendue plus potable (au robinet, ou avec l'achat de bouteilles). A 49, on pouvait la boire, à 51 de nbreuses sources se sont trouvées "hors-jeu". Le consommateur a doublement payé cette pratique française de la haute sécurité et de la prévention maximale, mais cette peur a permis deux choses ; je vous laisse juge de l'ordre que vous leur donnerez selon votre sensibilité : 1-la prise en compte d'une réalité, qu'il fallait préserver la propreté de nos eaux de surface ou de profondeur, les agriculteurs n'étant qu'un des maillons de notre "saleté ordinaire" souvent bien plus crasse que des effluents agricoles ; 2-le developpement économique des sociétés qui traitent l'eau pour qu'on la boive, celles qui dépolluent l'eau qu'on rejette (les mêmes, à peu de choses près!), enfin celles qui produisent les eaux en bouteilles ; tout ça c'est bcp d'emplois, c'est presque keynesien ! mais ce sont aussi les deux revers du développement, i.e. la Vie sur Terre. Les trains qui arrivent à l'heure n'intéressant jamais personne, et encore moins aujourd'hui, le discernement et le moyen terme vont être de plus en plus difficiles à trouver.Votre blog est parfait : les microbes sont partout, ils nous aident en tout, dans notre équilibre animal, dans la production de nos aliments et pour leur sauvegarde, ils nous rendent malades aussi... Un beau sujet transversal et transdisciplinaire du thème "science et société", mais on en connaît l'issue fatale : ils nous digérerons aussi!Bonne lecture, bon passage à l'année prochaine, et n'oubliez pas le champagne... sans eau nitratée !

I. Berkes 28/12/2008 09:34

La référence de l'article cité est:Marian Apfelbaum, La Recherche 339 (févr. 2001) 31-34

UGN 06/09/2006 23:33

Louis, il parait que c'est toi qui a emprunté le "La Recherche" !