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Le blog des Bactéries et de l'Evolution

La chaleur humaine n'est pas qu'une métaphore

6 Janvier 2009 , Rédigé par Benjamin Publié dans #Divers Sciences

Dans ce vieux billet sur le café (la boisson, pas le c@fé), il était question de son effet sur notre cerveau, en particulier comment la caféine nous rendait plus perméable aux opinions extérieures. Rappelez-vous: dans leur démarche expérimentale, les chercheurs avaient pris une précaution particulière: la caféine n'était pas administrée sous forme de café, mais dissoute dans une boisson orange; non caféinée, cette même boisson constituait un "témoin négatif", une référence pour évaluer l'effet de la seule caféine. En effet, il importait que les boissons caféinée et non caféinée soient les moins différentes possibles. Par rapport au verre d'eau, le petit café chaud et odorant véhicule nombre d'informations dans lesquelles la caféine ne joue aucun rôle, et qui auraient pu fausser les résultats de l'expérience. Pour ma part, j'imaginais que ces informations étaient différentes pour chacun, selon sa culture, ses habitudes, voire son état de manque. Bien sûr, j'avais tort. Il semble que la tasse de café nous influence  sans que nous ayons besoin de la boire, et ce à travers un signal tout à fait ordinaire: la température. C'est du moins la conclusion de cet article publié dans Science en octobre 2008 par Lawrence Williams et John Bargh.


Les auteurs se sont intéressés à la perception sociale, particulièrement à la perception de la "chaleur psychologique" que l'on pourrait aussi qualifier "d'humaine", qui semble primer sur la compétence dans la première impression que nous faisons à nos semblables. Là où ils se démarquent de nombreux autres psychologues, c'est qu'ils s'intéressent à son lien avec la chaleur physique, avec d'autres raisons que la simple analogie. La chaleur (physique) est synonyme de sécurité: Harry Harlow a conduit une expérience célèbre, dans laquelle il proposait à un bébé singe deux "mamans" de substitution, un mannequin de fil de fer comportant un biberon, ou un mannequin couvert de tissu éponge et chauffé de l'intérieur. L'infortuné petit sujet choisit de préférence la seconde, la chaleur avant la nourriture, alors que dans les conditions de l'expérience, la chaleur ne lui est pas indispensable. Je ne trouve pas cette expérience très concluante, les deux "mamans" n'ayant pas du tout le même aspect, mais les auteurs l'utilisent pour rapprocher les deux concepts de chaleur, physique et psychologique. Je sais que ça paraît fumeux, que ça ressemble à de la psychologie de bazar, mais il semble qu'il y ait des raisons au niveau neurologique: les deux types d'information seraient ainsi traitées par la même région du cerveau, le cortex insulaire. La perception de chaleur physique modifie-t-elle pour autant notre perception de la chaleur psychologique?


Williams et Bargh ont donc conçu une expérience pour tester cette hypothèse. Ils ont recrutés une quarantaine de cobayes (encore une fois, des étudiants) pour remplir un questionnaire; ces sujets étaient accueillis dans le hall du bâtiment par une collaboratrice, ignorante de l'hypothèse testée. Sous un prétexte fallacieux, cette complice collaboratrice confiait un instant sa tasse de café, soit chaud, soit froid, au sujet qu'elle accompagnait dans l'ascenseur. Les cobayes ont par la suite eu à caractériser un individu imaginaire qui leur était décrit dans un questionnaire, en positionnant dix traits de caractère sur une échelle graduée. Comme vous vous en doutez, la moitié de ces traits étaient liés à la chaleur (humaine). Les cobayes ayant tenu une tasse de café chaud ont perçu cette personne hypothétique comme significativement plus "chaleureuse", généreuse, attentionnée, que les cobayes ayant tenu un café froid.


Alors, faut-il introduire la technique de "la tasse bien chaude dans la main de votre interlocuteur" chez les consultants en ressources humaines? Pas encore! D'abord, le bénéfice semble bien maigre: notre individu hypothétique a gagné à peu près un demi-point de "chaleur humaine" sur une echelle qui en compte sept. Ensuite, ce résultat n'est pas décisif: la collaboratrice pouvait elle-même pouvait être influencée par sa propre tasse et paraître plus ou moins chaleureuse, le café chaud peut émettre des substances volatiles et non le café froid... On peut imaginer toutes sortes d'explications à l'issue de cette première expérience qui n'impliquent pas l'effet direct de la chaleur sur les sujets testés.


Nos chercheurs ont donc réalisé une seconde expérience. Pour isoler l'effet de la température, ils ont demandé à d'autres cobayes de tester un "pad thérapeutique", un objet à tenir dans leurs mains et qui se trouvait être soit chaud, soit froid. En guise de récompense, les particpants se sont vu proposer deux types de récompense: l'une pour eux-mêmes, l'autre consistant en un chèque-cadeau, qui peut donc être offerte à un ami. Les individus ayant "testé" le pad froid ont choisi la récompense potentiellement altruiste dans 25% des cas. En revanche, cette proportion se monte à 54% après le test du pad chaud! Bien sûr, tout ceux qui choisissent le bon d'achat n'ont pas nécessairement l'intention de l'offrir, mais si l'on admet que le nombre de cobayes qui avaient effectivement des intentions généreuses est proportionnel au nombre de cobayes ayant choisi ce type de récompense, alors il faut conclure que le conditionnement par la chaleur physique favorise les comportements généreux.


En conclusion, la stimulus que représente la chaleur physique modifie à notre insu notre comportement social et la manière dont nous percevons les autres. Plus important peut-être, cet effet peut être visible dans des situations quotidiennes, comme celle mise en scène dans la première expérience. "Warm hands, warm hearts", comme s'intitule le commentaire de l'article; sans même mentionner les possibilités de manipulation, voilà qui vient relativiser notre objectivité: les molécules qui s'agitent plus ou moins à la surface de nos mains peuvent influencer notre jugement sur nos semblables!




source: une coupure de presse affichée... près de la machine à café de l'étage.

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ira 06/01/2009 21:15

B., I don't see how the experiment tests the actual physical effect of a warm object.  Surely, if an average person views a warm coffee or pad as having greater social + psychological value, he/she will be disheartened upon receiving a cold coffee or pad.   I think that the psychologists should have chosen objects whose psychological worth does not usually depend on their temperature.  In such a case, one could more likely CONCLURE that it is the real physical temperature of the object that is causing the change in emotional behavior.(of course, I never liked psychology classes in school, in fact I failed one course.  None of the professors' psychological models ever seemed to much match my own temperament + decisional algorithms) 

manu 06/01/2009 16:14

nous sommes des machines, rien que des machines !! :) :)Manu

Benjamin 06/01/2009 12:08

je ne vois pas de quoi tu parles ;-)

Enro 06/01/2009 11:59

Chassons les mauvais anglicismes ;-)"concluante", pas "conclusive"