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Le blog des Bactéries et de l'Evolution

Me, my blog, myself and I

25 Novembre 2008 , Rédigé par Benjamin Publié dans #Bacterioblog

A quoi bon avoir un blog si on n'y parle pas un peu de soi-même? Voici in extenso une interview donnée à Over-Blog pour des raisons assez obscures. L'exercice s'est avéré assez (com)plaisant, et ce qui en est sorti peut présenter quelque intérêt: c'était une occasion d'attirer l'attention sur les blogs de science en général et le C@fé des sciences en particulier, d'exposer mes motivations et mon point de vue sur le blog. Je sais ce que vous pensez: je vous recopie le texte ici, comme ça je n'aurais pas à tout réécrire de manière différente. Je suis donc paresseux, ou égocentrique, ou les deux. Mais pas seulement: c'est aussi l'occasion de prendre du recul par rapport à la pratique des blogs de science, d'analyser ce qui se trouve derrière les questions et les réponses. Je vous laisse donc mes réflexions en vert, tout en résistant à la tentation de changer mes réponses.


Bonjour Benjamin,

1/ À première vue, on pense que vous êtes un scientifique qui s’exprime sur la toile. Parlez-nous de vous en quelques phrases…

Il y a un peu de ça : je suis en fin de thèse de sciences, c’est-à-dire qu'après des études bien trop longues, je gagne maintenant ma vie en faisant de la recherche scientifique, ce qui fait de moi un (jeune) chercheur. Depuis déjà quelques années, j'enseigne aussi un petit peu dans le supérieur.

Je pèche sans doute par ogueil,mais pour moi un thésard est un chercheur, même s'il a une carte d'étudiant. J'ai bien regardé autour de moi, et je n'ai pas vu en quoi le travail que l'on fait en thèse (ou le gagne-pain) change une fois que l'on a son doctorat en poche.


2/ Vous parlez de bactéries, de sciences, de recherche, d’évolution… Ce sont des sujets sérieux et pourtant vous les traitez toujours avec une pointe d’humour. Pourquoi ?

On arrive à quelque chose d'intéressant, une remarque qui émerge chaque fois que l'on parle de blogs de science: la science, ça doit être sérieux. Cliché certes compréhensible, la science c'est un truc de premier de la classe, qui contraste non seulement avec ma perception, mais aussi avec ce que je vois du monde de la recherche: beaucoup de chercheurs ne se prennent pas au sérieux, essaient de s'amuser avec leur sujet et en parlent couramment sur un ton léger. Attention, il existe des scientifiques pour qui la science doit être sérieuse (ce qui confère quelque vérité au cliché susmentionné): peu de temps avant, j'avais entendu un vieux chercheur (prototype du vieux c...hercheur) ressasser que la "vraie" science, ce n'était pas pour s'amuser, que c'était sérieux, qu'il n'y avait pas dix "vrais" scientifiques dans le monde (mais il avait une bonne opinion de lui quand même)... sur le coup, j'ai fulminé, bien sûr, et le deuxième paragraphe lui est dédicacé.

Il doit y avoir deux raisons au ton plutôt léger que j'adopte, peut-être d'une part ma propension naturelle à la dérision, et surtout mon histoire personnelle : je traite de ces sujets parce qu'ils m'ont étonné, amusé, passionné… En un mot, dans ces domaines, je prenais du plaisir à apprendre, un plaisir qui ne se communique pas si le texte n’est pas un tant soit peu vivant. Enfin, lorsqu’un blog est ennuyeux à la lecture comme à l’écriture, il est peut-être temps d’arrêter…

Mais j'y pense, pourquoi ces sujets devraient-ils être sérieux? À mon avis, les quelques scientifiques pour qui la science doit toujours être grave, sérieuse, compliquée, la rendent tout bonnement inabordable et entretiennent ce cliché selon lequel la science a quelque chose d’idéal, d’inhumain. De mon point de vue, ce n’est « que » de la science, faite et racontée par des hommes (et des femmes) et non de la religion ! Il n’y a donc aucun blasphème à traiter le sujet un peu légèrement.


3/ Un blog qui parle des bactéries, ce n’est pas banal… Pourquoi avoir fait un blog de vos réflexions ?

C'est sûr que les bactéries ça change des chatons, des photos de vacances et d'Obama...

Bizarrement, j'ai créé ce blog alors que je finissais à regrets un cycle d'enseignement qui s'était révélé très enrichissant. On peut dire que pour compenser ce manque à venir, j'ai cherché à transmettre d'une autre façon, et le blog est un format qui s’y prête bien.

Véridique, peut-être même que mes anciennes victimes lisent ces lignes! Il y a aussi une autre raison: à la même époque, je me suis scandalisé de toutes les bêtises qui se racontaient sur la toile. Alors, je me suis dit: "et pourquoi ne pas raconter mes bêtises à moi?"

Le choix des bactéries n'est pas mystérieux, puisque la bactériologie est ma discipline de prédilection. Mais elle n'est pas si mal choisie : on ne s'en rend pas compte à l'oeil nu, mais les bactéries se cachent derrière de nombreux phénomènes.  Par exemple, les bactéries font fonctionner la biosphère, elles expliquent la prétendue toxicité des nitrates, elles peuvent être à l'origine de terribles maladies comme nous rendre d’inestimables services... elles sont même plus nombreuses dans notre propre corps que nos cellules! Pourtant, l’importance des bactéries est souvent jugée à l’aune de leur taille : insignifiante. Lorsque ce blog parle des bactéries, ce qui effectivement n'est pas banal, c’est donc une très petite tentative pour rétablir l’équilibre.


4/ En lisant votre blog, on apprend beaucoup de choses et de façon très variée. Comment choisissez-vous vos sujets d’articles ?

Les sujets que je traite sont avant tout des sujets qui m'intéressent (voire, parfois, qui n'intéressent que moi...). Un blog, c'est toujours un peu égocentrique, non? Parfois, mes sujets sont dictés par l'actualité (les OGM, la politique de la recherche), par la publication de travaux scientifiques, parfois même par la discussion qui naît dans les commentaires. Le plus souvent, je cède à l’inspiration du moment ou j'utilise une idée que j'avais mise de côté depuis longtemps. Ce n'est pas une méthode que je conseille, j'ai un tas d'une centaine de brouillons dont je ne viendrai jamais à bout et qui continue de grossir.

Véridique aussi. J'ai oublié de mentionner l'importante part du hasard dans le choix des sujets, et aussi qu'ils n'étaient probablement plus les mêmes qu'au début (moins d'évolution, par exemple, et c'est triste). Comme les motivations, les sujets abordés évoluent avec le temps: l'auteur du blog prend en compte ce qu'il a déjà écrit, son lectorat, il peut attendre autre chose de son blog (formaliser ses propres réflexions, vulgariser ses connaissances, rechercher l'échange ou même la polémique... ou encore "s'exercer à la curiosité").

Je regrette beaucoup que les études scientifiques tendent à à faire de nous des super-spécialistes d'un seul champ de connaissances, dédaigneux de tous les autres. D'une certaine manière, ce blog est aussi un moyen pour moi de m'exercer à la curiosité, à l'ouverture d'esprit. Comme ça représente tout de même beaucoup de travail, j'espère que ça fonctionne!

5/ A votre avis, qui sont vos lecteurs ? Monsieur tout-le-monde ou d’autres passionnés de sciences ?

Le plus grand mystère de tous: mais qui est-ce que ce blog intéresse? je l'ai déduit des liens entrants, du contenu des commentaires et des requêtes google menant ici, mais c'est à vous de me le dire... Il y a aussi un point qui me tarabuste: le nombre de commentaires sur ce blog est assez peu important (même compte tenu d'un nombre de visiteurs qui n'est pas pléthorique).

Il me semble que mon lectorat régulier est composé de scientifiques, ou plutôt d'amateurs de science : enseignants, chercheurs, et surtout étudiants (ou anciens étudiants) du supérieur. Ensuite, il y a ceux que j'appellerais les « internautes », qui ont suivi un lien qui a pu les intriguer, qui sont attirés par le caractère insolite de certains billets, par exemple. Enfin, si j'en crois les requêtes google qui mènent à ce blog, beaucoup de lecteurs viennent chercher la réponse à une question bien précise (combien mesure une bactérie ? qui a découvert le premier vaccin ?), soit pour eux-mêmes, soit pour les besoins d'un exposé scolaire, je suppose... Dans l'ensemble, les « bacterionautes » sont donc  très diversifiés, mais ils ont un point commun : la curiosité.

6/ Votre article sur Einstein et les abeilles a suscité des réactions intéressantes auprès de vos lecteurs. Vous en avez même écrit un deuxième à ce sujet. Pourquoi relancer le débat ?

Haaaa, Einstein et les abeilles, de loin mon plus gros succès! dire que je n'ai rien fait pour, c'est assez vexant! Bien malgré moi, il surfe sur la vague des polémiques dans le domaine de l'environnement. Tout ce qui m'intéressait, c'était qu'on ait mis une assertion assez improbable dans la bouche d'Einstein pour des motifs politiques, au sens large, et qu'elle se soit à ce point répandue dans la culture populaire.

En général, les articles les plus lus ne sont pas les plus approfondis, mais plutôt ceux où j'ai voulu raconter une histoire amusante, une anecdote, une expérience insolite... C'est pourquoi je ressens parfois le besoin d'y revenir, de passer une deuxième couche. Dans le cas de cette citation apocryphe d'Einstein, après l'article original (pour lequel je n'espérais pas tant d'audience), j'ai d'abord improvisé un petit concours de fausses citations de scientifiques, c'était plutôt rigolo. Des mois plus tard, je suis tombé sur un livre dont le bandeau reprenait la fameuse citation, l'attribuant à Einstein, alors que la quatrième de couverture précisait que c'était probablement à tort! Voilà qui m'a paru illustrer l'amalgame que l’on fait couramment entre l'importance d'une cause (la survie des abeilles) et les moyens qu'on se donne pour la défendre (de fausses citations), procédé que je signalais dans mon premier article, qui m'a valu des critiques assez sévères...


7/ J’ai remarqué que vous étiez membre du Café des Sciences qui réunit les meilleurs blogs scientifiques de la blogosphère francophone. Pouvez-vous nous en parler un peu plus ?

Bien vu! Puisque l'on parle des motivations des blogueurs, on peut citer "faire partie d'une communauté". C'est mon cas, je ne peux pas promettre que j'aurais continué à bloguer sans le c@fé.

La C@fé des sciences est né fin 2006, quand des blogueurs « de science », qui se connaissaient sans se connaître puisqu'ils se lisaient les uns les autres, ont décidé de se réunir en une petite communauté informelle. Concrètement, les articles publiés par tous les membres du C@fé sont aggrégés sur une même page web (http://www.cafe-sciences.org), accompagnés de quelques billets « inédits » écrits par des non-blogueurs, le tout couvrant des disciplines variées et volontiers mélangées : biologie, maths, physique, évolution, et même de la sociologie des sciences. Mais avant tout,  c'est la communauté des individus eux-mêmes qui est importante : nous correspondons intensivement, nous écrivons des billets à quatre mains ou plus, nous participons à des ateliers sur l'internet scientifique ou les blogs de science... Nous comptons maintenant une quinzaine de « C@fetiers », et avons même suscité quelques vocations de blogueurs!

8/ Avez-vous déjà pensé à faire un livre de vos articles et réflexions, à la façon du « livre des pourquoi » par exemple ?

Ci-dessous, "l'idée m'a déjà effleuré" = "j'en meurs d'envie", mais comme je l'ai écrit, si dans un monde parallèle je devais écrire un livre, si j'en étais capable, ce serait très différent de ce blog... certainement plus construit, plus académique dans la structure et le niveau de détail, mais avec le même ton.

L'idée m'a déjà effleuré, mais écrire un livre, c'est un projet ambitieux qui représente énormément de travail, et avec des contraintes qui n’ont plus rien à voir avec la souplesse d’un blog... De plus, je me vois mal compiler le contenu actuel de mon blog, je préfèrerais approfondir encore plus les sujets que j'y traite. Mais c'est promis, quand j'aurais du temps et du recul, je m'attellerai à mon projet de livre, « le monde merveilleux des bactéries », qui criera à la face ébahie du monde que les bactéries ne sont ni si insignifiantes, ni si nuisibles, ni si ennuyeuses qu'on ne le croit!

9/ Un mot pour la fin…

Coulrophobie. Parce que j'aime bien ce mot, il a une sonorité cocasse, j'en ai même fait un billet (http://bacterioblog.over-blog.com/article-16969915.html).

Plus sérieusement, je voudrais ajouter que le bacterioblog n’est qu’un blog de science parmi d’autres. Bien sûr, le c@fé des sciences (http://www.cafe-sciences.org) en rassemble un certain nombre, mais on peut également en visiter de très grande qualité, dont certains sont tout près de nous, sur Over-Blog. Je pourrais citer le blog de Claude Rivière (www.claude.over-blog.com) qui fait un gros travail de veille scientifique, celui d’Alexandre Moatti (www.maths-et-physique.net) ou « science pour tous » (www.science-for-everyone.over-blog.com) qui font de la vulgarisation à tous les niveaux, Iceblog (www.iceblog.over-blog.com) qui traite du changement climatique, et bien d’autres encore.

Merci beaucoup Benjamin, très bonne continuation pour votre blog et vos projets !
Merci!

Voilà, c'est tout. Si j'en crois les résultats de la chaîne "Why Blog?", les motivations des blogueurs (de science) sont multiples:

1) Travailler pour soi, utiliser le blog pour formaliser ses idées ou se forcer à la curiosité. C'est un peu ce que je fais à chaque analyse d'article (qui ne relève que très rarement de mon domaine), ou, dans mon jeune temps, lorsque je rédigeais de petits argumentaires sur l'évolution

2) Transmettre un savoir. Je n'ai pas la prétention de faire de la vulgarisation très propre, ce n'est pas mon métier, et chaque fois je m'adresse à un public différent. Néanmoins, transmettre quelque chose, c'est une préoccupation constante, que ce soit un élément de connaissance, s'attaquer à une idée reçue ou partager son étonnement devant une observation. Après tout, ce blog trouve son origine dans l'enseignement.

3) Créer sa "niche" (au sens écologique) sur le web: intégrer une communauté, acquérir un statut auprès des lecteurs. Comme je l'ai déjà dit plus haut, c'est aussi mon cas, en particulier avec le c@fé des sciences. De plus, il faut reconnaître que l'intérêt des blogs réside dans l'interaction active avec le lecteur, notamment grâce aux commentaires. C'est une des raisons d'être du bacterioquizz.

4) Le plaisir, évidemment, qui diffuse dans tous ces aspects. Je doute qu'il existe un seul blogueur de science qui fasse cela sous la contrainte.

5) L'agent et les femmes (voir 4))

En somme, les raisons pour lesquelles je blogue n'ont rien de très original. Ce qui change d'un blogueur à l'autre, ce sont les proportions qu'elles prennent, et leur évolution au cours du temps, dans laquelle les lecteurs jouent un grand rôle.

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jean-claude 08/12/2008 19:47

il n'est peut-être pas suprenant que peu de lecteurs fassent part de leurs commentaires sur bactérioblog, car, en général, on finit toujours par être d'accord avec l'auteur avant même la fin de l'article, tellement ses analyses sont pertinentes...en tout cas pour moi !!! 

tim 05/12/2008 18:25

manque de commentaires ?peut-être parece que de plus en plus de gens utilisent un agrégateur de blogs et ne font que lire les billets sans prendre la peine d'ouvrir un autre onglet et de répondre (et encore moins de lire la réponse de l'auteur...)mais par ailleurs, être sur Over-Blog devrait diminuer cet effet puisque das Google Reader par ex, on ne voit que le début du billetou bien c'est pire et les lecteurs zappent d'autant plus facilement sans même voir le reste du billet