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Le blog des Bactéries et de l'Evolution

Salaires des chercheurs: vers une revalorisation des maîtres de conférences

10 Octobre 2008 , Rédigé par Benjamin Publié dans #Le monde de la recherche

Commençons par un petit rappel: dans un billet antérieur qui attire toujours nombre d'internautes, je me félicitais de la revalorisation du salaire (et du statut) des doctorants. Ainsi, deux augmentations successives ont porté la rémunération brute mensuelle d'un doctorant moniteur à 1985 euros (contre 1658 euros bruts pour les non-moniteurs). Bien que souhaitable, cette augmentation posait néanmoins le problème de la progression dans les carrières universitaires; en effet, le salaire mensuel brut d'un maître de conférence est de 2069 euros.

Pour mémoire, un maître de conférences est un enseignant chercheur recruté par l'université, dans laquelle enseignement et recherche sont pratiquement indissociables. Un moniteur est un doctorant qui assure des enseignements à l'université (le tiers du service annuel d'un maître de conf' pendant 3 ans), ce qui lui vaut un prime mensuelle; il s'agit donc d'un apprenti enseignant-chercheur. Je vous renvoie à deux billets antérieur pour tout ce qui concerne le cursus des chercheurs, avant et après le doctorat. Vous y constaterez que le chemin pour devenir maître de conf' n'est pas couvert de pétales de roses, et encore, je suis resté positif, je n'ai pas évoqué la récurrence des "pistons" dans le recrutement (sauf peut-être une fois).

Je délire peut-être, mais il me semble que lorsqu'on a plus d'expérience, plus de responsabilités, plus d'heures d'enseignement et pas moins de recherche, quand éventuellement on est passé par un ou deux post-docs avant d'être recruté dans une université, ça mérite mieux qu'un salaire de thésard plus quelques dizaines d'euros. Heureusement, il semble que notre ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche (sans doute une bacterionaute assidue!) ait une mesure dans les cartons, qu'elle a dévoilée dans un entretien au Monde (merci à Stan pour l'information!).

En substance, l'astuce consiste à inclure la thèse dans le calcul d'ancienneté; elle comptera désormais pour deux ans d'expérience professionnelle, et ce quel que soit le temps qu'on y a passé, ce qui d'après moi évitera de trop grandes disparités entre les disciplines. En effet, un mathématicien pourra boucler une thèse en deux ou trois ans, un biologiste ne trois ou quatre, et un sociologue peut passer 8 ans sur sa thèse en même temps qu'il enseigne en lycée. De plus, "toute expérience scientifique ou pédagogique", ce qui concerne donc les post-docs. Si avec un esprit bassement matérialiste on prend nos petites calculettes, à partir de septembre 2009, un maître de conf' fraîchement recruté, focément titulaire d'un doctorat, se verra verser un salaire brut minimum de 2329 euros. D'après Mme Pécresse, "cette mesure a trois vertus: elle reconnaît au doctorat une valeur d'expérience professionnelle, elle augmente l'attractivité des carrières à l'université et enfin elle harmonise la situation des universitaires et des chercheurs".

Au passage, qu'il me soit permis de corriger une petite dérive très fréquente: on peut lire dans l'article que "beaucoup de jeunes doctorants poursuivent leurs études après leur thèse et sont recrutés par les universités en contrat à durée déterminée pour un ou deux ans, avant d'obtenir un poste de maître de conférences." Je suppose que la journaliste parle ici des postes d'ATER ou des post-docs, mais dans tous les cas, ces postes temporaires après la thèse ne sont plus des études, c'est un travail! C'est d'ailleurs le même travail que lorsque la personne est titulaire! Passe encore pour les doctorants, qui sont inscrits à la fac, mais si un chercheur se présente à vous comme "Bac+14" en comptant ses années de post-doc, riez-lui au nez ou demandez-lui quels cours il a suivi.

Pour en revenir à la réforme prévue, il faut lui ajouter une quatrième vertu: elle se plaque sur le système actuel, sans prévoir de changements du nombre de postes ou de réforme du système de recrutement (peut-être prévue par ailleurs). Elle ne change pas les obligations des maîtres de conférences, ni la manière dont ils sont évalués. En effet, ces enseignants chercheurs sont tenus d'assurer des enseignements qui empiètent forcément sur leur activité de recherche; pourquoi pas, si ce n'est que leur évaluation ne porte que sur cette dernière!

Ce point m'amène au deuxième volet de la réforme, à savoir la création d'un statut privilégié pour "jeunes chercheurs prometteurs", équivalent au statut des maîtres de conférences mais avec une charge d'enseignement divisée par trois. Cette "chaire université/organisme de recherche", valable pour 5 ans et renouvelable une fois, s'accompagne d'une dotation de recherche et d'une prime salariale; 130 de ces postes seront proposés chaque année... "proposés" et non pas créés, ces postes censés rapprocher université et instituts devront bien être pris quelque part...


Voilà donc un billet assez éloigné des hautes sphères de la science, plutôt orienté vers l'actualité, mais que je me devais d'écrire. En effet, le projet de réforme dont il est question ici répond précisément aux attentes que j'avais formulées précédemment, et ne sera pas sans impact sur le monde de la recherche... mais un impact positif ou négatif? S'il participe à la revalorisation du métier de chercheur, il peut aussi  susciter des jalousies, mécontenter ceux qui attendent impatiemment des créations de postes, ou pourquoi pas opposer universités et instituts, les deux composantes de notre bon vieux "système français"... A suivre!

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bardamu 31/03/2010 22:49



pendant que vous calculer votre revalorisation de salaire au chaud dans le labo de votre these, nous on fait progresser la science et on se tape des grant ERC et j'en passe...


clairement pas le meme boulot



mixlamalice 18/11/2009 15:10


Ca prend du temps, et au niveau de l'avancement de la recherche, ça peut retarder la publication des "Science".

En fait, c'était de l'humour, pour le fond de ma pensée, voir le commentaire de Benjamin.
Tant que des CR seront persuadés qu'ils ont le plus gros cerveau du monde et que les MdC ne sont que des tâches, la situation ne risque pas de s'améliorer...


AubeMort 17/11/2009 23:13


@mixlamalice

c'est quoi le problème avec les cours de L1 ?


Benjamin 17/11/2009 22:21


ça alors! je ne pensais pas que le délabrement avancé du CNRS et ses niveaux de salaire ridicules autorisaient une telle arrogance, déplacée en plus! 

Rassurez-moi : c'était bien du second degré? 


mixlamalice 17/11/2009 19:21


Ben si, ils font un peu le même boulot, justement... Sauf que vous vous tapez pas les cours de L1.