Vendredi 18 avril 2008 5 18 /04 /Avr /2008 14:00
Ce billet est né d'une brève discussion sur le blog de Timothée au sujet des OGM Roundup-Ready. Comme nous étions un peu hors-sujet et que ça menaçait de devenir long, je commence ici une première ébauche de tentative de synthèse sur la question.

La majorité des OGM cultivés aujourd'hui sont des plantes résistantes à un herbicide, dont les OGM dits "Roundup-Ready" (RR), commercialisés par... Monsanto, bien sûr! Le Roundup, c'est le nom commercial d'un herbicide total qui a fait la fortune de la célèbre firme d'agrochimie: le
glyphosate. Cette molécule s'attaque à tous les végétaux, sauf ceux qui disposent du bon gène de résistance (codant pour une enzyme modifiée) que l'on peut introduire dans n'importe quelle plante. Le mode d'emploi est simple: sur une culture de ces OGM résistants, on pulvérise du Roundup qui éliminera toutes les mauvaises herbes, mais sans toucher à la plante cultivée (ni à l'os de Rex). Ces OGM constituaient pour Monsanto une parade à l'expiration de son brevet sur le glyphosate: la molécule est certes tombée dans le domaine public, mais ceux qui voudraient bénéficier des OGM "Roundup Ready" sont censés utiliser le Roundup commercial de Monsanto...

Glyphosate

Deux arguments spécifiques aux OGM RR reviennent fréquemment:
-Monsanto fabrique des OGM pour vendre ses herbicides et non pour nourrir le monde (Satan! sors de cette entreprise!)
-ces mêmes OGM encouragent par définition l'utilisation d'un herbicide supplémentaire dont la planète se passerait bien.

Je me permettrais de balayer le premier argument d'un revers de la main aussi désinvolte qu'esthétique. Au risque d'arracher MMR et consorts à leur douce rêverie, le but d'une entreprise est de gagner de l'argent. Nokia ne vend pas des téléphones portables pour relier les gens entre eux ("connecting people"), mais pour faire des bénéfices. Les fabricants de machines à café ne vendent que des capsules compatibles avec leur machines. Votre boulanger du coin ne fait pas du pain pour que vous le mangiez, mais pour vous le vendre. Que Monsanto prétende nourrir la planète avec ses OGM, c'est un mensonge (du marketing? de la com'?) qui n'engage que ceux qui y croient (et probablement pas leurs clients). Monsanto est un semencier, pas une ONG, qui peut exploiter ses brevets jusqu'au trognon si ça lui chante; après tout, le client n'achètera ses produits que s'il y trouve son compte.

Le deuxième argument m'intéresse plus, dans la mesure ou il reste dans la sphère du factuel: l'utilisation des OGM Roundup Ready serait nocive pour l'environnement, du fait de l'utilisation accrue de pesticides. Les plantes "ordinaires" que l'on cultive sont traitées avec plusieurs herbicides, dirigés contre les crucifères, les graminées, que sais-je encore, à des moments bien précis. Le Roundup, lui, a une propriété cruciale: c'est un herbicide total. On peut donc l'utiliser à la place de plusieurs autres herbicides. Quand on lit ces propos rapportés chez Marie-Monique Robin, "Avant l’arrivée du soja RR, l’Argentine consommait une moyenne annuelle d’un million de litres de glyphosate, renchérit Walter Pengue. En 2005, nous sommes passés à 150 millions de litres !", on se dit que bien sûr, les agriculteurs n'allaient tout de même pas épandre du Roundup sur des cultures sensibles, et on se demande quels autres herbicides sont remplacés par les 150 millions de litres de glyphosate.

Pour résumer, ce type d'OGM encourage l'emploi de pesticide, tout en rendant d'autres pesticides superflus. Ceci pose une question simple: la Terre est-elle plus heureuse avec ces OGM "Roundup Ready" arrosés de glyphosate seulement, ou avec des cultures conventionnelles traitées par plusieurs herbicides? Quel est le bilan global, écologie et pourquoi pas économique, de l'utilisation de ces OGM?

J'ai donc fait un petit tour rapide de la littérature scientifique (dont en général seuls les résumés me furent accessibles). Pour commencer, cet
article nous apprend que l'adoption des OGM RR, malgré le prix plus élevé des semences, a permis aux agriculteurs des USA d'économiser 1,2 milliards de dollars (!), notamment sur le labour et les autres herbicides, la consommation totales d'herbicides ayant elle diminué de 16 000 tonnes. Problème: l'auteur de cet article est indirectement financé par des industriels de l'agrochimie, ce qui ne me pose pas problème en soi, mais qui ne convient pas à un débat objectif. Dans une étude française publiée en 2007 par une scientifique de l'INRA (soit de la recherche publique), centrée sur le soja et résumée ici, l'auteur expose les conclusions suivantes: la culture de soja RR a permis dans un premier temps de réduire la consommation d'herbicides, consommation qui a ensuite augmenté de nouveau pour dépasser les niveaux de 1996... mais parce que le glyphosate est beaucoup moins polluant que d'autres herbicides, le bilan écologique (relatif à l'emploi de pesticides) de ces OGM est encore positif. En effet, par rapport aux autres pesticides, le glyphosate est réputé très peu toxique pour les animaux, s'accumule peu dans le sols et dans les eaux, même si son effet sur les microbes du sol reste encore mal connu. C'est aussi la conclusion de cette étude belge publiée en 2007, qui affirme que la culture de maïs RR a un impact environnemental plutôt positif, sans effet détecté sur la biodversité, mais que ce bénéfice peut disparaître si l'on utilise à nouveaux des herbicides conventionnels.

Actuellement, le principal problème posé par les OGM RR est probablement l'apparition et la propagation des résistances au glyphosate, victime de son succès. Heureusement, dans le pire des cas, si toutes les mauvaises herbes deviennent résistantes au glyphosate, il reste toute la précédente panoplie d'herbicides que l'on peut réutiliser à l'occasion. Dans ce cas de figure, si l'on revenait aux pratiques antérieures, les OGM RR auraient donc permis d'utiliser moins de ces pesticides pendant dix ans. Dans le futur, les agriculteurs qui voudront continuer d'utiliser cet OGM devront réflechir à épandre des herbicides sélectifs de temps en temps, à réintroduire la pratique du labour, etc. Le jojusqu'au jour où les OGM RR ne seront plus rentables pour les producteurs et disparaîtront du marché. Bien sûr, on peut toujours appeler de ses voeux une agriculture qui ne ferait appel à aucun pesticide, mais là n'est pas le sujet lorsque l'on fait le bilan de l'utilisation des OGM RR. Si les OGM RR n'avaient pas existé, les agriculteurs qui les utilisent aujourd'hui ne seraient pas passés du jour au lendemain à une agriculture sans aucun herbicide; ils auraient continué d'en utiliser plusieurs, et de plus toxiques!

En conclusion, il semble que les OGM RR ont un effet positif sur l'environnement*, au moins transitoirement, en modifiant la quantité et la qualité des herbicides épandus sur les cultures.
Aujourd'hui, prétendre que les OGM RR ont occasionné un surplus de pollution en encourageant l'usage de pesticides me paraît audacieux. L'exemple argentin qui intervient dans nombre d'argumentaires anti-OGM montre les dérives réelles associées à l'usage extensif de soja RR, mais j'aimerais souligner deux points essentiels: premièrement, ces dérives me paraissent au moins aussi spécifiques de la monoculture du soja à grande échelle que de l'utilisation d'un OGM en particulier; deuxièmement, l'exemple argentin est d'abord l'histoire du succès du soja RR, avant que les dérives n'apparaissent (on peut lire sur la même page que le soja RR est maintenant une catastrophe, et qu'il a sauvé l'Argentine de la crise, rien de moins). C'est donc la preuve du potentiel environnemental et économique des OGM RR, même s'il reste d'autres raisons de s'opposer aux OGM en général, et même si à long terme on doit les utiliser avec parcimonie et après mûre reflexion**... tiens, un peu comme les antibiotiques!



*Pour sortir des OGM RR, d'après une revue de chercheurs suisses (ou encore celle-ci), l'utilisation des OGM en général n'aurait pas eu d'impact négatif sur l'environnement, voire peut-être un impact positif.

**Cette conclusion ne tient compte que des propriétés des OGM RR, et non du fait qu'il s'agit d'OGM tout court...  Disons qu'elle serait valable si l'on considérait des plantes résistantes au Roundup mais obtenues par sélection variétale et non par transgénèse.
Par Benjamin - Publié dans : Environnement
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Commentaires

Salut,
merci pour ce billet intéressant et assez convaincant. Cependant, histoire de te porter un peu la contradiction, je pense qu'il faut malgré tout  faire très attention :
- une publication, et une étude sur dix ans c'est bien peu pour conclure définitivement. L'exemple typique étant le fameux Quist et Chapela de Nature ... Nous-mêmes scientifiques ne devons pas laisser croire qu'une publication est la vérité révélée : c'est un état de la recherche scientifique au temps t, ni plus, ni moins, qui souvent doit être confirmée ou infirmée par d'autres publications. Il y a longtemps, j'avais écrit un mail courroucé à JM Pelt parce qu'il avait parlé d'une publication dans le Lancet "prouvant" que l'homéopathie marche : une publication ne suffit jamais.
- je suis toujours un peu dubitatif quand on parle d'études de toxicité. Comme tous les autres pesticides/herbicides, on ne pourra vraiment savoir que sur le très long terme. Et on a suffisamment d'exemples récents d'interaction complexes dans le vivant menant à des catastrophes sanitaires pour être prudent.


Sinon c'est assez intéressant qu'on parle d'OGM resistant aux herbicides, sais-tu s'il y a des études de toxicité concernant les OGM secrétant des pesticides (a priori beaucoup plus dangereux pour nous) ?

Commentaire n°1 posté par Tom Roud le 18/04/2008 à 15h51
Je sais bien qu'on n'a jamais assez de recul, d'où la profusion des tournures "il semble que"... Le but du billet était de tester l'affirmation "évidemment, les OGM RR polluent plus puisqu'ils incitent à l'utilisation de pesticides", pour montrer que ce n'est pas si simple. Certes, une publication n'est pas la vérité révélée, mais hors du champ de la recherche, l'étude des volumes d'herbicides utilisés montrent que les OGM RR permettent de polluer moins, même transitoirement, sans en tirer des vérités générales.

Quant à la toxicité faible du Roundup, elle est bien documentée depuis une trentaine d'années. Je veux bien qu'il y ait des conséquences cachées à long terme, mais pourquoi plus que pour d'autres herbicides qui ont en plus une toxicité aigue? attention à la mauvaise foi...

Enfin, les OGM qui produisent des pesticides (la toxine Bt en réalité) n'ont pas de toxicité clairement avérée pour l'homme ou les animaux. (attention aux a priori). C'est sur ce type d'OGM qu'ont eu lieu les travaux italien et anglais très contestés sur la méthodologie.
Commentaire n°2 posté par Benjamin le 18/04/2008 à 16h01
Je suis assez d'accord avec toi en fait; je ne savais pas pour les études de toxicité du round-up (et des autres pesticides).
Commentaire n°3 posté par Tom Roud le 18/04/2008 à 16h18
Salut,
au sujet de
 
Monsanto fabrique des OGM pour vendre ses herbicides
je me demandais si le brevet du glyphosate était encore valide. Je crois que non et que les bénéfices viennent essentiellement de semences.
 
Commentaire n°4 posté par oldcola le 18/04/2008 à 20h54
Pour répondre à oldcola et prolonger ton billet, la stratégie de Monsanto peut aussi être vue dans le contexte : après le regroupement raté en de grosses entreprises du vivant dans les années 1990 (pharma + agro façon Novartis, Zeneca...) la tendance a été de former des "pure players" 100% agros (pesticides + semences). Malheureusement, les synergies ne sont pas toujours au rendez-vous, les OGM résistants aux insectes empiétant sur les ventes d'insecticides, et ce avec une marge beaucoup plus faible. A l'inverse, Monsanto n'avait qu'un produit phare à défendre, en l'occurrence un herbicide : avec les plantes Roundup Ready, il n'y a plus aucun antagonisme et que des synergies. D'où une stratégie claire et rapidement atteinte... Cf. Tait et al., "Science and public policy", aout 2002.
Commentaire n°5 posté par Enro le 18/04/2008 à 22h08
Au fait, l'impact environnemental de la conception de ces OGM RR est-il pris en compte dans ces études ? Est-il négligeable devant les avantages apportés par leur utilisation ?
Commentaire n°6 posté par Julien Richard-Foy le 18/04/2008 à 23h19
Je viens de tomber là-dessus en ma baladant un peu : http://www.mindfully.org/Pesticide/Roundup-Glyphosate-Factsheet-Cox.htm Je n'ai pas eu le temps de lire en détails, mais ça m'a amené une question : dans ton billet, tu ne mesures que la quantité de pesticides utilisés pour évaluer l'impact sur l'environnement, mais ne faudrait-il pas prendre en compte également le fait que de nombreux organismes vivant dans les sols, grâce aux plantes, meurent puisque ces plantes sont détruites par l'herbicide de Monsanto ?
Commentaire n°7 posté par Julien Richard-Foy le 18/04/2008 à 23h42
Pour recadrer le débat : quel est le gain d'une culture utilisant intensivement des herbicides vs une culture sans ? (Données issues de la recherche si possible, sur un exemple).
Commentaire n°8 posté par Laurent GUERBY le 19/04/2008 à 00h08
En effet, par rapport aux autres pesticides, le glyphosate est réputé très peu toxique pour les animaux, s'accumule peu dans le sols et dans les eaux, même si son effet sur les microbes du sol reste encore mal connu.

Je ne me suis pas penchée sur le sujet depuis 2/3 ans mais j'en était restée au fait que le glyphosate (et surtout le roundup et le roundup ultra qui ne contiennent pas que du glyphosate et dont la toxicité serait au moins doublé par rapport au glyphosate seul) était finalement plus toxiques pour les animaux (et l'homme) qu'on le pensait (notamment en inhibant l'arn donc la transcription, ce qui n'est pas rien). Et restait dans les sols au moins 360 jours. Je crois me souvenir aussi que le produit de dégradation était finalement plus toxique et rémanent que le glyphosate d'origine (?).

Faire une petite recherche sur la situation sanitaire et environnementale des populations collombiennes vivant sous les fumigations au roundup ultra (fumigations mises en oeuvre par l'armée colombienne via le soutien des états-unis pour tenter de lutter contre les champs de coca, cf. Plan Colombie et son bilan desastreux).

De plus l'utilisation abusive de glyphosate favoriserait Fusarium oxysporum ce qui n'est pas du tout une bonne chose pour les cultures.

Bien sûr tout cela n'est pas nécessairement comparable avec l'utilisation dans un champs d'ogm RR ni comprabale avec d'autres herbicicdes de funeste mémoire et toujours présent. Mais c'est juste pour dire que ce n'est peut-être pas si "rose" que cela ;)

cf
http://www.i-sis.org.uk/GTARW.php
traduit ici http://www.organicagcentre.ca/Issues/pesticides_glyphosate_f.asp

http://www.indsp.org/A%20GM-Free%20Sustainable%20World.pdf
et http://www.wrm.org.uy/bulletinfr/97/Plantations.html#Arbres

Tu m'as donné envie de me replonger sur le sujet ceci dit.
Commentaire n°9 posté par Raffa le 19/04/2008 à 10h47
Doit-on limiter la discussion à la seule conséquence sanitaire du glyphosate ?

1- Je trouve que ton raisonnement ne prend appui que sur des considérations relatives à l'échelle de l'exploitation agricole et, qui plus est, appartenant au modèle de production extensif nord et sud-américain. Ces agriculteurs, aussi honnêtes qu'ils soient, sont des entrepreneurs dont "le but est de gagner de l'argent" comme tu le rappelles justement. Pour autant, cela justifie-t-il qu'il ne faille considérer que leur droit à produire ? L'émulation globale autour du sujet me laisse à penser que non...
Quand tu dis : " il semble que les OGM RR ont un effet positif sur l'environnement*, au moins transitoirement, en modifiant la quantité et la qualité des herbicides épandus sur les cultures ", tu limites ton bilan aux seuls impact du round-up sur l'écosystème environnant l'exploitation agricole. Toutes choses égales par ailleurs, cela est sans doute vrai. Mais en dehors du modèle scientifique, cela est faux. Introduire la technologie RR sur une exploiation agicole n'introduit pas qu'un changement dans la qualité et la quantité de produits phytosanitaires épandus. Le travail du sol change, les calendriers changent, les itinéraires techniques changent, etc. Si l'on refaisait le bilan en intégrant quelques unes de ces conséquences (pas si indirectes que ça), et pour des catégories d'exploitations agricoles dont tu ne fais pas mention, tu en tirerais sans doute la conclusion opposée.

2- " ces dérives me paraissent au moins aussi spécifiques de la monoculture du soja à grande échelle que de l'utilisation d'un OGM en particulier."
On ne peut pas nier que le boom du soja dans les pays sud-américains au cours des années 70 soit à l'origine du développement de ces nouveaux types de semences. Par contre, il est plus aventureux, 30 ans plus tard, d'affirmer la même chose. L'intégration de la production du soja RR par une (unique) firme conduit à rendre plus dépendants de nombreux agriculteurs. Nous changeons de paradigme. La résilience des systèmes de production en soja RR est très faible et l'on montre qu'ils se trouvent de plus en plus dans une situation de grande vulnérabilité économique.
Qu'advient-il des petits producteurs de soja RR (systèmes de production intensifs en main d'oeuvre) lorsqu'ils ne sont plus assez compétitifs face aux grands latifundiaires (systèmes de production capitalistes extensifs) ? Deux solutions courantes, par exemple : l'exile des paysans vers les bidonvilles, ou la reconversion dans les cultures illégales (M-M Robin, quant à elle, s'est surtout journalistiquement focalisée sur l'augmentation des suicides chez les producteurs en Inde).

Bref, on ne peut pas, selon moi, considérer le problème des OGM RR "toutes choses égales par ailleurs". Le caractère singulier de la production agricole doit amener nécéssairement à ouvrir le débat au delà du seul champ scientifique.
Il est ici question de nourriture, on ne mange heureusement pas des téléphones portables...

Pour plus d'infos récentes sur le sujet : Revue Tiers Monde n° 188, Octobre - décembre 2006 "BIOTECHNOLOGIES ET DÉVELOPPEMENT AGRICOLE"

Commentaire n°10 posté par Alfred le 20/04/2008 à 16h17
Heu ! J'hallucine un peu en lisant tout cet argumentaire socio-économique critiquant les cultures RR ; comme si les OGM les avaient inventés ! C'est complètement fou, cette mauvaise foi qui n'en finit donc jamais sur les OGM ... Sans parler de l'inévitable citation des suicides indiens, qui tirent leurs origines d'autres problèmes que les OGM Bt à la base ! Et c'est ça qui est révoltant, en chargeant les OGM de ces maux, on oublie tout simplement de les traiter à la base ... "Qu'importe si votre patient a une angine, ne vous en préoccupez pas, avez-vous pensez à le prémunir de la gastro avant toute chose ?"

Pour ta source
Commentaire n°11 posté par Fulmar le 20/04/2008 à 22h09
Je reviens tout juste de week end (pendant lequel j'ai défriché une pâture en grande partie à l'huile de coude, comme quoi je ne suis pas un fan du glyphosate!), je réponds donc en vitesse à mes commentaires en retard.

@Julien:
l'impact de la conception même de ces OGM RR est très probablement négligeable tout court.

Lorsque l'on utilise des OGM RR, il reste des plantes dans le champ après application de l'herbicide (ce sont même les plantes majoritaires), de quoi assurer la subsistance de quelques organismes du sol. Je ne vois pas quels organismes pourraient dépendre de quelques mauvaises herbes... dont on cherche à se débarrasser de toutes façons! Le propos de ce billet, c'est que quitte à s'en débarrasser, pourquoi pas avec du glyphosate...

@Laurent
Bonne question, qui rappelle à propos que lorsqu'on parle des OGM, on parle de l'agriculture tout court, et de la toxicité des aliments tout court. En l'occurrence, la question posée est : à quoi servent les herbicides? Je chercherai des données bien chiffrées, mais le gain économique lié à l'utilisation des herbicides est certain.

@Raffa
Exact, le glyphosate n'est pas non plus anodin (surtout quand on vit les pieds dedans ou qu'on le pulvérise d'un avion), mais il semble "moins pire" que les autres herbicides. Il est même possible qu'il s'évère extrêmement toxique à long terme ou dans certaines conditions, mais en l'état actuel des connaissances, le bilan semble positif.

@Alfred
Puisque vous mentionnez les pratiques agricoles dans leur ensemble, il se trouve que l'emploi du glyphosate permet de se passer de labour jusqu'à un certain point, ce qui limite l'érosion des sols. C'est donc une autre conséquence écologique bénéfique à mettre sur le compte du glyphosate, comme quoi on n'arrive pas toujours à des conclusions opposées...

Il me semble que Monsanto a renoncé à son brevet sur le soja RR en Argentine, et ce dès le départ; je ne vois donc pas très bien comment les paysans deviendraient dépendant de cette firme! Et le fait que les petits producteurs soient absorbés par les gros est un phénomène qui doit dater du XVIème siècle et des premières plantations, des premières cultures économiques étendues à l'échelle d'un pays. Je rejoins Fulmar sur ce point: les OGM n'ont pas inventé ces problèmes.

Commentaire n°12 posté par Benjamin le 20/04/2008 à 23h45
A propos de la toxicité du glyphosate : il est important de bien distinguer la toxicité de la molécule glyphosate de celle de l'ensemble du produit commercial (molécules actives + adjuvants qui servent à améliorer l'efficacité).

En pratique, quand vous (ou un agriculteur) achetez un produit phytosanitaire, il existe des indications de risque sur l'étiquette sous forme de pictogrammes (les Xi, Xn, têtes de mort, nocif pour l'environnement...) et de phrases de risque. Un produit commercial contenant du glyphosate pourra être classé différemment selon les différentes formulations, d'après le dossier d'homologation qui est établi sur le produit complet et non pas sur la molécule seule. C'est pour moi un signe que les adjuvants peuvent être plus toxiques que le glyphosate seul.

Je me rappelle qu'un chercheur de Roscoff avait testé sur les oursins non pas le glyphosate seul mais un produit commercial, et montré des dérèglements des mécanismes de contrôle des divisions dans l'embryon de la bestiole.

De plus, j'ai vu passer des DL50 du glyphosate supérieures à celle du NaCl (à vérifier toutefois). Mais comme le premier ne va pas sans sa soupe...
Commentaire n°13 posté par mich le 21/04/2008 à 11h51
à Benjamin :

La proposition : [l'emploi du glyphosate en se passant de labour jusqu'à un certain point limite l'érosion des sols => conséquence écologique bénéfique] ne peut pas être vraie.

Le labour n'a de sens que s'il existe quelque chose à enfouir. Cette technique permet à l'origine d'enterrer les jeunes  adventices avant les semis ; 2 effets : retour de la matière organique dans le sol par pourrissement, tout en se débarrassant des plantes concurrentes avant semis.
Prenons maintenant un exemple classique du modèle extensif amérciain : sur une terre caractérisée par sa fertilité (par exemple récemment défrichée), la mise en culture en soja transgénique implique sa monoculture extensive. Il est possible grâce à l'avancée technologique OGM de pouvoir faire 2 récoltes sur année.
La fertilité des sols est suffisante pour ne pas à avoir à ajouter trop d'intrants lors des premières années. Entre les deux cultures de la même année, il n'est presque pas nécéssaire d'employer le desherbant total (on sème entre les sillons récoltés). Le desherbant n'est finalement uilisé qu'au début du nouveau cycle. Le soja replanté de l'année suivante, pousse donc sur un mulch d'herbes sechées. Que se passe-t-il en dessous ? Quel apport d'une année sur l'autre en matière organique dans le sol ? Pas grand chose.

Conséquence #1 - En quelques années, le sol se destructure (par disparition progressive de sa micro et macrofaune notamment). Le labour, s'il intervient comme tu le précises, n'enfouit donc que les quelques graminées qui auront resisté (courageusement) année après année à l'herbicide total ainsi que quelques autres plantes séchées. Aux USA, on observe déjà l'augmentation de la fréquence du labour dans le but de limiter l'expansion de ces adventices récalcitrantes. Cela rajoute une quantité de travail non négligeable en pré-période de pointe dans ces systèmes extensifs, et remet ainsi en question la rentabilité de l'utilisation de semences OGM censée faire "gagner du temps" dans ces phases-là.

Conséquence #2 - Si l'on tient compte en plus du décalage de calendrier permis par la culture du soja GM, ce sol fragilisé peut se retrouver très exposé en saison des pluies aux phénomènes d'érosion. Surtout si l'intervention du labour se fait dans cette seule fenêtre de travail, ce qui est souvent le cas.

Conséquence #3 - En moins de 10 ans, il n'est souvent plus rentable pour l'agriculteur de continuer à cultiver sur ces terres appauvries (baisse des rendements, et augmentation de la consommation d'intrants). Les grands agriculteurs brésiliens ont (eu) l'opportunité de pouvoir réinvestir facilement dans des terres fertiles, en recommençant ce cycle long de plusieurs années, sur des terres gagnées sur la forêt.

Ce ne peut donc pas être (au moins triplement) une conséquence écologique bénéfique.


Rmq : je suis bien d'accord avec vous : il ne s'agit pas là de conséquences qui seraient exclusives à l'emploi du soja RR ou des OGM en général. Cependant, dans le contexte économique actuel, leur existence contribue largement à la pérennité (oserais-je durabilité?) de tels systèmes de production.

A.

Commentaire n°14 posté par Alfred le 21/04/2008 à 12h31
C'est toujours intéressant de prendre une question précise et d'en faire un mémoire.
Mais ainsi, on passe à côté d'une problématique plus globale.
Commentaire n°15 posté par gabriel BISIAUX le 22/04/2008 à 22h20
gabriel Bisiaux, c'est sa soirée commentaire sur les blogs afin de nous annoncer que lui, il a " compris la problématique globale " ! Magnifique, à quand le livre ? Apparemment je te l'envoie sans le vouloir car je te cite dans mon dernier billet, clin d'oeil à ton article sur la technologie RR !
Commentaire n°16 posté par Fulmar le 22/04/2008 à 23h51
Alfred, je comprends pas votre histoire...
Le labour permet de faire du desherbage par enfouissement. Par ailleurs il accelere l'erosion des sols (l'erosion mecanique, rien a voir avec la teneur en MO il me semble ?)

Si on desherbe au glyphosate, pas besoin de labourer pour desherber, donc un facteur d'erosion de moins.

Quel est le probleme avec ce raisonnement ? Je ne vois pas le rapport entre votre affaire de matiere organique et de calendrier (qui ne me semble pas tres claire d'ailleurs) et l'argument de Benjamin
Commentaire n°17 posté par ugn le 24/04/2008 à 10h36
bonjour déja,
je suis désolé mais ca me fait presque mal au ventre de lire cet article, serait-tu payé par les firmes en questions?
Ta réflexion me semble bien courte quand même, basé sur si peu de preuves et en plus en faveur de ces pratiques qui "suaverons l'humanité" n'est-ce pas?!! Ca fait quelques années que les OGM sont utilisés, et c'est vrai que l'on remonte la pente... (désolé je m'écarte du sujet).
enfin même si tu disais vrai, rien que le fait d'épendre en très grandes quantités la même substance sur des territoires immenses (et plus toxique que l'on voudrait nous le faire croire!), moi ca me fait vraiment très peur! Je te met au défi de boire de l'eau de source argentine pendant un an ou moins, je suis sur que tu n'en aurais même âs le courage!!!

Commentaire n°18 posté par fff le 07/07/2008 à 16h30
Bonjour,

malheureusement, je ne suis pas payé par les firmes en question, c'est dommage. Il est encore plus dommage qu'on ne puisse pas argumenter dans un certain sens sans être accusé d'avoir vendu son âme...

On peut juger que les "preuves" que j'avance ici sont trop peu nombreuses; c'est un jugement subjectif, donc inattaquable. En revanche, lesdites "preuves" proviennent de la littérature scientifique et s'appuient sur des données. Elles peuvent donc être réfutées, soit par le biais des données elles-mêmes, soit par le biais de leur interprétation, si peu nombreuses soient-elles. En tous cas, je trouve malhonnête de les ignorer.

Par ailleurs, je n'ai jamais prétendu que les OGM sauveront l'humanité, vous me prêtez un argumentaire qui n'est pas le mien.

Voudrais-je boire de l'eau de source argentine? Sans la moindre hésitation, si l'alternative était de boire une eau encore plus chargée en pesticides encore plus toxiques.
Commentaire n°19 posté par Benjamin le 07/07/2008 à 17h00

Salut Benjamin,
je suis etudiant d agronomie en train de faire un stage en Argentine
J ai une question dont j aimerais bien connaitre la reponse
Est ce que tu sais ce que devient le glyphosate chez la plante RR?
Il s accumule, il est degrade???
merci  
a plus
ps: bien ecrit l article!

Commentaire n°20 posté par vincent le 14/12/2008 à 22h34
J'ai la flemme de chercher en détail (toi aussi apparemment), mais il me semble que le glyphosate est dégradé. Et vu sa tronche de petite molécule, les produits de dégradation doivent être assez anodins.
Commentaire n°21 posté par Benjamin le 15/12/2008 à 17h22
Clair, explicite, précis, sans faute, bien argumenté. Bon article
Commentaire n°22 posté par hubert gadret le 30/03/2009 à 17h44

Lorsque tu dis avec humour: "Satan sors de cette entreprise", comme si Monsanto était diabolisé à outrance... Ce ne sont pas juste des hommes d'affaires qui cherchent à faire fructifier leur entreprise. Cette compagnie a délibérément caché des informations cruciales et falsifié des résultats scientifiques concernant par exemple les PCB ou l´hormone de croissance. Ils ont pollué nombres de sites (sols et eau), sans prendre la moindre précaution pour les populations locales. Ils sont des adeptes de la corruption, la menace et la désinformation. A moins que tu trouves tout ceci normal, je ne crois pas que tu puisses les comparer à de simples hommes d'affaires, car leurs méthodes sont celles de la mafia. Et oui, quand on voit les atrocités causées par l'agent orange fabriqué lui aussi par Monsanto, il y a de quoi voir en eux une certaine dose de mal... 

Commentaire n°23 posté par jocy le 23/06/2010 à 21h53

Je ne cherchais pas à expliquer tous les agissements de Monsanto par le simple fait qu'il s'agit d'une entreprise. En revanche, j'ai vu de nombreux détracteurs des OGM prendre une moue dégoûtée en évoquant "ces multinationales qui ne recherchent que le profit"... ce qui me semble plutôt trivial!

Commentaire n°24 posté par Benjamin le 24/06/2010 à 23h44

Un vieux post...

Juste pour préciser que la molecule de gliphosate est bien tombée dans le domaine public au debut des années 2000. Son prix a donc chutté, et sa consomation a donc remonté. A prendre en considération lorsque l'on fait des études sur les gains des PGM sur la consommation d'herbicides, ce qui a ma connaissance n'a pas été fait.

 

 

Commentaire n°25 posté par Eric le 06/03/2011 à 00h02


 

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