Lundi 7 avril 1 07 /04 /Avr 16:12
Pour ceux qui auraient hiberné la semaine dernière, je rappelle qu'une loi sur les OGM était examinée par nos députés, ce qui fut l'occasion de nombreux débats et interventions médiatiques (l'occasion aussi de revoir pointer une certaine moustache dans les couloirs de l'Assemblée). Par exemple, ainsi que le rapporte le Figaro, à la veille des débats quelques députés ont assisté à la projection d'un film censé les éclairer sur le vote à venir (concernant, rappelons-le, les OGM). Ce film était bien sûr "le monde selon Monsanto", réquisitoire  certainement très bien argumenté contre l'entreprise susnommée, signé Marie-Monique Robin. Ceci ne me pose aucun problème, si ce n'est que cette initative (politique) favorise l'amalgame entre les organismes génétiquement modifiés, qui sont les produits d'une technique, et Monsanto, une entreprise américaine dont le but est (ô surprise) de réaliser des profits. Pour informer les députés, on leur propose donc l'équation OGM = Monsanto. Ce n'est pas entièrement faux (le seul OGM autorisé en France provenait de "Monsatan", par ailleurs leader mondial sur le marché), mais il n'existe pas de monopole des biotechnologies; par le passé, la recherche publique française a planché sur des projets d'OGM fort prometteurs, elle pourrait aussi bien le faire de nouveau. Cette projection aurait peut-être été plus opportune à la veille de voter des lois visant à contrôler les activités des semenciers ou règlementer la propriété intellectuelle sur le vivant, plutôt qu'une loi concernant les OGM en général. En quelque sorte, le débat a été déplacé du général (les OGM) au cas particulier (l'entreprise Monsanto), du scientifique et du sanitaire à l'économique et au politique.

Dans un article du 2 avril, le Monde surenchérit. Cet article se trouve dans la catégorie "sciences et environnement", et pourtant il n'y est question que des résultats financiers de Monsanto. Pauvre science! La raison des bons chiffres de la célèbre entreprise réside dans la forte demande de ses semences OGM, ce qui nous rapproche un tant soit peu de la rubrique. Pour illustrer son article, le journaliste a choisi une image légendée comme suit: "épi de maïs génétiquement modifié Mon810", justement un des OGM qui ont fait la fortune de Monsanto. Jusque-là, à part le fait que cet article serait logé plus à propos dans les pages "entreprises", je n'ai aucun problème. Ce qui me dérange, c'est que la photo légendée "maïs OGM" représente un épi de maïs, certes, mais agrémenté -au premier plan- d'un tube eppendorf rempli d'un liquide vert et d'une pipette, soit du matériel classique de laboratoire.  Souci esthétique? J'ai du mal à le croire, lassé que je suis de ces pipettes et eppendorfs. Je ne crois pas non plus que cette photo corresponde à une procédure de laboratoire réaliste. Je pense plutôt que cette photo accompagnée d'une légende inexacte est une composition réalisée dans l'esprit suivant: alors qu'un épi de maïs OGM et un épi de maïs "normal" se ressemblent comme deux épis de maïs, il a bien fallu trouver un moyen pour rappeler au lecteur qu'il existe une différence sous-jacente entre les deux. Effectivement, le premier a vu le jour dans un laboratoire, ce que rappelle la présence opportune du matériel peu appétissant au premier plan. C'est efficace, mais je ne trouve pas ça très objectif, tant le matériel de laboratoire apporte une connotation négative; une légende plus appropriée (pour peu qu'elle soit lue) aurait été "épi de maïs OGM et tube contenant un liquide vert". Comme Tom Roud l'a montré récemment dans un billet (dont le titre confine au plagiat, bravo Tom ;-) ), le célèbre quotidien peut être assez malheureux dans le choix de ses illustrations.

Le mot de la fin, bien mérité, revient à Antoine Messéan, scientifique de l'INRA ayant montré que la coexistence des filière était possible, moyennant l'organisation locale des pratiques agricoles. Pour lui, ainsi qu'il le relate dans cet entretien, "la question [des OGM] est avant tout politique". Je trouve cette affirmation parfaitement exacte. Les citoyens ont le droit de refuser les OGM pour des motifs politiques et économiques... pourvu que le choix soit rationnel, assumé et aussi peu biaisé que possible par les amalgames en tous genres ou par le manque d'information, en particulier scientifique. Je regrette que le débat sur cette loi se focalise plus sur les profits qu'engrangerait Monsanto plutôt que sur les risques et les bénéfices des OGM considérés dans leur ensemble, présents et à venir.


Par Benjamin - Publié dans : Science & Société
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Commentaires

Félicitations pour ce papier de grande qualité, pour une fois sans langue de bois sur ce sujet. Ce qui est rarissime !

cri@w3

Commentaire n°1 posté par cri@w3 le 08/04/2008 à 17h28


 

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