Lundi 3 mars 1 03 /03 /Mars 14:22
Les bactéries, l'évolution, ça va cinq minutes! Ajourd'hui, le Bacterioblog s'attaque enfin aux vraies questions qui dérangent. La première d'entre elles est bien sûr: "pourquoi ne peut-on se chatouiller soi-même?". C'est une expérience facile à réaliser chez soi: tentez de vous chatouiller vous-même, vous n'aurez pas le même résultat qu'avec l'assistance d'un(e) ami(e): sourire, rire ou fou-rire franchement incapacitant selon les sensibilités. Or, la raison pour laquelle nous ne pouvons nous chaotuiller nous-mêmes est intimement liée au mécanismes par lesquels nous réagissons aux chatouilles des autres. L'interrogation fondamentale suscitée par le phénomène remonterait au temps d'Aristote, a fait l'objet des réflexions d'un certain Charles Darwin dans son livre the expression of the emotions in man and animals publié en 1872, avant d'intéresser un nombre appréciable de psychologues du XXème siècle (tout cela est parfaitement sérieux et authentique).

Deux hypothèses concurrentes furent donc formulées pour expliquer que l'on ne peut s'auto-chatouiller, qui ont trait au fondement même de la réaction aux chatouilles:
1) La réaction aux chatouilles est un réflexe qui requiert un effet de surprise impossible à reproduire seul (c'est l'hypothèse "réflexe").
2) La réaction aux chatouille est un phénomène d'ordre social, on réagit parce que l'on est sollicité de manière amicale par une personne extérieure. Darwin penchait pour cette explication (l'hypothèse "interpersonnelle").
(remarque au passage: dans les deux cas, une personne souffrant d'un dédoublement de personnalité pourrait-elle se chatouiller elle-même?)

Comment trancher cette question éminemment scientifique? En réalisant la bonne expérience! Christine Harris et Nicholas Christenfeld ont réalisé en 1999 l'expérience suivante: ils annoncèrent à leurs 35 cobayes (des étudiants de l'université, la matière première la plus utilisée par psychologues) qu'ils seraient chatouillés à deux reprises sous la plante des pieds, les yeux bandés et munis de boules quiès, une première fois par un expérimentateur et une deuxième fois par une machine à chatouiller. Les cobayes devaient ensuite commenter l'intensité des chatouilles subies. Bien sûr, il y avait un piège: la machine n'en était pas vraiment une. En réalité, une assistante était cachée sous une table et chatouillait les pieds des infortunés cobayes. Une fausse machine était bien présente pour le décor, d'aspect convaincant et produisant des sons typiques que les cobayes pouvaient entendre. Comme leurs commentaires le démontrèrent après l'expérience, les cobayes étaient bien dupes de la manoeuvre. Ainsi, et c'est là toute l'astuce, la dimension interpersonnelle de la chatouille était réduite à néant. Peu importait la provenance des chatouilles, tant que les cobayes croyaient avoir affaire à une machine, leur réaction ne comportait aucune composante sociale.

Ainsi, alors même qu'ils décrirent les chatouilles de la "machine" comme plus froids, plus brutaux ou mécaniques (ce n'est pas gentil pour la pauvre assistante) que les chatouilles "humaines", les cobayes ont tout de même réagi de la même manière. En riant. Les chercheurs concluent alors que la réaction au chatouilles ne nécessite pas d'interaction sociale, ce qui valide l'hypothèse "réflexe". On ne donc peut pas se chatouiller soi-même, car la réaction aux chatouilles nécessite un effet de surprise!

Si vous souhaitez vous enquérir des détails, comme la durée des chatouilles, les commentaires des cobayes ou les trésors de psychologie déployés pour les manipuler, cette étude est disponible en .pdf ici (ou si comme moi vous avez des problèmes). Pour finir, sachez qu'il existe une phobie des chatouilles (et un mot pour la nommer): la ptéronophobie, littéralement "peur des plumes", une étymologie fort imagée qui se passe d'explications.

Par Benjamin - Publié dans : Divers Sciences
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