Insaisissable tuberculose

Publié le par Benjamin

La tuberculose est une maladie chronique provoquée par le bacille de Koch, Mycobacterium tuberculosis. Elle touche en général les poumons (on l'appelait alors "phtisie"), où la bactérie se niche et livre une guerre d'usure contre le système immunitaire. Cette bactérie possède une paroi caractéristique, particulièrement épaisse et imperméable, constituée non seulement de peptidoglycane mais aussi d'acides mycoliques qui lui donnent une consistance cireuse. Vous pourrez trouver ici une très bonne vidéo détaillant les mécanismes de l'infection par M. tuberculosis, si ce n'est que l'invasion peut aussi se produire par les voies digestives. Pour la suite de ce billet, ne retenez que ceci: Mycobacterium tuberculosis est une bactérie très résistante et à la croissance lente, qui provoque la tuberculose, une maladie pouvant elle-même durer des années. Pour vous convaincre de l'importance de la tuberculose à une époque où n'existaient ni BCG ni antibiotiques, je citerai Pierre Darmon, qui écrit dans son livre l'homme et les microbes:
A la fin du XIXème siècle, la tuberculose est le plus meurtrier de tous les fléaux.  Premier facteur de mortalité, elle est, selon le doyen Brouardel,  responsable en France de 150 000 décès annuels sur 700 000. Elle tue près de 10 fois plus que la fièvre typhoïde ou la diphtérie et s'attaque aux forces vives des nations, touchant de préférence les jeunes, délaissant les individus malingres. En 1912 le docteur Miran peut écrire : "sur 100 Français mourant de 20 à 29 ans, plus de 42 succombent la tuberculose.
La seconde moitié du XIXème siècle avait vu naître la révolution microbienne et les premières mesures prises contre les maladies infectieuses, empiriques mais néanmoins rationnelles: vaccins, administration de sérums ou extraits bactériens, hygiène et asepsie... mais en 1900 aucune découverte n'a encore permis de vaincre la tuberculose, première cause de mortalité en Europe.

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Naturellement, beaucoup d'espoirs furent placés en Robert Koch, médecin allemand qui découvrit en 1882 le bacille de la tuberculose tout en mettant à l'épreuve ses propres postulats. Lors d'un congrès tenu le 4 août 1891, il annonce la découverte de "substances  capables d'entraver le développement in vitro du bacille tuberculeux", certaines d'entre elles étant actives chez l'animal, qui devient ainsi réfractaire à l'inoculation. Mieux, chez l'animal déjà infecté, le traitement fait régresser la maladie. En d'autres termes, Koch vient d'annoncer la découverte d'un traitement à la fois prophylactique et thérapeutique contre la tuberculose. Pour comprendre l'importance d'une telle découverte, imaginez un chercheur contemporain faisant la même déclaration au sujet du VIH, ou mieux, de l'ensemble des cancers. Ajoutez à cela l'âpre compétition de l'époque entre la France et l'Allemagne, vous aurez un aperçu de l'ambiance qui régnait lors de la quête du traitement de la tuberculose. Robert Koch, quasiment  béatifié, se met à l'ouvrage: il monte une clinique expérimentale pour appliquer à l'homme son traitement miracle, un liquide brunâtre dont la composition était tenue secrète, et baptisé "lymphe de Koch". Appliquer à "l'homme", disais-je? Nenni! Anna Thiele, 23 ans, est la première à bénéficier du traitement, qui soigne avec succès sa tuberculose osseuse. La presse s'enflamme, des médecins assistent à d'autres guérisons spectaculaires, la presse s'enflamme derechef et qualifie la lymphe de Koch de "remède universel", censé guérir tuberculose, lèpre, syphilis et cancer du visage. Dans l'indifférence du public, des réserves sont émises dans les cercles scientifiques: pressé par son propre gouverment et les succès de ses collègues, Koch se serait un peu trop avancé. D'ailleurs, des médecins français auraient à la même époque atteint des résultats similaires chez le lapin, sans toutefois passer à l'homme. Bah! Qurelles de jaloux et de chauvins! L'Allemagne ordonne la construction d'un institut sur le modèle de l'institut Pasteur, et Berlin devient instantanément la capitale mondiale des tuberculeux qui s'installent dans les hôtels de la ville. Malheureusement pour eux, la forte demande entraîne une pénurie de lymphe. Si ce n'était que ça! Assez vite, le mirage se dissipe: chez certains malades tuberculeux à un stade avancé, l'injection déclenche un oedème pulmonaire; bien pire, certains malades guéris rechutent. Lorsque le remède parvient en France, les médecins qui l'administrent n'observent aucun miracle. De France et d'Autriche, les médecins émettent publiquement des réserves sur l'efficacité du traitement, les cas où la maladie s'aggrave suite à l'injection de lymphe se multiplient, les guérisons s'avèrent être des sursis perclus de complications. Nous ne sommes qu'en décembre 1890! Le 15 janvier 1891, Koch révèle enfin le secret de sa lymphe: "un extrait glycériné tiré des cultures pures du bacille de la tuberculose", soit à peu de choses près le bouillon de culture sans les bactéries, que l'on appelle en microbiologie le surnageant. Rebaptisée "tuberculine", cette lymphe connaîtra pourtant une seconde carrière dans le diagnostic: administrée en faible quantités sous la peau d'un patient, elle permet en effet de déterminer s'il est infecté par le bacille tuberculeux.

La lymphe de Koch n'a pas été la seule vaine tentative pour vaincre la tuberculose, même si elle fut la plus spectulaire. En 1888, Richet et Héricourt essaient les sérumes d'âne ou de chien, animaux réfractaires à la tuberculose, mais sans succès. Maragliano et Marmorek échouent à leur tour sur la voie des sérums. Koch revient à la charge avec une poudre de bacille broyé, tout à fait inefficace. Les essais d'atténuation de Koch (encore) et Shutz échouent, tant le microbe est résistant. Les repiquages successifs en bouillon glycériné l'indiffèrent, le bougre!

Behring, vainqueur de la diphtérie, se tourne vers la jennerisation, soit l'immunisation par le biais d'un microbe voisin et pathogène pour un autre animal, si possible inoffensif pour l'homme. Effectivement, le bacille tuberculeux humain semble immuniser les bovins contre le bacille tuberculeux bovin, Mycobacterium bovis (en réalité, la protection n'étaient pas si absolue qu'il semblait au premeir abord). En revanche, des expériences sur le singe indiquent que l'inverse n'est pas vrai, et de toutes façons, aucune certitude n'est alors acquise sur l'innocuité de Mycobacterium bovis pour l'homme. On ne peut pas accuser les chercheurs d'avoir bâclé la jennerisation, car toute la création y est passée: vaches, lapins, oiseaux, chiens, tortues, orvets!

Le professeur Albert Mathieu fait à ses élèves une démonstration étonnante: à ses soixante patients agonisants qui refusent de s'alimenter, il annonce l'arrivée imminente d'un sérum miraculeux en provenance d'Amérique. Lorsqu'il arrive enfin, il est administré aux malades, dont la santé s'améliore avec leur moral. Aux élèves qui crient au miracle, Mathieu dévoile la composition du sérum: une simple solution physiologique. La leçon est claire: ne pas juger hâtivement de l'efficacité d'un traitement tant le facteur moral est important. C'est probablement ce fameux effet placebo qui fit croire à l'efficacité de la tuberculine. Evidemment, l'amélioration de l'état des malades  n'eut qu'un temps.

Enfin, en 1894, le professeur Rappin, directeur de l'institut Pasteur de Nantes, s'attaque à son tour au bacille de Koch. Il lui retire son épaisse capsule au moyen d'une émulsion, l'atténue par un traitement chimique, et l'administre en huit injections successives contenant de plus en plus de bactéries. En 1924, au bout de trente ans de travail, de mise au point et d'expériences, sa méthode semblait fonctionner tant en prévention qu'en thérapeutique. Effectivement, ce traitement était efficace, mais il fut eclipsé par le BCG, qui fut lui aussi le résultat d'un travail de longue haleine ayant enfin abouti en 1923.

Mais ça, c'est une autre histoire...

Publié dans Microbiologie

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ugn 06/01/2008

la suite ! la suite !

lotusfleur 05/11/2008

Trop de gens ont oublié la médecine de nos chaman indien d'amérique.  Il y a un vieux remède indien qui pourtant a éliminé la tuberculose si je me souviens bien.  Les gens se tourne vers les médecins et vont à la pharmacie du coin car les connaissances de nos ancêtres ne nous sont plus enseigné.Tout est dans la nature, il faut juste trouver.  D'ailleurs, le synthétique qui est la pillule miracle, est généralement issu de la nature dont on extrait la cellule souche de celle-ci pour le fabriquer .  Retournons à nos bon vieux remède qui est la nature et nous trouverons.Au plaisir de vous aider si vos croyances face à la nature est tel que les miennes.Lotusfleur