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Le blog des Bactéries et de l'Evolution

Du chocolat, du métabolisme et des bactéries

28 Novembre 2007 , Rédigé par Benjamin Publié dans #Microbiologie

Dans le billet intitulé "microbiome et obésité", nous avons vu que notre régime alimentaire influençait la composition et le fonctionnement de notre flore intestinale. Mieux, cette flore constituée d’un nombre astronomique de bactéries modifie à son tour la manière dont notre organisme utilise les aliments. Il peut alors s’établir un équilibre, maintenu à la fois par notre régime alimentaire et par nos chères bactéries. Malheureusement, tout équilibre n'est pas bénéfique, comme nous le montrent les travaux de Jeff Gordon qui traitent de l'obésité.

D’autres scientifiques, dirigés par Sunil Kochhar (article visible ici et son commentaire ), se sont attelés à la caractérisation de l’impact de nos préférences alimentaires sur notre métabolisme, avec le paramètre supplémentaire que constitue la flore digestive. A l'approche des fêtes, la préférence alimentaire choisie ne manque pas de pertinence: il s’agit du goût, que dis-je, de la passion pour le chocolat.

chocolat.jpgmiam, slurp, et onomatopées diverses...

Les chercheurs ont donc sélectionné onze hommes indifférents au chocolat (mais où diable ont-ils été les chercher? Ont-ils formé une équipe de football ensuite?) et 11 hommes "accros". Vous vous demandez probablement pourquoi faire preuve de tant de machisme dans la méthodologie, non? La raison en est tout à fait pragmatique: sur la durée de l’étude, des femmes auraient été sujettes à des variations hormonales qui n’auraient pu que compliquer encore l’interprétation des résultats. Les vingt-deux cobayes ont été soumis à un régime défini, agrémenté soit de pain, soit de chocolat. Pour étudier leur métabolisme, des échantillons de sang et d’urine ont ensuite été prélevés puis analysés par RMN (ou "résonance magnétique nucléaire", une technique permettant de détecter et d’identifier des molécules organiques). Comme il lui faut bien un nom, on appelle cette approche la "nutrimétabonomique": l’étude de l’impact de la nutrition sur le métabolisme, et ce à des niveaux non symptomatiques, ne relevant pas donc pas de la médecine.

Le résultat-clef est le suivant: à alimentation égale, les indifférents et les amateurs de chocolat ont un métabolisme différent. Ainsi, au milieu d’une foultitude de résultats, le sang des fans de cacao présente moins de lipoprotéines de faible densité (ou LDL, le "mauvais cholestérol") et plus d’albumine (une protéine chargée de transporter les nutriments). Au premier degré, les différences entre les deux groupes semblent résulter de la régulation du cycle de Krebs (qui produit l’énergie dans nos cellules), du métabolisme des lipides, mais aussi… de la flore digestive.

Avec cette approche plus fine que dans les travaux sur l’obésité, les auteurs montrent indirectement que nos habitudes alimentaires influencent la régulation de notre métabolisme, mais aussi nos petits partenaires microbiens. Ces modifications changent à leur tour l’utilisation que notre organisme fait des nutriments. Par exemple, un habitué du chocolat retirera moins de LDL qu’une personne insensible aux charmes du cacao, mais, j’insiste, n’allez pas pour autant vous goinfrer de tout le chocolat de la maison, croyant que c’est bon pour le cholestérol! Quantitativement, les résultats ne sont valables que dans les conditions de l’expérience (un complément de 50g de pain ou de chocolat par jour), même si qualitativement, les conclusions demeurent : notre régime change durablement notre métabolisme. Dans ces travaux, je regrette un tout petit peu le manque d’étude directe des bactéries de la flore digestive ; j’aurais bien aimé connaître les "bactéries des habitués du chocolat et leur fonctionnement. J'ai lu qu'entre autres choses le chocolat était riche en tryptophane, qui est un acide aminé essentiel pour nombre de bactéries. En apporter en quantités suffisantes pourrait-il déplacer l'équilibre des populations microbiennes de la flore? On sait par ailleurs que la composition de la flore est assez robuste face aux perturbations alimentaires, en tous cas à l'échelle de quelques jours. Certains regretteront l'absence de considération pour la variabilité génétique qui doit exister entre les cobayes, d'autres se désoleront de ne pas savoir comment on modifie son métabolisme à long terme... Soyez patients, la "nutrimétabonomique" décolle à peine! La méthode développée dans cet article, où elle est appliquée au chocolat (ce qui fait à mes yeux la moitié de son intérêt), pourrait facilement être transposée à d’autres traits du régime alimentaire: thé, café, huile d’olive, viandes rouges, voire filet de bœuf en croûte avec sa sauce au foie gras et aux morilles… j’arrête là, ce billet me donne faim!

Fait remarquable, les auteurs de ces travaux publiés dans le Journal of Proteome Research appartiennent à l’Imperial College, prestigieuse université londonienne, et au centre de recherche de Nestlé, en Suisse.

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Daphné 30/04/2010 02:10



Tant mieux si l'on peut continuer de manger la traditionnelle nutella en se sentant moins coupable!



Benjamin 18/12/2007 12:22

Bonjour, j'ai rédigé un court argumentaire que je m'apprête à poster chez Enro, là où cette discussion a commencé... Il faut bien rendre à César ce qui est à César! A vrai dire, je ne savais pas vraiment ou vous répondre parmi les nombreux commentaires identiques que vous avez semés sur mon blog, et je ne pouvais pas en faire un billet. Rendez-vous donc ici : http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2007/10/31/178-trouver-l-auteur-l-intelligence-du-savant#c10443

Christian Weiss 16/12/2007 17:01

Bonjour Benjamin.Vous souvenez-vous de cette "théorie" très spécieuse sur le cancer et sans doute très naíve sur le cancer. Vous aviez bien voulu vous pencher dessus un jour sur le blog Enro.Je viens de découvrir votre réponse.Enfin une réponse... et quelle gentillesse !Merci de votre compréhension. C'est bien cela: pour moi, par "intuition", les cellules et les bactéries sont évidemment des gamètes femelles et les virus des gamètes mâles. Toutes et tous, sans distinction. Cela me paraît presque une Lapalissade... sinon, pourquoi tout ce "petit monde" se reproduirait-il?... Je sais qu'il existe des reproductions "asexuées"… dit-on. Apparemment "asexuées", du moins scientifiquement et jusqu'à aujourd´hui.Comment peut-on imaginer la reproduction d’un être, aussi petit soi-il, s’il n’y a pas de plaisir à la clef. La vie est un mystère, et aussi petite soit-elle, elle est faite d’émotions. Les bactéries ont des émotions. J’y crois profondément. Pourquoi pas !Sans doute allez-vous m’expliquer le « comment » de la mitose, mais le plus important est le « pourquoi » : Pourquoi se déclenche-t-elle ?Bref, tout m'intéresse. J'aimerais vraiment en savoir plus sur le sujet.En espérant ne pas vous avoir trop barbé avec ces assertions assez cavalières et sans preuves. Il faut bien rêver. Merci Christian

Antoine 14/12/2007 21:00

Le coin du feu Bonjour . Je passais et j'ai put apprécier votre blog. Je viens de créer ma communauté, qui est basé sur l'information diverse. Nature, actualités, sciences, peinture, informations, découvertes, enfin bref tout pour améliorer notre connaissance. Les photos documentaires d'animaux, insectes, paysages et autres sont les bienvenues. Vous êtes passionnés de nature,voile,marche,vélo,montagne et mer,jardinage ,pêche,chasse,nature ,bateau,bricolage ,peinture,poésie,etc.…….   Ma communauté s'appelle "Le coin du feu".Je précise qu'aucun contenu appelé "ADULTE" et "Politique" n'est et ne sera autorisé, je serai ferme et tout dérapage sera exclus. Voila la présentation est faite. Oui je sais ma démarche n'est pas ordinaire, mais il faut que le "hasard" soit un peu stimulé. Seriez vous tenté de nous rejoindre? ……………Si c'est le cas, nous serions tous très honorés de vous compter parmi nous .Votre blog apportera sûrement un plus à ma communauté. Merci de votre réponse. A bientôt. (Pourquoi une communauté? Pour que vos articles soient lus deux fois, chez vous et en même temps dans la communauté

Tom Roud 01/12/2007 15:29

Je l'ai lu dans Science :http://www.sciencemag.org/content/vol318/issue5853/r-samples.dtlThe differences are "not just a product of our genes," says biochemist and project leader Sunil Kochhar, noting that Indians who move to the United States show changes in gut bacteria. Kochhar thinks they become attuned over time to a person's lifestyle and, in turn, can influence future preferences--sometimes in a positive direction.Mais c'est vrai que cela reste spéculatif pour l'instant ...