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Le blog des Bactéries et de l'Evolution

Recherche, mandarins et petits chouchous à l'université

17 Octobre 2007 , Rédigé par Benjamin Publié dans #Le monde de la recherche

En idéaliste romantique que je suis, j'avais écarté le sujet dans les billets qui traitaient des carrières scientifiques, mais un commentaire m'avait vite rappelé à l'ordre: le recrutement des chercheurs n'est pas toujours objectif, ne se fonde pas exclusivement sur la valeur scientifique du candidat (ses publications, voulais-je dire). Ainsi, il peut arriver que les chercheurs composant les jurys de recrutement rendent service à un copain en favorisant son candidat. De même, des rumeurs quant à une "mafia marseillaise" au CNRS vont bon train. Ne comptez pas sur moi pour confirmer ou infirmer ce bruit de labo (je nage très mal avec des palmes en ciment), mais si vous avez des témoignages, n'hésitez pas à les partager.

Ces travers ont toujours été connus, mais il faut un petit évènement pour qu'un quotidien national s'y intéresse, à savoir la démission d'un maître de conférence de sociologie à l'université de Lille, Xavier Dunezat.Quand on sait les difficultés que l'on rencontre pour arriver à ce poste, le nombre très réduit de places en sociologie (il n'y a pas de CEA ou d'INRA de la socio!), démissioner est assurément un acte surprenant. Le démissionnaire a rendu sa démarche plus lisible par le grand public et les médias en publiant (ou en laissant publier) une lettre, disponible ici, dans laquelle il dénonce les vicissitudes de l'université. Je vous avertis, ce texte relève plus du reportage, du tract et de la thèse que du style épistolaire, et le féminisme proclamé de l'auteur rend la lecture un tant soit peu difficile (usage intensif des "-e-s" pour ne pas avoir recours au masculin pluriel, etc.). Cette lettre a été reprise d'abord sur le blog de Baptiste Coulmont puis dans un article du Monde, qui lui-même reprend les mots d'un commentaire de Tom Roud! J'aurais dû m'en douter; toujours dans les mauvais coup celui-là!

Xavier Dunezat dénonce ainsi:
1) la partialité du recrutement des maîtres de conférence, à la lumière de sa propre expérience. Quelles que soit ses critiques envers l'université, Xavier Dunezat assure démissionner avant tout parce qu'il "n'assumait plus la manière dont il avait été recruté".
2) le désert relationnel de l'université, du point de vue d'un enseignant-chercheur
3) le manque d'implication des maîtres de conférence et des professeur dans l'enseignement (pourquoi serait-ce étonnant, alors qu'on ne les recrute que par et pour la recherche?)

Je vous recommande la lecture de cette lettre, ne serait-ce que parce qu'elle relate le parcours d'un universitaire, et, en filigrane, des doctorants et chercheurs qu'il a croisés. Ce témoignage est donc bon à prendre, mais pas dans son intégralité; la noirceur du tableau dépend non seulement du contexte (telle université et telle commission), mais aussi de la personnalité de l'auteur, qui par exemple ne croit à aucune forme de sélection dans l'enseignement supérieur à quelque niveau que ce soit, et, de manière générale, reste assez marqué par ses convictions politiques ("L’université m’a aussi fait peur parce que je savais qu’il faudrait un jour que je me transforme en patron, et je ne crois pas aux « patrons gentils »…).

En guise d'épilogue, Xavier Dunezat est parti enseigner en lycée (ce que lui permet l'agrégation) une porte de sortie qui n'est malheureusement pas à la portée de tous les chercheurs.

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Nox 19/10/2007 13:31

Bonjour,Il y a également un article du Monde par M. Clément qui raconte sensiblement les mêmes choses que Xavier Dunezat.Personnellement (donc peu d'intérêt j'en conviens) :Ce genre de piston existe en psychologie où les étudiants favorisés font semblant de ne rien remarquer, les profs qui calculent ce qu'ils peuvent "tirer" de leurs étudiants et/ou thésards, des organisations foireuses à tous les niveaux etc.De même pour d'autres filières...J'ajouterai que donner des informations aux étudiants en terme de débouchés n'est pas l'apanage des profs. Enfin, certains préviennent que les débouchés sont minces, mais ce n'est pas la généralité : combien d'étudints restent sur le carreau après un M2 recherche parce qu'il n'y a pas de place, parce que les financements sont minces (et une thèse non financée est de plus en plus souvent rejetée), pace que le sujet et trop "théorique" (comprendre ici : ne rapporte pas de thunes)...

Louis 17/10/2007 18:56

D’accord sur la lourdeur du style  On a dépassé le ridicule. La grammaire fraçaise a beau être sexiste, elle permet d’alléger les textes. Voila pour la forme. Sinon pour le fond, en essayant (sans trop de difficulté) de me mettre à la place d'un jeune diplômé qui galèrerait sur le marché de l’emploi : On repère en fin de texte : “Dans le même style, j’ai été très choqué par des discussions de couloir au cours desquelles des sociologues de gauche, dont j’apprécie les écrits, défendaient ou comprenaient la mise en place de formes de sélection à l’entrée en master ou en doctorat. Elles et ils prenaient acte de la raréfaction de l’emploi en sociologie et proposaient d’éviter de faux espoirs aux étudiant-e-s qui rêvaient de devenir sociologues. Tuer le rêve plutôt que lutter contre le capitalisme et sa censure de la sociologie…” Je trouve que c’est le paroxysme du formateur irresponsable : il reconnait former de futurs chomeurs, et trouve ça normal… Rêver c’est le propre des étudiants, il faut leur laisser ce privilège. Les enseignants, eux, ne sont pas payés pour rêver, mais pour être réalistes. Qu’il laisse les élèves rêver et qu’il se charge de les former intelligemment à une profession d’avenir.