Mercredi 19 septembre
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Depuis quelques temps, la revalorisation de la recherche en France est à l'honneur dans les médias et sur la scène politique. Pour diverses raisons (Sauvons la Recherche, certains
classements vexants et la cérémonie annuelle des Nobels), le pays a pris conscience que sa recherche avait perdu de sa superbe depuis 150 ans, et qu'une nation riche qui regarde vers l'avenir ne
peut s'en contenter. On peut résumer schématiquement toutes les solutions proposées pour améliorer le niveau de la recherche:
1) lui donner les moyens (matériels) de ses ambitions,
2) y attirer de bons éléments, ou du moins ne pas les décourager,
3) changer ses structures.
Si ce n'est déjà fait, je vous conseille de vous familiariser avec la carrière d'un jeune chercheur, par exemple au moyen des deux billets écrits pour l'occasion.
Le billet d'aujourd'hui traite essentiellement du point 2), et commence avec cet article
publié dans un grand quotidien français, information relayée par Tom Roud dans ce billet. En substance,
l'allocation de recherche qui constitue le salaire des étudiants en thèse va être revalorisée de 8% à partir d'octobre 2007 (l'information sur le site du ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche). Ainsi, un thésard moniteur percevra
désormais un salaire brut de 1985 euros (soit environ 1530 euros nets*), 335 pour sa charge d'enseignement et 1650 pour son allocation de recherche. L'objectif de 1,5 fois le
SMIC (1920 euros) pour les doctorants est atteint, seulement pour les moniteurs, un niveau oublié depuis 1976. L'écart persiste entre la rémunération d'un thésard et d'un
ingénieur (à niveau d'étude égal donc), mais devient un peu moins flagrant. La précédente revalorisation, de 8% elle aussi, avait eu lieu en janvier 2006. Encore un peu et
les chercheurs voteront à droite...
Les thésards sont donc mieux rémunérés. Mais après leur thèse, quelle est leur espérance de salaire? Peut-on comparer une allocation de recherche au salaire d'un post-doc ou d'un jeune
titulaire?
Il n'existe pas de règle nationale pour la rémunération des post-docs; en revanche, une petite recherche sur Google (ainsi que mon expérience personnelle)
vous apprendra qu'un post-doc en France est payé en général de 2000 à 2400 euros bruts par mois (2200 euros brut équivalent à 1700 euros net). Si vous vous
rappelez, un maître de conférence est un enseignant-chercheur qui effectue trois fois plus d'enseignement qu'un thésard moniteur, et qui est de plus pourvu du diplôme de docteur et de quelques
années d'expérience en tant que post-doc. Son premier salaire se monte à 2058 euros bruts (1600 euros net), ainsi que nous l'indique le site du ministère de l'éducation. Ceci n'inclut pas les quelques indemnités qu'il peut toucher, ni
l'évolution de son salaire au fil des ans. Néanmoins, les faits son là: un chercheur qui a décroché à grand-peine un poste de maître de conférence gagne moins d'argent que lorsqu'il était
post-doc, même si son post-doc était en France (c'est dire!). Quant au jeune chercheur entrant au CNRS comme chargé de recherche**, après 4 à 6 ans de post-docs et à l'issue
d'un concours de recrutement extrêmement sélectif, il reçoit... un peu plus 2000 euros brut, soit 1540 euros net. Détail amusant, le site du CNRS chargé de fournir ce genre de renseignements est en panne, du moins je ne peux y accéder... Vraie déficience ou mensonge
par omission?
Pour résumer, ce billet se voulait porteur de deux informations:
a) L'allocation de recherche que perçoivent les doctorants a été revalorisée et c'est une très bonne nouvelle en soi. Malheureusement, ceci ne fait qu'accentuer le fait
que...
b) les premières étapes de la carrière d'un chercheur, pourtant bien marquées par de difficiles concours de recrutement, sont imperceptibles au niveau de son salaire (voire
défavorables!). Comme le dit le Canadien du laboratoire, qui lui, dans son labo d'origine, a vu son salaire doubler le jour où il est passé de
doctorant à post-doc, "ça n'a pas le sens commun!".
J'espère donc que l'augmentation des thésards va être répercutée à tous les niveaux des carrières scientifiques. Si ce projet n'est même pas dans les tiroirs du ministère, les
jeunes docteurs finiront par tous partir à l'étranger ou dans le privé. Mais attention, l'espoir subsiste! Si les universités deviennent autonomes et sont correctement
financées, elle seront libres de fixer la rémunération de leurs personnels, dont les maîtres de conférence... L'argent n'est pas tout dans la vie, mais les satisfactions
morales d'un jeune chercheur qui court les concours et ne reste pas trois ans au même endroit ne peuvent compenser l'indécence de sa rémunération. La situation actuelle ne peut pas durer; quel
chercheur admettra d'avoir un niveau de vie inférieur à celui du temps de sa thèse et de son post-doc? Dans quelle profession, à part footballeur, gagne-t-on moins d'argent à 35 ans qu'à 25? Je
suis convaincu, ou je veux croire, que la logique finira par prévaloir.
*J'ai pris 0,77 comme facteur de conversion brut->net. Il peut en résulter quelques imprécisions (ou mes informations peuvent dater un peu), mais les salaires ne changent pas d'ordre de
grandeur, et c'est bien là le propos du billet. Les sites institutionnels continuent de donner le salaire brut sur leurs sites, alors que personne ne perçoit vraiment cette somme... Je n'arrive
pas à m'empêcher de penser que c'est peut être pour ne pas décourager les jeunes salariés, qui sait?
**Des bruits de couloir circulent sur les chargés de recherche d'instituts privilégiés comme Pasteur ou le CEA, qui se gobergent de caviar dans leurs blouses blanches en soie sauvage. On parle
même d'émoluments mirifiques supérieurs à 2000 euros net! Malheureusement, ces suppôts du grand capital protègent leurs sources, que je suis donc incapable de citer.
Par Benjamin
-
Publié dans : Le monde de la recherche
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@Tom
les corpsards qui font une thèse sont effectivement payés comme des corpsards pendant leur thèse... mais plus après. s'ils rentrent au CNRS leur salaire diminue.
on commence à le connaître ton couplet de râlerie sur ce sujet.
Chapeau pour l'ensemble du blog !
A quand une vrai revalorisation de salaires de maitres de conferences? Dans mon cas : salaire post-doc en france 2450 Euros net et aujourd'hui maitre de conférence, après une thèse, un ATER, et plus de deux ans de post doc: 1680 euros net! Comme vous dites l'argent ne fait pas tout, mais il y a des limites à tout...
comme vous l'avez lu, j'indique un salaire d'entrée au CNRS "d'un peu plus de 2000 euros brut". Le site sur lequel se trouvait cette information était effectivement en panne au moment de la rédaction de ce billet. Soit, le salaire brut d'entrée est de 2060 euros bruts mensuels, je n'étais pas très loin. Le brouillard le plus opaque plane sur le montant des primes et autres compensations.
Pour la question des ordres de grandeur, il est évident qu'on ne raisonne pas avec les salaires comme avec les grandeurs physiques; peut être aurais-je dû utiliser le terme "différence significative" à la place. Les salaires ont beau être resserrés, on a tendance à rechercher une différence de rémunération conséquente plutôt que de gagner des rangs dans le classement des salariés français. A ce titre, le propos de ce billet était de signaler qu'entre une thèse+monitorat revalorisée et un poste de titulaire (spécialement CNRS ou MdC), la différence de rémunération devient de moins en moins significative. Pour le cas du CNRS et salaire brut, 100 euros! Comme vous l'avez remarqué, je compare principalement les salaires bruts (ils figurent en gras), ce qui permet de s'affranchir des imprécisions dues au taux de conversion que j'ai choisi, possiblement erronné (cf mon avertissement en *). Je vais donc y retravailler.
Je voulais juste signaler que je trouve totalement normal qu'un post-doc gagne plus qu'un jeune titulaire. D'un point de vue simplement financier, la précarité à un coup considérable: déménagement incéssants, difficulté d'obtenir des prêt, voyages...
Je gagnais 32000 Euros brut en post-doc, et croyez moi, ce n'était pas du luxe.
Bien sur, je ne dis pas que les salaires au CNRS sont suffisant... Mais simplement qu'il me semble normal que ceux des post-docs leur soient superieurs.
Je pense que nous sommes d'accord que la précarité des post-docs est une bonne raison pour qu'ils aient un salaire décent. Pour ce qui est de la comparaison de ce salaire avec celui des jeunes titulaires, je considère pour ma part qu'un jeune titulaire
-est plus expérimenté qu'un post-doc
-qu'il a lui aussi des charges financières importante, notamment s'il a fondé une famille (auquel cas les dépenses croissent avec le temps).
-enfin , qu'il ne faut pas que des raisons financières l'incitent à rester dans une situation instable (un effet pervers qui se retrouve chez les jeunes actifs qui font de l'intérim)
C'est pourquoi je plaiderais plutôt pour que les salaires des titulaires soient plus élevés que ceux des post-docs, qui eux-mêmes doivent leur permettre d'assumer sereinement leur statut précaire.
La conversion brut -> net est en effet très erronnée, à moins que ne soient inclus dans la différence l'impôt sur le revenu et la taxe d'habitation. Là on se rapproche.
Sinon tout le reste me parait pertinent.
Les reconstructions de carrière en début de parcours sont faites sur des critères très arbitraires : dans certains cas on compte le temps de la thèse (surtout si on avait le monitorat), l'Ater pour les MdC ou le post-doc lorsqu'il a été effectué dans un labo CNRS (pour les CR CNRS). Par contre si on a effectué sa thèse et son post-doc à l'étranger, aucune mesure de reconstruction n'est prévue. Au plus on peut espérer faire valider un tiers du post-doc.
Quant à la durée du post-doc avant de trouver un poste, c'est très variable. Dans le meilleur des cas on a son poste au chaud dans le labo "d'origine" ou dans un labo "ami", et on part un an dans un autre labo pour avoir le tampon "expérience post-doctorale", pour ne pas faire trop "candidat local", et pour avoir le temps de monter son dossier de candidature et son projet scientifique. Si on veut vraiment faire de la recherche, un an c'est évidemment beaucoup trop court. De nombreux laboratoires américains exigent un engagement sur au moins deux ans, et les post-docs de 3 ou 4 ans ne sont pas rares. Si on n'a pas la chance de décrocher un poste statutaire, on peut allègrement enchaîner deux ou trois post-docs, au bout desquels le poste de statutaire en France perd tout son attrait, tant au niveau des moyens pour sa recheche que du salaire (un MdC débutant aux USA touche en moyenne $5000 bruts).
Le cas des EPIC est encore particulier, vu que leurs salariés sont sous contrat privé, mais avec tous les avantages du public (un peu comme chez EDF). L'ironie c'est que ces labos sont souvent des UMR qui regroupent des chercheurs de statuts différents, sur des grilles de salaires disparates. Par exemple un doctorant CEA qui aurait le monitorat peut gagner 200€ de plus que son supérieur hiérarchique si celui-ci est MdC ou CR débutant. Aberrant? Certes, mais la cohérence n'a jamais été la priorité de la politique de recherche française.
Un moyen très simple est d'utiliser un convertisseur en ligne. Cela permet directement de convertir son salaire brut annuel en salaire net mensuel.
Convertisseur en ligne dispo ici : http://www.calcul-salaire-net.com
Cordialement,
Bonjours à tous.
Actuellement en Master 2 en microélectronique et programmation. J'envisage fortement de poursuivre en thèse.
Mais il se trouve qu'à chaque fois que je lis ce blog, je suis inquièt et je doute de vouloir vraiment poursuivre en thèse. Je ne veux pas atteindre les 40ene à enchaîner les post doc sans avoir un emploi stable.
Cependant, ce blog date de 2007, y a t"il eu des améliorations depuis? La vie est elle toujours aussi dure après la thèse?
J'ai 23 ans, et si je veux fonder une famille vers 28 - 30 ans, est ce envisageable si je fais une thèse?
Cordialement,
Je m'en voudrais de décourager les gens de faire des thèses, voici une réponse rapide en trois points :
- si la recherche te tente vraiment ou si la thèse est une plus-value intéressante dans ta branche, fonce! Si c'est juste pour suivre la pente naturelle de tes études, réflechis bien à la question
- les perspectives dépendent beaucoup du secteur, discute avec tes profs ou d'anciens étudiants (n'oublie pas de te renseigner aussi sur les "issues de secours", comme ton domaine a l'air assez appliqué, il y en a sûrement dans l'industrie)
- tu peux fonder une famille PENDANT ta thèse, ça arrive à des gens très bien ^^
A Kenshin:
Malheureusement, c'est de pire en pire... Sur ma promo de Normale Sup (une cinquantaine), on n'est plus que 4 ou 5 à continuer dans la recherche. Raison principale aucune reconnaissance sociale, titulaires n'en ayant rien à foutre de la précarité des thésards et postdocs, sauf ceux qui l'ont vécue. Autant dire que les chercheurs recrutés il y a plus de 10 ans quand la compétition était bp moins forte s'en cognent de nos problèmes. Et c'est du vécu.
Bonjour,
Nous lançons une étude qui permettra de rendre plus visibles et lisibles les compétences des docteurs ainsi que les compétences recherchées par les entreprises.
Venez répondre à notre questionnaire et participer ainsi à la valorisation de ce diplôme et à bien identifier et valoriser les compétences acquises lors de votre parcours, mieux appréhender les différentes offres d'emploi et ainsi élargir vos opportunités professionnelles.
Pour tout savoir sur l'étude et apporter votre contribution en répondant à notre questionnaire, rendez vous sur : http://competences-docteurs.fr
si vous etes d'Adoc TM, il faudra que vous m'expliquiez un truc ou deux...
Nous sommes une agence spécialisée dans la diffusion de l'information scientifique et technique, Les Récréateurs, et nous travaillons effectivement avec Adoc TM dans le cadre de cette étude.
Quelle est votre question ?